SansCrierArt : Aperçu critique de l'actualité culturelle. Comptes-rendus d'expositions, de pièces de théâtre, de films et de tous autres évènements culturels.

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18 septembre 2020 5 18 /09 /septembre /2020 22:30

Pour son 4ieme spectacle et en 70 minutes chrono, Camille Chamoux s'attaque à la course après le temps, course accentuée par une société où tout va de plus en plus vite.

S'appuyant sur des penseurs tendance (Proust, Epicure, Boris Vian, Ferré, Michel Ange... ) et sur les angoisses de son fils de 5 ans, Camille Chamoux dissèque les manies, agacements, phobies... créés par notre monde moderne, Ubérisé, Wazisé, minuté.

L'ensemble est, comme chaque fois chez Camille Chamoux, intelligement écrit, parcouru de messages féministes, de citations percutantes et de puchline personnelle. La mise en scène de Vincent Dedienne sert parfaitement le texte que la comédienne interprète avec la juste folie propice au rire.

A voir au théâtre du Petit-Saint Martin du mercredi au samedi à 20h30.

Lire l'article sur le spectacle "Esprit de contradiction" de Camille Chamoux.

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11 septembre 2020 5 11 /09 /septembre /2020 22:23

La nouvelle création de Joël Pommerat traite de la construction à l'âge de l'adolescence dans un monde où la violence domine, où la question du genre revient sans cesse, où les parents démissionnent, où les machines se substituent aux éducateurs, où les enfants le sont de moins en moins longtemps... A travers une dizaine de scènes déroutantes, Pommerat nous laisse entrevoir de multiples lectures. Tout en nous interrogeant sans cesse sur la teneur de ses messages, "Contes et légendes" nous emporte à chaque tableau dans un nouvel intrigant récit.

Sur la forme, l'extrême sobriété de la scénographie accompagne parfaitement l'excellence des jeunes comédiennes. La qualité de l'interprétation sert au plus juste l'angoisse, la violence, l'émotion sans que le rire ne quitte jamais vraiment la scène.

Pommerat nous offre une fois encore une expérience théâtrale remarquable.  En jouant à la fois sur le rire et le drame, il nous invite à nous questionner sur l'avenir annoncé à nos enfants par cette étrange société.

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8 mars 2020 7 08 /03 /mars /2020 14:07

Suite au naufrage d'un navire, Viola échoue en Illyrie. Pour échapper aux risques de sa condition de femme, elle se travestit en homme et se fait engager sous le nom de Césario, aux services du Duc Orsino. Ce dernier, fou amoureux de la Comtesse Viola, qui se refuse à lui, demande à Césario d'être son messager auprès de sa bien-aimée.

 

Thomas Ostermeier s'empare de cette comédie que William Shakespeare a écrite à l'occasion du carnaval, lieu de tous les travestissements et où régnants et peuple se trouvent à égalité. Le dramaturge se joue des genres, interroge les origines du sentiment amoureux et moque la folie des puissants. Si on peut s'étonner de la modernité d'un tel propos pour l'époque, sur le papier le pitch n'impressionne pas par son originalité. 

 

Mais la folie avec laquelle Shakespeare dessine ses personnages, l'outrance de la mise en scène d'Ostermeier et la qualité de jeu des comédiens enrichissent formidablement le récit. Le délire est de mise et si on ne sait pas jusqu'à quel point la traduction d'Olivier Cadiot transfigure le texte original, on est souvent saisi par son audace. Les improvisations des comédiens sur l'actualité (réforme des retraites, 49.3, coronavirus...) ajoutent au délire et respectent la tradition du Globe où les comédiens interpellaient directement le public.

 

Denis Podalydes, Georgia Scalliet, Adeline d'Hermy, Anna Cervinka, Noam Morgensztern, Julien Frison sont parfaits, comme la troupe du français sait toujours l'être, mais ce sont les prestations de quatre comédiens particulièrement bien servis qui nous marquent. Sébastien Pouderoux en serviteur coincé et amoureux, Laurent Stocker en oncle dégénéré, Christophe Montenez, en aristo cinglé s'en donnent à cœur joie dans l'outrance parfaitement dosée. Et il y a Stéphane Varupenne en Fou du Duc et de la Comtesse qui semble se promener dans cette partition, lui aussi excellent de bout en bout dans le premier degré comme dans les apartés. 

 

Si certains déplorent la laideur du décor et des (non-)costumes, elle convient parfaitement à cette ambiance de carnaval où tout est décadence, outrance et où les apparences trompent tout le monde ou personne. En un contraste puissant, un contre-ténor accompagné au théorbe intervient à plusieurs reprises apportant douceur et beauté au milieu de cette délirante farce.

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7 février 2020 5 07 /02 /février /2020 19:22

La salle du théâtre Antoine est pleine. Un homme entre par l'orchestre en courant et monte sur scène. Il jouait dans le théâtre d'à côté et il s'est enfuie poussé par une angoisse soudaine.

