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1940, la France est coupée en deux : au nord, la France occupée par les Allemands, au sud, une France laissée "libre" gérée par Pétain et son administration qu'Henri Marre a rejoint abandonnant sa femme Paulette et leurs trois enfants en zone occupée.

Le réalisateur, à travers le portrait de cet arriére grand-père, entrepreneur raté, qui confond son échec et celui de la France et céde au chant des sirènes pétainnistes, devenant Commissaire à la lutte contre le chômage de Limoges, décrit le fonctionnement de l'administration vichiste de 1940 jusqu'au débarquement allié. Il dessine les différents types de personnalités qui la constituent, d'Henri Maux aux positions anti-gouvernementales et futur résistant jusqu'aux pires collabos. Et évoque quelques décisions du gouvernement vichiste sur le chômage qui rappellent étonnamment quelques décisions plus récentes.

Emmanuel Marre semble classer son arrière grand-père dans un entre deux. Il est interprété par l'excellent Swan Arlaud, qui gère avec une précision d'orfèvre toute la complexité du personnage. Personnage consciencieux et soucieux de bien faire, mais qui semble toujours protéger ses collaborateurs quand ils sont menacés par les lois Vichistes, ou qui, sans refuser aucunes des missions ou ordres qui lui sont donnés, semble toujours chercher le petit geste à sa portée pour amoindrir essentiellement de façon infime les consequences de ses actes. On pense évidemment à Jean Luchaire incarné il y a peu par Jean Dujardin, bien que lui fut plus collabo que pétainniste.

Sur la forme, le film est aussi très réussi. Tout d'abord par la voix off qui dit les lettres, particulièrement bien écrites, de Paulette à son mari, et qui exposent toute la confusion qui régnait à l'époque et l'amour sincère mais clairvoyant de cette femme. La photographie présente, surtout dans la première partie du film, une lumière crue qui renvoie à l'esthétique d'un documentaire ou de vidéos privées, mais aussi au procès filmé des Ceaucecu. Le cadrage au plus près des corps et des visages participe à cette ambiance étrange. Cela fonctionne particulièrement bien. Dans la seconde partie, une image plus cinématographique s'impose, complétée par des extraits en noir et blanc d'actualités ou de propagande de l'époque. Une de ces séquences historiques de liesse est accompagnée de la chanson  Life is life d'Opus (groupe Autrichien). Le décalage est glaçant et rappelle que tout cela pourrait être à nouveau d'actualité. Deux autres scènes accueillent cet effet de décalage musical avec Sounds like a Melody d'Alphaville (groupe Allemand) et Popcorn composée par Gershon Kinsley (juif allemand) sur une chorégraphie dont on ne sait très bien s'il faut en rire ou en être consterné.

Aux côtés de Swan Arlaud, l'ensemble du casting est excellent dont Sandrine Blancke (Paulette), Jean-Batiste Marre (Henri Maux) et une pléiade d'acteurs remarquables dans des rôles secondaires.

Le film a reçu le Prix du meilleur scénario à Cannes 2026.

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Jean-Paul Rappeneau qui vient de mourir à l'âge de 93 ans, n'a tourné que 8 longs métrages parmi lesquels on compte au moins 5 films qui ont fait le bonheur de nos soirées télé du dimanche soir et 1 film culte.

En 1966, pour son premier film, La vie de château, il réunit Philippe Noiret et la jeune Catherine Deneuve en couple mal assorti à la veille du débarquement en Normandie. A leurs côtés, le truculent Pierrr Brasseur. C'est drôle, enlevé et récompensé du Prix Louis Delluc.

L'aventure et le couple, sur un rythme de cavalcade, sont les deux grands sujets des films de Rappeneau. On les retrouve en 1971, dans Les mariés de l'An II avec Marlène Jobert et Jean-Paul Belmondo et en 1975, dans Le Sauvage avec à nouveau Catherine Deneuve, cette fois  tombée du ciel pour emmerder un Yves Montant tranquille sur son île déserte. Là aussi, c'est très drôle, les dialogues sont percutants et le rythme soutenu. Rappeneau retrouve Montant en 1982 pour Tout feu, tout flamme. Le couple est cette fois composé d'un père longtemps porté disparu et de sa fille Normalienne qui n'est autre qu'Isabelle Adjani. On y retrouve le goût du réalisateur pour les joutes verbales  et les courses poursuites.

C'est sans doute le goût du verbe qui poussera Rappeneau à adapter en 1990 Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostant. Son oeuvre culte. Une adaptation somptueuse. Parfaitement maîtrisée avec Gérard Depardieu à une époque où il était encore un immense comédien et les jeunes Anne Brochet et Vincent Perez. 10 César, 1 Golden Globes et 4 millions d'entrées. Cinq ans plus tard,  c'est sûr un autre livre que se penchera le réalisateur : le hussard sur le toit de Jean Giono avec Olivier Martinez et Juliette Binoche en très grande forme.

Rappeneau était aussi un co-scénariste à succès. Il a ainsi travaillé sur de nombreux films de Philippe de Broca mais aussi d''Alain Cavalier, Yves Robert, Louis Malle ou Denis de la Patelliere.

