Le Petit Palais présente une rétrospective, la première depuis soixante ans, de Giovanni Boldoni, peintre d'origine italienne qui triomphait dans la haute société de Paris à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, particulièrement pour ses portraits féminins.
Boldini se placait entre academisme et modernisme, "dans la peinture du "juste milieu". La modernité de la situation et de ses points de vue, la position des sujets qu'il croque, marque dès ses premières œuvres. Pour ses portraits, il situe ses sujets dans un décor au lieu de les placer, comme il était de bon ton à l'époque, sur un aplat de couleur. Il donne également à ses sujets des attitudes surprenantes, comme en action, les représentant en cours de déplacements, saisies à leur entrée dans une pièce, ou surpris dans une position d'abandon sans affectation... Ces mises en scène donnent leur modernité aux portraits qui magnifie leurs sujets. Il prenait soin d'instiller du mouvement dans tous ces tableaux, dans ses scènes parisiennes, dans les paysages comme dans les portraits. Les années passant, il multiplie les traits de pinceau brefs qui amplifient le mouvement et donnent au tableau toute son atmosphère.
La 12e édition de Circulation(s) présente une trentaine d'artistes qu'il serait réducteurs de nommés "photographes" tant, cette fois encore, le Festival axe ses choix vers des œuvres conceptuelles.
Diplômés de philosophie, sociologie, science-politique, d'anthropologie... nombres d'artistes ici exposés utilisent la photo pour illustrer l'objet de leur recherche. Cela donne parfois de belles photos, qui peuvent vivre seule, sans le cartel explicatif. Cela reste plus souvent prisonnier de son concept.
Circulation(s) porte depuis quelques temps de moins en moins bien son nom de festival de la photographie, et de moins en moins celui de la jeune photographie ; les artistes ayant pour la plupart entre 35 et 40 ans.
Les sujets abordés sont passionnants mais on n'y retrouve pas toujours son compte pour ce qui est de l'art photographique. De ce côté là on retiendra toutefois les noms de Livia Melzi, Silvia Rosi, Laura Quinonez, Dominik Fleischmann, Rafael Heygster, Sheung Yiu, Sari Soininen.
L'Atelier des Lumières présente une nouvelle exposition immersive consacrée à Cézanne et à Kandinsky.
Cézanne, Lumières de Provence, création artistique de Gianfranco Iannuzzi, mise en scène et animations vidéo de Cutback, nous immerge, durant 35 minutes, au cœur de la nature source première d'inspiration du peintre. Ses œuvres majeures, autoportraits, baigneuses, nature morte, et paysages de Bibémus, l'Estague et la Sainte-Victoire (dont Nature morte aux pommes, Les joueurs de cartes, Les grandes baigneuses) sont ainsi projetées sur les murs et sols, semblant naître petit à petit devant nos yeux, faisant apparaître la texture de la peinture. Ce beau voyage est composé de plusieurs séquences chacune dédiées à une période artistique et parfaitement accompagnées par Django Reinhardt, Eddy Davis, Stephane Grappelli, Woody Jackson, Henry Purcell, Franz Schubert, Felix Mendelssohn, Mozart, Antonio Vivaldi, Frédéric Chopin, Sibelius....
Un programme "court" de 10 minutes, réalisé Cutback sous la direction artistique de Virginie Martin, est consacré au travail de Kandinsky, fondateur de l'art abstrait. La première partie présente la période figurative entre impressionnisme et fauvisme (dont La Montagne Bleue). Là aussi les projections sont accompagnées de musique classique (Wagner, Dvorak, Vivaldi... ). La seconde partie nous plonge dans ses œuvres abstraites (dont Carrés et cercles concentriques, Composition VIII et Jaune, rouge, bleu) et sa période cosmique (sur Space Oddity de David Bowie)
Août 2021, les talibans envahissent Kaboul. Tous les médias du monde relaient l’événement. L'émotion s'installe en occident puis passe...
Pour nous rappeler que l'Afghanistan se meurt sous le joug des oppresseurs, le Pavillon Carré de Baudouin apporte son soutien au peuple afghan et à ses artistes à travers un hommage au poète Sayd Bahodine Majrouh, à qui l'exposition doit une partie de son titre "Le rire des amants", et en exposant six photographes.
