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16 avril 2016 6 16 /04 /avril /2016 11:13
La Ménagerie de Verre au théâtre de La Colline

Tom et Laura, tout deux jeunes adultes, vivent avec leur mère Amanda. Abandonnée par son mari il y a de nombreuses années, Amanda a élevé seule ses enfants. Elle vit dans le regret de la jeunesse qu'elle n'a pas eu, et à laquelle elle ne veut pas renoncer, et dans le soucis obsessionnel que Laura se trouve un mari à défaut d'un travail.

Prologue. Seul à l'avant-scène, Tom, le conteur de cette étrange histoire, nous explique qu'il n'invente rien mais que sa mémoire peut donner à ses souvenirs la couleur des songes. Il traverse alors le rideau de voile qui sépare le public de l'appartement où tout va se jouer.

Ce rideau de voile que le metteur en scène Daniel Jeanneteau a installé est le seul élément sur lequel on reste dubitatif. Bien sûr, il permet de donner à toutes ces scènes l'étrange couleur des rêves, de positionner les spectateurs en épieurs, d'évoquer l'écran de cinéma si cher à Tom (et à Tennesse Williams), d'accentuer l'impression d'emprisonnement ressenti par les deux enfants. Mais, il a aussi le défaut de masquer un peu trop les visages et expressions des comédiens. Du coup, on oscille sans cesse entre l'envie que ce rideau se lève et le plaisir de la beauté des plans qu'il procure. L'appartement, pièce unique entourée de lourds rideaux semble une boite. Peu ou pas de meubles (une chaise le temps d'une scène, un miroir et une lampe suspendue), au sol une moquette épaisse blanche comme du coton sur laquelle les comédiens jouent pieds nus. Des comédiens qui nous offrent des interprétations d'une rare qualité. Olivier Werner est parfait dans le rôle du conteur-protagoniste qui oscille entre détachement et émotion. Pierric Platier est le galant tout en finesse sur lequel tout les espoirs se portent. Solène Arbel, d'une discrète efficacité, campe avec beaucoup de grâce, le rôle délicat de la jeune fille tétanisée par ses complexes et la tyrannie d'une mère qu'interprète la géniale Dominique Reymond. Tout simplement magistrale, elle semble danser, virevolter sur ce tapis cotonneux, jouant cette mère délirante, qui à la moindre occasion redevient une jeune fille en fleurs gaie et séductrice, qui appelle sa fille "petite soeur". Passant du ton doucereux et chantant à celui cassant de la mère sans cesse déçue par sa fille mal dégourdie et son fils égoïste, la comédienne nous saisis sans cesse par sa virtuosité. Du très grand art.

La Ménagerie de Verre au théâtre de La Colline

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