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19 novembre 2023 7 19 /11 /novembre /2023 13:21

Le 1er mars 2016, Carole Achach, photographe de plateau et romancière, se suicide à l'âge de 63 ans, laissant à sa fille, Mona, des caisses de photos, de carnets intimes et d'enregistrements.

Mona Achach nous plonge dans la vie de sa mère Carole, de sa grand-mère Monique Lange et des hommes qu'elles ont côtoyés, amis, amants, maris, se nommant, curieusement tous (ou presque) Jean comme Jean Genêt, protagoniste clé. Des hommes, tous au mieux lâches, au pires pervers, dont Monique, Carole et Mona ont subi les violences, comme une malédiction familiale inévitable.

Pour dessiner le portrait de sa mère, expliquer son suicide et mettre fin à cette malédiction, Mona Achach met en place un processus de création complexe sur le papier mais d'une grande maîtrise formelle, mêlant archives photographiques et sonores. et reproductions vidéos.

Dans un vaste espace servant de studio sont affichées une multitudes de photos, sont reproduit le bureau de Carole et une brasserie où elle interview les connaissances de Monique et est placé à vue un écran de projection pour le tournage des scènes extérieures.

Au coeur de ce dispositif, Marion Cotillard, filmée à la fois en Marion jouant Carole et disparaissant totalement pour n'être que Carole. Mona Achach mixe ainsi processus de travail et fiction, passant subtilement de l'un à l'autre sans jamais perdre le spectateur. Jouant en playback sur les enregistrements vocaux de Carole ou s'appropriant ses écrits en transformant sa voix, Marion Cotillard semble habitée par cette femme complexe entre dureté et souffrance. Les superlatifs semblent vains pour décrire la puissance de cette incarnation. Face à Mona, Carole réapparaît comme pour un réconciliation post-mortem.

Little girl blue est ainsi un film remarquable, par l'intelligence de sa conception, par l'intensité de son récit et par la puissance de son incarnation.

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