SansCrierArt : Aperçu critique de l'actualité culturelle. Comptes-rendus d'expositions, de pièces de théâtre, de films et de tous autres évènements culturels.

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 18:28

Daniel Mantovani, écrivain argentin célèbre et Prix Nobel de littérature, vit aisément et surprotégé en Espagne. Il refuse la plupart des nombreuses sollicitations jusqu'au jour où son village natal, perdu au fin fond de l'Argentine, l'invite à recevoir la distinction de citoyen d'honneur de la ville.

L'écrivain ni très sympathique, ni tout à fait détestable, retourne sur les lieux où il a grandi, principale source d'inspiration de ses livres. Habitué à l'allégeance de son entourage, il fait, face à ses hôtes, preuve d'un amusement condescendant qui petit à petit laisse place à plus d'humanité et d'agacement puis à la peur. Simultanément et successivement, aux prises avec l'encombrante mais flatteuse admiration de ses concitoyens, avec leur mépris ou avec leur haine, Daniel Mantovani doit rendre des comptes sur son succès, le contenu de ses livres et sa supposé supériorité d'homme de lettres européanisé. Les deux réalisateurs content cette histoire, à la fois comédie grinçante et thriller, de façon rythmée. Leur sens du raccourci flatte les surprises et favorise le rire qui ne quitte jamais le film.  Le récit est bien mené gagnant petit à petit en intensité jusqu'à son étonnant épilogue.

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Publié par zab - dans Cinéma
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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 17:44

Khaled a fui Alep. Il arrive par cargo à Helsinki et demande immédiatement l'asile politique. Pendant ce temps là, Wikhstrom abandonne simultanément son travail de VRP et sa femme et décide d'ouvrir un restaurant après avoir joué ses économies au poker.

On retrouve l'univers étrange de Kaurismaki. Un peu trop peut-être, le réalisateur semblant ne pas chercher à renouveler son cinéma. Ses personnages sont toujours taiseux, peu expressifs et à tendance dépressive. Les situations sont poétiques et cocasses. C'est ce contraste entre la nature des personnages et leur environnement qui crée le burlesque, ici essentiellemnt chez Wikhstrom. Pour Khaled, le réalisateur essaie d'être au plus près de la réalité des réfugiés. Le récit de sa fuite de Syrie, la façon dont les autorités finlandaises le reçoivent, sa vie de clandestin se déroulent au premier degrés et sont complétées par des images réelles d'Alep bombardée. Cette différence de traitement perturbe un peu la lecture du film. Si chaque partie est parfaitement réussie, leur assemblage donne au récit une tonalité étrange dont on ne sait que penser. 

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Publié par zab - dans Cinéma
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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 10:53

A Venise et Ferrare, au XVe siècle, Lucrèce Borgia, femme incestueuse, tyrannique et meurtrière, trouve un peu d'humanité dans l'amour qu'elle porte à Gennaro, son fils autrefois abandonné. Elle cherche à tout prix à le rencontrer et à le sauver alors qu'il ignore qu'elle est sa mère.

Denis Podalydes, metteur en scène, modifie la distribution de la pièce de Victor Hugo  interprétée l'année dernière par Guillaume Gallienne dans le rôle-titre. Il confie cette fois le rôle de Lucrèce Borgia à Elsa Lepoivre, très impressionnante dans ce rôle extrêmement complexe où le tyran voit sa soif de barbarie dépassée par l'amour maternelle qu'elle porte en elle. Aussi terrifiante que touchante, la comédienne présente une palette de jeu d'une grande richesse. La puissance de sa voix dans la colère et sa douceur dans la peur, ses traits lui donnant le masque de la laideur dans la violence et ceux de la beauté dans l'abandon, ses larmes de haine si différentes de ses larmes de chagrin la rende particulièrement troublante. Elle se jette à corps perdu dans ce rôle et nous emporte dans la folie malsaine des Borgia avec force.

Curieusement, malgré cette interprétation magistrale et irréprochable, la pièce ne touche pas tout à fait comme elle le devrait. Quelque chose d'imperceptible vient perturber la dramaturgie. Pourtant, la scénographie est très belle et sombre comme il se doit. Elle est réalisée par Eric Ruf, comédien fabuleux qu'on ne voit plus assez souvent depuis qu'il dirige la Maison et que l'on a plaisir à retrouver dans le rôle d'Alphonse d'Este. Les comédiens qui interprètent les frères d'arme de Gennaro sont parfaits (Clément Hervieu Leger, Benjamin Lavernhe, Julien Frisson...). En revanche, le jeu de Thierry Hancisse, Gubetta, tire excessivement vers le grotesque, qui existe bien dans la pièce mais qui semble ici prendre trop de place au point que ce personnage n'en est plus du tout effrayant. Il est pourtant le bras droit de Lucrèce et une menace pour son fils. Gaël Kamilindi interprète un Gennaro trop tendre. Il est difficile de voir en lui un capitaine meneur d'hommes à la guerre. Sa haine de Lucrèce Borgia n'éclate pas suffisamment violemment, qu'il soit avec ses amis ou face à elle. Quelques soient les circonstances on ne voit en lui qu'un petit garçon, alors que celui-ci ne devrait apparaître que lorsqu'il est confronté à la quête de sa mère. A cela s'ajoute la mise en scène du dernier acte, celui de la fête au Palais Negroni, qui ne fonctionne pas bien. L'atmosphère qui y règne n'évoque pas suffisamment l'étau qui se resserre petit à petit sur les dignitaires vénitiens. Aussi, l'arrivée des prêtres annonciatrice de mort devrait être plus spectaculaire, plus effrayante. Même l'entrée de Lucréce Borgia à ce moment précis n'est pas assez puissante, alors que son apparition dans le premier acte est majestueusement mise en scène. Au moment final où vient la mort de la mère et du fils l'effet dramatique ne fonctionne pas vraiment. Si on ne voit plus que le côté un peu ridicule de l'issue c'est que la mise en condition du spectateur n'a pas été faite.

