Avec "Personnes" Boltanski propose au public d'entrer dans l'oeuvre, au spectateur de participer à l'expérience artistique.
La nef dans son intégralité a été investie. L'oeuvre de Boltanski est partout. Elle occupe l'ensemble de l'espace, qu'il soit visuel, atmosphérique et sonore. Et le spectateur se déplace au grés de ses envies.
On peut interpréter l'oeuvre à l'infini, tant les références vous assaillent, tant Boltanski souhaite laisser libre interprétation aux visiteurs. Ce qui l'importe c'est le ressenti, l'émotion que crée son oeuvre sur le public, quelle que soit cette émotion.
Pour moi, "Personnes" se divise en trois parties. La première, à l'entrée de la nef est un mur de vieilles boites à biscuits rouillées. Des boites en métal qui pourraient contenir d'anciennes photos, des souvenirs divers, des bricoles-jouets d'enfants, des boites gardiennes d'un passé, des boites Mémoire.
Plus loin au fond, une montagne de vêtements immense dont quelques pièces sont saisies par une pince mécanique qu'elle relâche aussitôt (normalement car malheureusement la grue ne fonctionnait plus ce dimanche...). Elle représente la mort qui vient frapper au hasard.
Alors, est-ce le métal des boites de biscuits qui me renvoit 70ans en hier, est-ce les néons bas et blafards qui m'évoquent des interrogatoires, est-ce les sons des battements de coeur dans lesquels j'ai cru percevoir des bruits de trains, est-ce le tas de vêtements qui ...., toujours est-il que "Personnes" m'a avant tout et instantanément renvoyée à l'holocauste. Comme une évidence.
Sans doute, certains y verront tout autres choses, y percevront des drâmes différents ou plus généralement "Personnes" leur évoquera le cycle de la Vie ou encore, dans un autre genre avec tous ces vêtements, ils y reconnaitront une condamnation de la société de consommation...
En tous cas, cette immense installation ne laisse pas indifférent.
PS : une visite de nuit doit s'en doute augmenter les sensations ressenties.

Demain soir, vendredi 22 janvier, France 2 propose "Sentiments Provisoires", une pièce de Gérald Aubert mis en scène par Bernard Murat ; un trio amoureux sans grande originalité.