Amiens, en avril 1976, suite à l'annulation pour vice de forme de son premier procès, Pierre Goldman est rejugé pour avoir effectué quatre braquages dont l'un ayant entraîné la mort de deux pharmaciennes. Goldman reconnaît les braquages sauf celui de la pharmacie. Lors du 1er procès, Pierre Goldman avait été condamné à la réclusion à perpétuité.

Plus que le procès lui même, c'est la personnalité de Pierre Goldman qui intéresse. Une impressionnante dialectique, une curieuse façon de se défendre qui renvoie à l'occasion la justice face à ses étrangetés, une forme d'instabilité psychologique que l'on perçoit chez ce fils de parents juifs polonais, engagés politiques, dont le père ayant fuit le nazisme pour trouver refuge en France, y sera résistant... Pierre Goldman, pétri d'admiration pour ses parents, militant d'extrême gauche, versant pourtant dans le banditisme, intrigue. 

Cédric Kahn présente sa vision des moments forts du procès, traçant le portrait complexe de Goldman, l'ambiance électrique dans le prétoire mais aussi entre Goldman et son avocat Georges Kiejman. Son traitement met aussi en lumière l'antisémitisme, le racisme, une police défaillante de l'époque, autant de thèmes toujours d'actualité.

Trois caméras ont tourné simultanément ce huis clos bouclé en trois semaines et monté par Yann Dedet. La réalisation s'approche au plus près des visages, se joue de la disposition des lieux pour donner à voir simultanément les orateurs et les auditeurs, laisse entendre la présence du public pro ou anti Goldman, adopte un format carré qui favorise l'immersion. Le grain de l'image, encore plus que les looks vestimentaires des personnages, nous transporte d'emblée dans les années 70. La qualité du film repose aussi sur l'excellence de ses comédiens (Arieh Worthalter, Arthur Harari, Stéphane Guerin-Tillie, Nicolas Briançon, Jérémy Lewin...,), ingrédients essentiels dans la réussite d'un film de prétoire.

Difficile de mesurer la part du vrai, du subjectif et du fictif dans le film. On pourra toutefois avoir un autre éclairage en lisant l'interview donnée par Christiane Succab-Goldman l'épouse de Pierre Goldman, au Monde le 4 octobre 2023.

Voir les commentaires

"Guerre" est l´un des manuscrits de Louis Ferdinand Céline retrouvés en 2021 et publié en 2022, soit plus de 60 ans après la mort de son auteur. Entre récit autobiographique et roman, Céline y dénonce l´ignominie et l´absurdité de la guerre, y conte les corps déchiquetés, les déserteurs qu´on fusille, l´Homme dans l´horreur et la douleur, départie de sa capacité à penser, obsédé par la chair, réduit à sa bestialité. 

Le texte adapté en monologue par Benoît Lavigne et Bérangère Gallot, nous mène sur le champs de la bataille des Flandres d´où Ferdinand blessé tente de s´enfuir, puis à Peurdu-sur-La-Lys pour sa convalescence jusqu´à son départ pour Londres.

Benjamin Voisin, seul en scène, porte la langue si particulière de Céline, percutante, outrancière, imagée où l´argot fleuri. Il est plus qu´impressionnant. Son charisme naturel, son sourire carnassier, son aisance physique, l´extrême précision de son interprétation donnent vie à tous les personnages, du conteur Ferdinand à Angèle la prostituée, du souteneur Cascade à  l'infirmière Lespinasse. Tous ces personnages hors normes évoluent sous nos yeux sans qu´à aucun moment on ne puisse douter qu´ils aient bien exister un jour et dans cette guerre. Le ton est à la fois violent, ironique et drôle alors que Ferdinand éprouve la souffrance, la peur, la lâcheté, la fierté, le désir, le dégoût...

L´excellente mise en scène de Benoit Lavigne est servie par une chorégraphie d´une grande précision et une très belle mise en lumières de Seymour Laval qui nous transporte instantanément dans chaque lieu, dans chaque atmosphère.

D´un bout à l´autre de la pièce les mots de Céline, la mise en scène et la sidérante interprétation de Benjamin Voisin nous emportent dans ce voyage jusqu´au bout...

A ne pas manquer jusqu´au 21 octobre 2023.

Voir les commentaires

L'élégante et passionnante émission de Pierre Lescure est de retour sur France 2 après le film du dimanche soir. Cette ode au 7e art d'hier et d'aujourd'hui n'est pas sans évoquer une autre grande émission qui s'appelait Cinéma Cinémas. Ici, un charme supplémentaire opère. Celui de Pierre Lescure, cinéphile et plein d'une gourmandise communicative. 

Pour ce premier numéro de la saison 2, Pierre Lescure flâne avec Catherine Deneuve dans la grande serre du jardin des plantes. L'évidente proximité qui les lie offre de beaux moments qui nous mènent au delà de l'interview. Dont un instant suspendu marqué par le retour de quelque chose de l'enfance, une fragilité, sur les traits de Catherine Deneuve devant le visage, le débit mitraillette et le rire de Françoise Dorleac.

A voir en Replay sur france.tv 

Voir les commentaires

En parallèle de la superbe exposition qui lui est consacrée au Musée d'Art Moderne jusqu'en janvier 2024, Nicolas de Staël se (re)découvre aussi sur Arte.

Nicolas de Staël, la peinture à vif retrace la vie du peintre d'origine russe, orphelin à 8 ans, réfugié en Belgique, qui se destina très vite à la peinture. Les pays visités, ses amours, ses malheurs, la matière travaillée au couteau, à la truelle ou à la gaze, les artistes qui l'ont inspiré, Braque et René Char qui l'ont soutenu, Jean Bauret, le collectionneur et ami de toujours, les marchands Jacques Dubourg et Paul Rosenberg, les temps difficiles, ses tourments et la reconnaissance qu'il chercha pour finalement regretter de l'avoir rencontrée. 

A voir sur arte.tv jusqu'au 23 décembre 2023

Voir les commentaires

Les 3 et 4 février 2023, Benjamin Biolay donnait deux concerts avec l'orchestre national de Lyon. Sur la scène de l'Auditorium, le chanteur présentait 15 chansons, issues de ses 20 ans de répertoire, réorchestrées pour les 70 musiciens de l'orchestre philharmonique.

Une occasion unique de réécouter une (toute petite) partie du répertoire de ce grand créateur de chansons mal aimé pendant près de 10 ans, jusqu'à ce qu'un album sorti en 2009 lui ouvre les portes du succès et d'une reconnaissance largement méritée.

Les fans y feront leur marché et pourront juger que certains titres y perdent un peu (Négatif sa hargne, les Cerfs volants ses belles envolées) tandis que d'autres se révèlent (Volver et La route dont les belles mélodies gagnent en lyrisme) ou confirment un peu plus leur force (A l'Origine et La Superbe toujours puissantes).

L'album sera disponible dès le 29 septembre.

La captation vidéo est disponible en replay sur France.tv  jusqu'au 1er avril 2024.

Voir les commentaires

Sanscrierart : Aperçu critique de l'actualité culturelle : théâtre, cinéma, séries, documentaires, expositions, musique...

Archives

Hébergé par Overblog