Il faut dire que la pièce, jouant sans cesse sur la frontière entre le drame absolu et le grotesque, n'autorise aucun faux pas. Alors peut-être que, ne serait-ce que pour cette dernière scène, il s'agissait d'un mauvais soir ? Demeure tout de même toutes les qualités énoncées plus haut et le talent d'Elsa Lepoivre qui à lui seul justifie l'existence de cette proposition théâtrale.

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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 11:31

On imagine assez aisément le processus de création de Claude Lelouch pour Chacun sa vie :

* Extraire de son carnet de pensées, une dizaine de micro idées, forcément astucieuses, évidemment drôles et tellement bien trouvées,

* Écrire les saynètes qui n'auront pour seule ambition que celle de servir d'emballage à ces micro idées,

* Agrémenter le tout de plaisanteries dignes de l'Almanach Vermont et des phrases tellement profondes, qui vous expliquent si bien la vie,

*Trouver une idée fumeuse pour lier ces anecdotes en une fin chorale tellement surprenante et si émouvante,

* Feuilleter son album Panini des comédiens, amis ou has been, prêts à jouer n'importe quoi pour être présents, ne serait-ce que trois minutes, dans un film du maître et en convoquer une vingtaine au minimum,

* Ne pas écrire de scénario cohérent, l’essentiel s’improvisera au tournage,

* Abandonner toute maîtrise du récit,

* Ne pas se soucier de la moindre vraisemblance,

* Oublier d'écrire des dialogues dignes de ce nom,

* Bâcler le dessin des personnages, chose inutile puisque l'important est de voir Johnny jouer Johnny (plutôt bien d'ailleurs) et découvrir Dupont-Moretti se prendre pour un acteur,

* Négliger la mise en scène,

* Véhiculer des idées ringardes sur la société,

* Faire du cinéma comme on filme sa colonie de vacances et penser que ceux qui n'y étaient pas prendront plaisir à en regarder les images pendant deux heures.

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Publié par zab - dans Cinéma
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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 17:24

De nos jours, en Belgique, Zahira, 18 ans, est enceinte de son petit ami. Une situation inacceptable pour sa famille pakistanaise qui s'avère pourtant suffisamment compréhensive pour accepter la solution de l'avortement.

 Le film traite de la condition d'une jeune fille vivant en Europe dans une famille attachée à des traditions ancestrales qu'elle ne veut aucunement assouplir. Ce sujet passionnant, déjà souvent traité ces dernières années par le cinéma mondial, mérite d'être abordé avec un minimum de créativité ou tout au moins la volonté de faire avancer le débat. Stephan Strecker s'appuie uniquement sur son histoire et nous propose un récit tristement linéaire sans surprise dont les redondances n'apportent rien dans la compréhension de l'histoire ou de celle de ces personnages. Une scène appuyée en milieu de film nous révélant le destin des protagonistes confirme le manque de finesse du scénariste. La mise en scène paresseuse n'aide pas à élever le niveau d'ambition du film. Ainsi, si le sujet intéresse, son traitement sur la longueur déçoit. Pourtant, pour être tout à fait honnête, on est séduit imparablement par la grande qualité de l'ensemble du casting. Lina El Arabi, dans le rôle principale, nous laisse sans voix. Babak Karimi, Sébastien Houbai, Olivier Gourmet, Alice de Lencquesaing, Zacharie Chasseriaud l'entourent avec grâce. Ils ne suffisent malheureusement pas à faire de Noces un film remarquable.

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Publié par zab - dans Cinéma
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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 14:26

En 1983, Hervé écrit pour la première fois à François Mitterrand. Il veut le féliciter, avec un peu de retard, pour son élection à la Présidence de la République. Ce sera le début d'une longue correspondance avec l'Elysée.

Le personnage créé par Hervé Le Tellier et interprété par Olivier Broche affiche une naïveté et une conviction particulièrement touchante et drôle. L'humour de la pièce est essentiellement basée sur ces traits de caractère du personnage et un comique de répétition très efficace. Cette histoire cocasse nous donne le sourire pendant toute sa durée, environ une heure.

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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 22:55

Trois adolescentes sont enlevées sur le parking d'un supermarché. Leur ravisseur est d'autant plus effrayant qu'il prend de multiples visages.

Le sujet, le trouble dissociatif de l'identité, est original et intriguant. Shiamalan traite son histoire sous trois points de vue différents, celui du ravisseur, celui de sa psychologue et celui de Casey une des adolescente à la sensibilité particulière. C'est ce triple traitement qui rend le film intéressant et d'autant plus inquiétant que le profil du ravisseur semble presque crédible. Le film tient en haleine jusqu'à la dernière demi-heure, moment où il tombe dans le fantastique et le ridicule qu'il avait su jusqu'à là adroitement éviter.

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Publié par zab - dans Cinéma
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