Saint-Laurent.jpg Alors que Jalil Lespert avait choisi de raconter l'histoire d'amour d'une vie entière entre Yves Saint-Laurent et Pierre Berger et ce avec tant d'égard et de politesse que son film en devenait bien fade, Bonello nous plonge dans l'âme et les tripes du couturier. Il met en images, en sons et en sensations ce qu'il considère comme les 10 années (1967-1977) les plus fortes de la vie de Saint-Laurent. 

Les comédiens sont excellents, à commencer par Gaspard Ulliel qui est bluffant. Il joue parfaitement l'ambiguïté de son personnage à la fois très entouré et terriblement seul, dictateur et esclave, ressentant simultanément attirance et répulsion dans les différents mondes où il évolue.

Jérémie Rénier, tout en sobriété, incarne un Pierre Berger bien moins présent que dans le film de Lespert mais dont les quelques scènes dessinent bien son rôle équivoque de compagnon, homme d'affaires exigeant et garde fou.

Louis Garrel joue avec délectation la venimosité de Jacques de Bascher, aussi effrayant qu'irresistible.

On peut reprocher à Bonello de donner plus de place à la phase destructrice de l'artiste plutôt qu'à sa créativité ; ce qui est d'autant plus regrettable que les parties mettant en scène les ateliers et Saint-Laurent au travail sont très réussies ; on peut déplorer l'entrée d'un certain misérabilisme avec l'intervention d'un Saint-Laurent au seuil de la mort dans la deuxième partie du film, on peut se perdre dans le choix des allers-retours historiques, on peut se plaindre de la durée (2h30) du film ; mais on ne peut retirer à Bonello la politesse de nous proposer une vraie oeuvre artistique parfaitement mise en scène, offrant un regard original et fort. Son film a de la personnalité et ne se laisse pas bouffer par la force de son sujet. Le réalisateur a le don de reproduire en images et en sons les ambiances et sensations. Les scènes de boite de nuit, de perdition dans le sexe, la drogue et les médicaments sont impressionnantes par l'atmosphère qu'il y distille et qu'il parvient à nous faire partager.

Ce Saint-Laurent est une belle oeuvre cinématographique, exigeante, qu'on pourra admirer ou détester.


 

 

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Vincent Rottiers - www.zabouille.over-blog.comVincent Rottiers, à peine 28 ans, a déjà une trentaine de films à son actif. Avec son visage de jeune délinquant, plus paumé que vraiment méchant, il enchaine les rôles dans des films d'auteur réussis : A l'origine, Je suis heureux que ma mère soit vivante, Avant l'aube... Des films dans lesquels il était parfait en jeune adulte sur la tangente. Mais on a aussi pu le voir dans Renoir qui l'a sorti de cette adulescence tourmentée. Il y est toujours parfait et marquant. Vincent Rottiers est un beau comédien qui avec la patine du temps devrait accéder à un répertoire de plus en plus vaste.

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Pas-son-genre---www.zabouille.over-blog.com.jpgClément jeune et brillant professeur de philosophie est, à son grand désarroi, muté à Arras. Chez le coiffeur, il est confié aux bons soins de Jennifer. 

Lucas Belvaux aime confronter les classes sociales. Il choisit ici d'adapter le livre de Philippe Vilain, une histoire d'amour et de choc des cultures, la populaire et l'intello sur fond de littérature, philosophie, karaoké et petits bonheurs quotidiens. On tombe immédiatement sous le charme de Jennifer parfaitement servie par le talent d'Émilie Dequenne une fois de plus captivante de justesse subtile. Loïc Corbery est aussi très bien dans le rôle complexe de l'intello distant bousculé dans ses certitudes et touché par la grâce. Ce n'est pas une bien grande histoire mais elle nous est si élégamment contée par Belvaux et ses comédiens qu'elle nous cueille sur toute la durée du film.

Date de sortie en salle : 30 avril 2014

Date de sortie en DVD : 3 septembre 2014

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© Isabelle Dujardin

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Ida - www.zabouille.over-blog.comEn Pologne, dans les années 60, la mère supérieure incite Anna, orpheline élevée au couvent et qui va bientôt prononcer ses voeux, à rendre visite à sa tante, qu'elle n'a jamais rencontré. Elle découvrira l'histoire de ses parents, la vie en dehors du couvent et choisira son destin.

 

Ce film encensé par la critique vaut surtout pour son esthétisme. Le noir et blanc, le rythme et la place laissée aux silences créent une certaine austèrité propice à la méditation de soeur Anna/Ida. Avec le monde, elle découvre la médiocrité, l'horreur et le désespoir. Tout au long de cette initiation, le réalisateur positionne ses personnages tout en bas de l'écran, bien petits et prenant peu de place dominés par Dieu au plus haut des cieux. Même Ida garde une certaine distance à côté des hommes pauvres pêcheurs. Dans une jolie scène durant laquelle Ida borde sa tante, le réalisateur place l'ombre de la soeur pure et protectrice tel Dieu au-dessus de la pêcheresse esseulée. La philosophie du film éclate avec la question qu'Anna/Ida pose lorsqu'on lui propose le cheminement d'une vie "classique" dans ce monde qu'elle vient de découvrir : "Et après ?" qui raisonne comme un "à quoi bon ?".

Ce n'est pas très gai, c'est beau à regarder, sans toutefois qu'on y voit LE chef d'oeuvre annoncé.

 

 

Date de sortie en salle : 12 février 2014

Date de sortie en DVD : 1e juillet 2014

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