Martial Kermeur a jeté à la mer Antoine Lazenec qui lui a volé toutes ses économies dans une arnaque immobilière. Le lendemain, Martial raconte au juge d'instruction son petit boulot, son engagement politique, sa femme qui est partie, l'amour de et pour son fils Erwan, et la succession de catastrophes qui s'est abattue sur lui et son île bretonne.

Emmanuel Noblet adapte le livre éponyme de Tanguy Viel, s'attribue le rôle ingrat du juge et confie le rôle de Martial à Vincent Garanger.

Il est peu de dire que Vincent Garanger captive. Sa façon d'interprèter ce breton, bon comme le bon pain, sidéré par l'absence d'humanité de certains hommes et détourné lui même, pour un court instant qui fera son malheur, de cette humanité, est criante de vérité. Il en faut du talent pour capturer l'attention du spectateur avec ces kilomètres de texte qu'il porte à 95%. La plume précise sans être pesante, poétique sans perdre de sa clarté, de Tanguy Viel est aussi un atout majeur de la pièce.

Sur le plateau, en fond, un immense écran panoramique sur lequel sont projetées des images de mer, lieu du, ou plutôt, des drames. Devant, un mur de vieilles pierres symbolise le chantier abandonné, ou les ruines du château détruit ou les fondements d'une vie droite qui ne trahissent pas. Sur le côté, un fauteuil sur le bras duquel est posé un code pénal. La mise en scène d'Emmanuel.Noblet, simple sans être anecdotique, permet à Martial d'exprimer avec dignité et sincérité, son incompréhension, sa colère et son désespoir.

A voir au théâtre du Petit Saint-Martin.

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1940, la France est coupée en deux : au nord, la France occupée par les Allemands, au sud, une France laissée "libre" gérée par Pétain et son administration qu'Henri Marre a rejoint abandonnant sa femme Paulette et leurs trois enfants en zone occupée.

Le réalisateur, à travers le portrait de cet arriére grand-père, entrepreneur raté, qui confond son échec et celui de la France et céde au chant des sirènes pétainnistes, devenant Commissaire à la lutte contre le chômage de Limoges, décrit le fonctionnement de l'administration vichiste de 1940 jusqu'au débarquement allié. Il dessine les différents types de personnalités qui la constituent, d'Henri Maux aux positions anti-gouvernementales et futur résistant jusqu'aux pires collabos. Et évoque quelques décisions du gouvernement vichiste sur le chômage qui rappellent étonnamment quelques décisions plus récentes.

Emmanuel Marre semble classer son arrière grand-père dans un entre deux. Il est interprété par l'excellent Swan Arlaud, qui gère avec une précision d'orfèvre toute la complexité du personnage. Personnage consciencieux et soucieux de bien faire, mais qui semble toujours protéger ses collaborateurs quand ils sont menacés par les lois Vichistes, ou qui, sans refuser aucunes des missions ou ordres qui lui sont donnés, semble toujours chercher le petit geste à sa portée pour amoindrir essentiellement de façon infime les consequences de ses actes. On pense évidemment à Jean Luchaire incarné il y a peu par Jean Dujardin, bien que lui fut plus collabo que pétainniste.

Sur la forme, le film est aussi très réussi. Tout d'abord par la voix off qui dit les lettres, particulièrement bien écrites, de Paulette à son mari, et qui exposent toute la confusion qui régnait à l'époque et l'amour sincère mais clairvoyant de cette femme. La photographie présente, surtout dans la première partie du film, une lumière crue qui renvoie à l'esthétique d'un documentaire ou de vidéos privées, mais aussi au procès filmé des Ceaucecu. Le cadrage au plus près des corps et des visages participe à cette ambiance étrange. Cela fonctionne particulièrement bien. Dans la seconde partie, une image plus cinématographique s'impose, complétée par des extraits en noir et blanc d'actualités ou de propagande de l'époque. Une de ces séquences historiques de liesse est accompagnée de la chanson  Life is life d'Opus (groupe Autrichien). Le décalage est glaçant et rappelle que tout cela pourrait être à nouveau d'actualité. Deux autres scènes accueillent cet effet de décalage musical avec Sounds like a Melody d'Alphaville (groupe Allemand) et Popcorn composée par Gershon Kinsley (juif allemand) sur une chorégraphie dont on ne sait très bien s'il faut en rire ou en être consterné.

