SansCrierArt : Aperçu critique de l'actualité culturelle. Comptes-rendus d'expositions, de pièces de théâtre, de films et de tous autres évènements culturels.

Rechercher

Rubriques

28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 19:54

En Egypte, en juillet 2013, suite à la chute du president Morsi, les Frères musulmans et le reste de la population s'affrontent.

Mohamed Diab qui avait traité du sort des femmes egyptiennes dans Bus 678, utilise à nouveau le concept du huis clos en enfermant ses protagonistes dans un fourgon de police. Les prisons sont pleines et les manifestants pro et anti-Frères musulmans sont enfermés dans un même fourgon pendant d'interminables heures.

Tout d'abord violents et politiques les échanges glissent rapidement sur des sujets moins clivant et sur le soucis de l'entraide face à des conditions d'enfermement dangereuses. Diab trouve le moyen, sans tomber dans la facilité, de dessiner des situations et des personnalités bien plus complexes et contrastées que ce que le contexte nous laisserait de façon simpliste imaginer

Il réussi l'exploit de nous faire vivre pleinement l'oppression et l'enfermement mais aussi chaque événement, chaque échange et basculement des relations dans ce fourgon. Plus fort encore, on perçoit parfaitement les événements extérieurs qui se déroulent autour du fourgon, la confusion totale qui pourrait mener une foule à lyncher le premier venu.

Partager cet article
Repost0
24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 16:46
Juste la fin du monde de Xavier Dolan

Louis, écrivain, après 12 ans d'absence rend visite à sa mère. Il souhaite profiter de ce moment en famille pour annoncer sa mort prochaine.

Xavier Dolan convoque un casting fabuleux pour cette adaptation de la pièce de Jean-Luc Lagarce. Nathalie Baye, perruque et maquillage outrancier, est la mère nerveuse et excentrique, Léa Seydoux la petite sœur éprise d'admiration qui voudrait comprendre, Vincent Cassel, le frère à vif et brutal et Marion Cotillard, la pièce rapportée qui observe, temporise et comprend. Tous les quatre sont impressionnants. Gaspard Ulliel n'a peut-être jamais été aussi juste, dans le rôle du dramaturge, un emploi peu bavard où tout se lit dans les regards et les expressions du visage. Car Dolan nous amène au plus près des comédiens, privilégiant sans cesse les gros plans. Il utilise sa caméra comme un microscope, plongeant le spectateur à l'intérieur des choses et des êtres, veillant à ce qu'il ne soit pas perturbé par ce qui entoure l'action. Lui à qui on a pu reprocher une certaine tendance à l'hystérie, surprend ici dans sa capacité à doser la tension qui règne dans cette histoire de malaise familial. Avec "Juste la fin du monde", il semble avoir gagner en finesse. Il ne lui manque donc plus grand chose pour être LE très grand cinéaste qu'on nous annonce depuis déjà 6 films.

Partager cet article
Repost0
23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 20:03
Retour chez ma mère d'Eric Lavaine

Stéphanie, 40 ans, suite à des déboires professionnels , est contrainte de revenir vivre chez sa mère.

Le scénario est bien faiblard, il contient toutefois quelques bonnes idées et de bons mots. Mais le réalisateur n'a aucun talent de mise en scène, de direction d'acteurs et aucun sens du rythme. Et tout bon comique sait que le rythme est essentiel dans l'art de faire rire. Totalement raté donc.

Date de sortie en salle : 1er juin 2016

Date de sortie en DVD : 1er octobre 2016

Partager cet article
Repost0
19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 16:05
Frantz de François Ozon

En Allemagne, en 1919, Anna se recueille chaque jour sur la tombe de Frantz, son fiancé mort au front. Un jour, elle se rend compte qu'un étranger fleurit la tombe.

Le film laisse un sentiment étrange d'inachevé. Trop émouvante ou pas assez, on ne sait trop comment appréhender cette histoire un peu alambiquée. Si l'émotion vient, elle est portée par Paula Beer, jeune comédienne allemande, dont la prestation marque le film. Pierre Niney, très bien également, endosse un rôle peu aimable. Les raisons de son tourment sont expédiées un peu rapidement et l'empathie pour ce personnage vient difficilement. La réalisation est très belle, bien que le noir et blanc au noir surexposé, gêne un peu.

Tout dans ce film est séduisant mais il manque chaque fois un petit quelque chose qui en ferait une totale réussite.

Partager cet article
Repost0
15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 15:35
La Danseuse de Stéphanie Di Gusto

Loïe Fuller fait ses premiers pas de comédienne à Brooklyn. Un soir, sur scène, pour combler un moment de gène, elle fait virevolter sa robe autour d'elle. La réaction enthousiaste du public, lui donne l'idée de développer cette nouvelle danse.