Dans cette mise en abyme, Edouard Baer interroge le métier de comédien et la création, ce qu'ils provoquent, ce qu'ils portent. Tout à la fois,  le génie, le ridicule, les excès et la schizophrénie de l'acteur, la grandeur, l'ineptie, la magie, l'incongruité des récits, la beauté ou la pauvreté de la langue, la fascination et le jugement du spectateur.

Alternant rire et émotion, s'appuyant sur le charme indéniable de sa folie douce, Edouard Baer se lance dans une divagation où il rend hommage à ses monstres sacrés, surtout des hommes, en extraits sonores et longues citations. Pierre Brasseur, Jean Rochefort, Jean-Louis Trintignant, Romain Gary, Albert Camus, Thomas Bernhardt, Charles Bukowski, André Malraux, Georges Brassens, Delphine Seyrig, trop vite, Jacqueline Maillan et le théâtre de boulevard...

On imagine que chaque soir offre ses surprises et que ce spectacle permet à ce comédien de génie de laisser carte blanche à son goût pour l'improvisation.

A voir au théâtre Antoine jusqu'au 15 février.

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1 février 2020 6 01 /02 /février /2020 16:30

La maison s'agite. La soeur, le frère, la belle-mère se préparent à une visite attendue depuis 20 ans. Il faut dire que le père se meurt et qu'une réconciliation serait bienvenue.

David Clavel, dans une scénographie simple, efficace et agréable, aux mouvements de décors astucieux, revisite le thème de la famille déchirée, recomposée, aux multiples non-dits. Sur scène trois hommes, frères, fils, père et trois femmes soeur, épouses, belle-mère.

Les personnages féminins (Emmanuelle Devos, Anne Suarez et Valérie de Dietrich, toutes les trois parfaite) sont particulièrement savoureux, dans leur retenu, leur autorité, leur disponibilité ou leur folie. Leur partition sonne juste entre sarcasme, ironie, franchise jusqu'à la provocation.

A l'exception du mourant aux saillies mordantes, les rôles masculins (David Clavel, Mael Besnard, David Martin) héritent d'une écriture moins inventive et rythmée qui finit par prendre racine dans un premier degré un peu déroutant au regard du reste de la partition. Certaines répliques qui voudraient dire la profondeur d'un mal être sont maladroites ou un peu ridicules. Doit-on en déduire que les hommes sont des nombrilistes qui pleurent sur leur triste sort sans le moindre recul ou autodérision ? Ou que David Clavel, à la fois interprète et auteur de la pièce n'a pas su s'écrire un rôle à sa mesure (on se souvient notamment de ses interprétations avec la troupe Les Possédés Oncle Vania, Bullet Park...) ?

Ce déséquilibre dans l'écriture si elle interpelle ne nuit pas à l'intérêt porté à la pièce durant ses 90 premières minutes. La dernière demi-heure, elle, marque le pas nous laissant dans un entre deux mêlé de desappointements et d'impressions fortes.

 

 

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12 janvier 2020 7 12 /01 /janvier /2020 18:07

Fanny Brice, star du music hall, se remémore son parcours d'artiste et sa vie de femme.

Inspirée de la vie de la vraie Fanny Brice, Funny Girl a été créée à Broadway en 1964 avec dans le rôle titre Barbra Streisand, découverte à cette occasion. Jean-Luc Choplin, directeur du théâtre Marigny, met en scène pour la première fois en France, ce spectacle, à la fois drôle et dramatique, devenu un classique de la comédie musicale. Cette production français présente une distribution internationale de comédiens-chanteurs-danseurs de grande qualité. A la tête de la troupe Christina Bianco comédienne, chanteuse et imitatrice américaine, impressionne par la puissance et la justesse de son interprétation tant dans le jeu que dans le chant.

Après 2h30 d'un spectacle virevoltant, le public du Marigny offre une ovation à cette belle troupe, son orchestre et à sa révélation Christina Bianco.

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11 janvier 2020 6 11 /01 /janvier /2020 19:12

Alex Lutz revient avec son nouveau spectacle aux Folies Bergeres. Lancé en février 2018 à l'Olympia, ce deuxième opus se présente comme un stand-up. Plus de sketchs comme sur le spectacle précédent mais une longue réflexion sur les angoisses de la vie et le vivre ensemble qui ouvre de nombreux apartés sur le nombrilisme de l'artiste, sur la peur libérée par le rire, sur la condition des femmes, sur l'origine des manies de l'Homme... L'artiste fait passer quelques convictions de façon plus direct, dans un 1er degré qui réduit les moments de rire franc, qui lorsqu'il est là est toujours très efficace. Il est accompagné en entrée, dans une scène burlesque, et en sortie, dans une séquence esthétique et poétique, de deux superbes chevaux blancs qui soulignent la volonté de l'artiste de proposer plus qu'un spectacle comique.

Dans cette sorte de fourre-tout, qui s'enchaine parfaitement, le talent du comédien et sa maitrise de la scène ne cessent d'impressionner.

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