Les photographies, prises entre 1983 et 2021, célèbrent la beauté de ce pays empêché et de ce peuple marqué par un destin d'une grande complexité.
L'exposition débute par Le Ciel des yeux, présentant une vingtaine d’œuvres du photojournaliste français d'origine iranienne, Reza. La beauté que porte ses photographies dénonce encore plus la violence portée à ce peuple.
@Massoud Hossaini
La deuxième salle est consacré au photojournaliste afghan Massoud Hossaini, prix Pulitzer en 2012 (ci-dessus), qui présente son projet Wrong Place? Pour oublier les horreurs qu'il prend en photos, il poste sur son compte Instagram les "petits bonheur quotidiens".
@Naseer Turkmani
A l'étage, Nasser Turmani, photographe afghan, en exil en France depuis août 2021, présente Terres sombres, une dizaine de belles et nostalgiques photos en noir et blanc.
La grande salle accueille trois artistes femmes.
@Roshanak
Roshanak, photographe et peintre d'origine iranienne vivant en France. Elle s'installe en 2021 dans un Afghanistan libéré des talibans. Elle présente La couleur pour survivre, une série de photographies en noir et blanc, scènes de vie familiale, de tradition où les femmes dominent, sur lesquelles elle a peint quelques éléments de couleur symbole de liberté.
@Roya Heydari
Roya Heydari, photographe et vidéaste afghane, exfiltrée en 2021, témoigne de la beauté de son pays.
@Fatimah Hossaini
Fatimah Hossaini, artiste afghane, née à Téhéran, présente L'audace de la beauté, un hymne à la beauté des femmes comme arme contre la terreur.
A l'heure où l'Ukraine se bat pour sa liberté contre l'envahisseur Russe, et alors que les Ukrainiens fuient sur les routes d'Europe, le texte qui accompagne les photos de Reza se fait universel :
Mémoire d'exil - Afghanistan, Badakshan, 1990 "Au bout du chemin parfois difficile du départ, souvent au péril de sa vie, l'exil, vers ces terres d'asile accueillantes, reste le refuge dans lequel chacun s'efforce de survivre, de reconstruire. En soi, le souvenir du pays perdu et la déception de la terre promise. Au-delà de la joie d'être libre, en soi, la fracture physique et intellectuelle du deuil de sa terre. Une odeur, un goût, un paysage, un visage, la mélodie de sa langue, le rythme de son pays : les joies du présent de l'exilé sont pleines de mémoires de son passé. Dans l'ailleurs à bâtir, l'exilé avance sur la frontière intime entre sa guerre et sa paix intérieure."
Cette très belle exposition est à voir au Pavillon Carré de Beaudouin jusqu'au 2 avril (entrée gratuite).
Après Chtchoukine en 2016, la Fondation Vuitton rend hommage aux Morozov. Egalement russes, ils ont aussi pour point commun avec Chtchoukine d'être de grands collectionneurs qui ont révélé et soutenu de nombreux peintres de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Ces industriels, formés à l'art, ont particulierement fréquenté et collectionné les peintres russes et français.
Lorsque leur collection est nationalisée en 1918, en même temps que celle de Chtchoukine, elle comporte plus de 650 oeuuvres.
200 d'entre elles, prêtées par les musées de l'Ermitage et Pouchkine, la galerie Tretiakov et des collections privées, sont présentées à la Fondation Vuitton. Les grands noms se succèdent : Manet, Monet, Renoir, Degas, Derain, Vlaminck, Marquet, Pissaro, Lautrec, Sisley, Rodin, Claudel, Mvnch, Picasso... Bonnard, Denis, Gauguin, Cezanne et Matisse sont particulièrement présents.
Deux Van Gogh sont exposés dont le très beau et surprenant La ronde des Prisonniers auquel une salle est dédiée.
Les peintres russes sont bien présents dont Konstantine Korovine, qui conseilla les Morozov sur leurs acquisitions et dont les toiles ici exposées accrochent particulièrement l'oeil.