La première partie du film conte les années américaines, les galères et les premiers succès à Paris. Les séquences se succèdent à un rythme soutenu allant à l'essentiel sans effet de précipitation, proposant des ellipses particulièrement belles et efficaces. La seconde partie adopte un tempo bien plus lent. Le film se concentre sur les douleurs physiques et morales de l'artiste et sur sa relation avec Isadora Duncan. Loïe Fuller ne se ménage pas dans des chorégraphies (exécutées par Soko non doublée) qui demandent un effort particulièrement soutenu. Ses relations sentimentales sont complexes, sa sexualité hésitante. Ce portrait adopte un parti pris un peu misérabiliste qui détonne avec les témoignages que l'on peut lire sur la vie de Loïe Fuller. La réalisatrice n'explore pas, par exemple, le travail de recherche qu'effectuait l'artiste pour améliorer sans cesse la mise en lumière de ses numéros, ses relations avec des scientifiques ou des artistes avant-gardistes. Cette part remarquable chez une femme de cette époque est laissée de côté. Abstraction faite de ces partis-pris historiques et de quelques lenteurs, le film offre de très beaux moments. La reconstitution de l'époque, les costumes, la qualité de la photo, la réalisation des scènes de danse sont remarquables. Soko, dans le rôle principal, habite le personnage. Mélanie Thierry offre une fois de plus une composition fine et précise en peu de mots et de gestes. Quant à Lily Rose Depp, dont cette première apparition au cinéma a excessivement occupée la presse lors de la présentation du film à Cannes, elle est tout à fait juste dans le rôle de l'évanescente et perverse Isadora Duncan.

A voir en salle dès le 28 septembre

Partager cet article
Repost0
10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 19:39
Divines de Houda Benyamina

Dounia vit en banlieue dans un bidonville. Elle rêve d'argent facile et de reconnaissance. Soutenue par son amie Maimounia, elle intègre la bande de dealers menée par Rebecca.

Houda Benyamina conte la montée dans la violence et la descente aux enfers de cette jeune fille avec un énergie débordante. Le film affiche immédiatement la couleur de la brutalité, d'une certaine haine et du désespoir. Quelques scènes et bons mots très drôles glissés au milieu de cet engrenage infernale participent rapidement à nous attacher à ces héroïnes naïves et paumées. Elles sont interprétées par deux comédiennes bluffantes : Oulayah Amamra qui porte le film et Deborah Lukumuena dont le potentiel comique et émotionnel impressionne. Ce sont elles qui nous permettent de plonger pleinement dans cette histoire, jusqu'à ce qu'une scène de violence et de danse légèrement gênante et celle finale à la morale très premier degré, un peu petit bourgeois, nous interpellent. Remontent alors à l'esprit toutes les ficelles, morales et symboles un peu trop évidents qui jalonnent le film. Ils font de Divines une oeuvre imparfaite, un peu naïve dans son récit et pas très clair dans son message.

DIvines n'en demeure pas moins un film intrigant qui a le mérite de mettre en lumière ces deux jeunes et belles comédiennes (auxquelles s'ajoute Jisca Kalvanda terrifiante dans le rôle de Rebecca) et une réalisatrice au regard singulier qu'il sera intéressant de suivre.

Partager cet article
Repost0
10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 11:29
Cézanne et Moi de Danièle Thompson

L'amitié qui lia Emile Zola et Paul Cézanne débuta dans la cours d'une école d'Aix en Provence. Leur relation durera plus de 40 années jalonnées des succès du premier et des échecs du second, liés tous deux par le goût de l'art et d'un certain anticonformisme.

Les témoignages de cette étonnante amitié sont rares et Danièle Thompson ne cache pas qu'elle a dû imaginer la plupart des scènes de son film, en se basant sur leur correspondance et sur les écrits de ceux qui les côtoyèrent dont notamment le marchand d'art, Ambroise Vollard. La réalisatrice s'est attachée à dépeindre le milieu artistique de l'époque ; Emile Zola, critique d'art, est un grand défenseur des impressionnistes (Monet, Manet, Renoir, Pissarro sont ses amis). La reconstitution de l'époque est soignée tout comme la photographie plutôt remarquable. Si le film pêche c'est par le développement de l'histoire qui est mené de façon assez abrupte. La première partie du film est construite de multiples scènes très courtes ayant certainement pour but d'installer la psychologie des personnages mais qui semblent parfois un peu bâclées ou avoir été bien bousculées lors du montage. Certains évènements de la vie de Cézanne mériteraient un traitement plus fin et approfondi. Mais la réalisatrice préfère s'attarder sur le conflit qui mena à leur rupture. Ici tout est question de choix et on imagine bien ceux, cornéliens, qu'a du faire la réalisatrice. Nous n'aurions sans doute pas fait les mêmes. La musique, composée par Eric Neveux, vient alourdir un peu plus le propos mais la réalisatrice ne souhaitait pas faire appel au répertoire classique. Si l'ensemble est décevant il n'est toutefois pas désagréable. Danièle Thompson a du métier et ça se voit. Et Guillaume Canet est bluffant en Emile Zola. Encore un choix surprenant qui pour le coup est un coup de maître. Le comédien est épatant dans le rôle du grand homme, fidèle, faible, humain et attachant.

A voir en salles dès le mercredi 21 septembre.

Partager cet article
Repost0