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Les Gheorghiu, un couple roumano-norvégien très pieux, arrivant de Roumanie, s’installent avec ses cinq enfants dans un village norvégien. Un jour, une professeur remarque des ecchymoses sur le cou d'une des enfants. L'Aide à l'Enfance intervient.

Mungiu a situé son scénario dans un pays du Nord car c'est là que la législation sur la protection des droits des enfants est la plus forte. De plus, il s'inspire d'un fait divers qui s'est produit en Norvège, pays qui a récemment était souvent critiqué pour sa précipitation dans les suspicions de violence faite aux enfants. Il contrebalance, dans l'intervention de représentants de la Roumanie dont les propos tenus ne sont pas plus mesurés. 

Le réalisateur semble vouloir nous démontrer que les progressistes peuvent devenir aussi, si ce n'est plus, intolérants que les traditionnalistes. Le maintien d'une certaine mesure dans l'application de l'évolution des règles de vie semble le cœur de son sujet, ainsi que la polarisation de nos sociétés modernes.

La caméra en mouvement dès que les comédiens bougent et en plan fixe dès qu'ils se posent laisse voir une multitude de détails signifiants. Les comédiens Renate Reinsve, poignante, et Sebastian Stan,  équivoque, sont excellents tout comme les enfants qui les accompagnent.

Dans son récit, Mungiu oppose deux visions de l'éducation des enfants sans prendre tout à fait partie et en laissant une part d'inconnue qui rend tout arbitrage compliqué. Le film d'une durée de 2h25 se regarde sans ennui, le récit étant suffisamment riche pour faire sans cesse chavirer nos certitudes. L'image finale donne un message d'espoir sur le pouvoir de l'amour sur toute forme de jugement.

 

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De nos jours, à Paris, Marie-Lou, directrice d'EPHAD, met en place dans son établissement l'Humanitude, une méthode de soin des personnes atteintes de déficience cognitive basée sur le regard, le toucher et la verticalité  Cette mise en place nécessitant plus de personnel et plus d'argent, elle est confronté à des réticences. Un jour, elle rencontre Mari, une metteuse en scène atteinte d'un cancer en phase terminale. L'amitié des deux femmes va les aider mutuellement.

Le film prône la bienveillance dans les rapports humains quels qu'ils soient avec pour point d'orgue celle à apporter aux personnes souffrant d'Alzeimer mais aussi, en filigrane les autistes ou plus simplement ses collègues de travail. Dans sa démonstration, Hamaguchi fait une critique argumentée et très claire du capitalisme.

Son scénario est cependant trop didactique répétant et allongeant les scènes de formation ou de mise en place de l'Humanitude, celles de démonstration des (dys)fonctionnements du capitalisme et celles de la pièce de théâtre de Mari. C'est le point faible du film. D'une durée de 3h16, avec un montage plus strict, il aurait pu éviter ce qui peut-être ressentie comme des répétitions. Pourtant, on ne s'ennuie jamais vraiment. La singularité du sujet et la façon dont le scénario chemine captent notre attention. Les comédiens nous emportent aussi dans ce récit et on retrouve avec plaisir dans des rôles secondaires Marie Bunel, Sephora Pondi et Jean-Charles Clichet. Formellement, le film impressionne avec ses longs plans séquence.

Quant aux deux interprètes principales, parlant toutes les deux alternativement en français et en japonais, Virginie Effira et Tao Okamoto sont toutes les deux parfaites. Elles ont reçu à Cannes 2026 le Prix d'interprétation féminine.

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Christopher Nolan présente sa version filmique de l'Odyssée d'Homère. Le cinéaste y retrouve ses thèmes de prédilection : la mémoire et l'oubli, l'expédition sur des contrées inconnues et la guerre.

Le réalisateur fait le choix de sacrifier la part de merveilleux et la poésie du récit d'Homère. Le pouvoir des Dieux est ainsi peu évoqué, les personnages de Calypso, Nausicaa et des Lotophages, les mangeurs d'oubli, sont représentés en un seul personnage. Le caractère premier d'Ulysse qui est un homme intelligent et fin stratège n'est pas spécialement souligné. Le casting très hollywoodien n'aide pas à élever le film au delà d'une démonstration à grand spectacle.

Esthétiquement là aussi le film ne traite pas le merveilleux du récit. Tout est très sombre, les fastes décrits par Homère sont absents. La mise en scène déçoit aussi, les plans similaires réapparaissent souvent et les scènes de combat ne semblent pas chorégraphièes. De nombreuses séquences sont accompagnées d'une musique de fin du monde qui paraphrase ce qui est montré à l'écran. Un visionnage en Imax 70 produit peut-être un meilleur rendu, encore faut il avoir accès à l'une des 41 salles équipées dans le monde....

Il semblerait que Nolan ait préfèrè le 1er degrés d'un récit de guerre et de violence, sur fond de conquêtes, de vengeance et de remords, lui offrant la possibilité de proposer un impressionnant film d'aventure à l'américaine. Un peu vain.

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