Aux côtés de Swan Arlaud, l'ensemble du casting est excellent dont Sandrine Blancke (Paulette), Jean-Batiste Marre (Henri Maux) et une pléiade d'acteurs remarquables dans des rôles secondaires.

Le film a reçu le Prix du meilleur scénario à Cannes 2026.

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 Figaro et Suzanne doivent se marier aujourd'hui. Mais, leur maitre Almaviva, grand coureur de jupons, veut séduire Suzanne. La comtesse va aider le jeune couple à déjouer les manigances de son mari et tenter de le reconquérir.

La pièce de Beaumarchais est tendance cette année. Après la reprise au printemps de Beaumarchais à la scala par Philippe Torreton, voici qu'Alain Françon, metteur en scène de talent, la présente au théâtre de la Porte Saint Martin. Sa version joue beaucoup plus sur la part comique de la pièce sans en négliger toutefois le message politique. C'est dans le jeu des comédiens et la mise en scène que la comédie joue à plein. Si les décors ne séduisent pas parfaitement, les déplacements des acteurs et leur jeu agissent pleinement.

Vincent Dedienne est un Figaro trentenaire, au sourire ravageur, virevoltant, joueur et joyeux. Micha Lescot est le méchant, vicieux et un peu ridicule Comte d'Almaviva. Ils sont tous les deux extrêmement drôles et justes. Alix Poisson est très bien dans le rôle un peu ingrat de la Comtesse délaissée, tout comme Noémie Lvovky dans le rôle de Marceline qui porte haut et fort les messages féministes face au public. On pourra regretter que le personnage de Chérubin, à la partition très drôle, ne soit pas ici mis plus en valeur

Autre excellente idée, au début de chaque acte, un interlude musical de quelques minutes assuré par une violoniste et une accordéoniste, agit comme une respiration pour le spectateur tant la pièce est dense dans son texte et ses intrigues.

 

A voir à partir du 28 septembre 2026.

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Hakim Jemili débute son spectacle par les attentats de 13 novembre. Audacieux mais il est drôle. En mode stand-up, il enchaine rapidement, en stipulant sans cesse "en vrai", sur sa religion, son mariage, celui de ses parents, le foot, le tabac, l'Alsace, la Tunisie, les enfants...

Et il est très drôle comme il l'est sur les réseaux sociaux. C'est simple et efficace.

Le spectacle a été enregistré à la Cigale en 2021.

A voir en replay sur France.tv 

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Joelle Mazart, assistante sociale qui débute dans un lycée d'enseignement général, est à peine plus âgée que les élèves qu'elle accueille dans son bureau.

La chaîne LCP, dans le cadre de son émission La séance de Rembob'ina, rediffuse la première saison diffusée pour en février 1981. Cette première saison de 6 épisodes a marqué les générations, enfants, ados et adultes qui l'ont visionné à l'époque. Pour la première fois, la télévision proposait une série qui parlait des jeunes dans toutes les difficultés qu'ils rencontrent et les drames qu'ils vivent au lycée comme dans leur famille. Inceste, déclassement social, incapacité de la société à les protéger, harcèlement... les sujets les plus sensibles y étaient traités. La difficulté d'enseigner est aussi abordé.

Véronique Jeannot y est confondante de candeur, un peu tarte mais sympathique. Jacques François est parfait de raideur en proviseur. Et Marc Lavoine est tout jeunot.

45 ans plus tard, les revendications des lycéens et la tonalité de la série qui donne aussi dans l'humour et qui est parfois un peu tartignole, semblent bien éloignés des  manifestations lycéennes et des violences qu'elles subissent. Le décalage est saisissant.

La série n'en garde pas moins un petit goût de madeleine. Parfait pour les nostalgiques.

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