Hier, Antoine Doinel a perdu sa Colette et le cinéma français, le populaire comme le plus exigeant, une grande et belle comédienne.

Marie-France Pisier a interprété des seconds rôles de premiers plans avec des  réalisateurs importants tels Techine, avec lequel elle a eu deux César du meilleur second rôle ("Souvenirs d'en France" et "Barroco") mais aussi Tacchella , encore un Cesar (Cousin, cousine), Bunuel, Rivette, Verneuil, Truffaut, Girod, Granier-Deferre, Zulawski, Ruiz, Maiwenn... Elle est la troisième des "Soeur Bronte" aux côté des monstres Huppert et Adjani, l'amie de Romy Schneider dans "La Banquière", la convoitée de Belmondo dans "Le corps de mon ennemie". Marie-France Pisier était aussi Christine, féministe attachiante et larguée dans le déglingué, hilarant et sous estimé "Les nanas" d'Annick Lanoe.

Son sourire, son rire et sa voix reconnaissables entre mille habitent pour toujours le cinéma français.

Marie-France Pisier est morte hier à 66 ans.

 

Voir les commentaires

Illumine.jpgMarc Hollogne propose depuis près de 30 ans des spectacles qu'il nomme cinéma-théâtre. Un écran de cinéma occupe la moitié de la scène sur lequel des acteurs filmés (Mathilda May, Michel Jonasz et Rufus) donnent la réplique aux comédiens physiquement sur scène qui peuvent à tout moment, eux aussi, entrer "dans" l'écran. La synchronisation entre l'écran et la scène est parfaite et de la salle on finit par perdre ses repères et on ne sait plus très bien distinguer le réel du virtuel. 

L'illuminé se situe aux débuts de la révolution industrielle et est prétexte à dénoncer les excès du tout technologique. Le récit déjà un peu compliqué par un texte très riche (très bien écrit mais pas simple) est construit d'une façon qui encombre le propos et lui fait perdre un peu de son intérêt. Cependant, les astuces et bons mots ne manquent pas et donnent souvent lieu à sourire.

Mais, le spectacle vaut surtout pour sa prouesse technique et la poésie que véhicule le cinéma-théâtre. Quant aux comédiens, à commencer par Marc Hollogne, ils sont d'une qualité irréprochable et poursuivent le spectacle jusqu'à la sortie du théâtre où ils attendent les spectateurs pour les saluer une dernière fois.

Voir les commentaires

mechant-moliere.jpgA Courson la Gamine, le directeur du supermarché a décidé de mettre en scène Tartuffe avec sa troupe de comédiens. Trouvant Molière un peu dépassé, il a quelque peu modernisé l’histoire et le texte en respectant toutefois l’écriture en alexandrins.

Ce qui frappe dès les premières minutes de Méchant Molière, c’est la qualité très inégale de la troupe ; certains comédiens sonneront particulièrement faux d’un bout à l’autre de la pièce. Le décor est triste à souhait et surtout sans aucune originalité. La mise en scène est du même acabit. Peu imaginative, elle est toutefois rattrapée par un sens de la gestuelle assez efficace. Très vite il est évident que les bons moments de la pièce résident dans la réécriture et la ré-interprétation de Tartuffe. Tout l’habillage autour et l’histoire de Courson la Gamine ne reste que prétexte et offre peu d’intérêt, à l'exception de l'écriture en alexandrins qui joue un rôle comique primordial. Il est vrai que l’auteur Xavier Jaillard excelle dans la réécriture et le sens du décalage. Et lorsqu’il est servi par des acteurs qui sonnent juste, son texte est très drôle. Ainsi, on goûte particulièrement la qualité de Tchavdar Pentchev, irrésistiblement juste de drôlerie dans le rôle de Valère (sa qualité jure presque dans cet ensemble).

Ce « Méchant Molière » du Théâtre du Petit Hébertot est donc bien étrange. Bien que l'on rit souvent et que la pièce se voit sans ennuie, trop d’éléments semblent avoir été montés à la va-vite, sans soin, comme bâclés. La pièce en est un peu gâchée.

Voir les commentaires

pina-2.jpgDés la première séquence, un extrait du Sacre du Printemps, on est impressionné. La caméra est sur la scène au plus près des danseurs, à côté d’eux, au-dessus d’eux. Wenders place sa caméra là où celles des reportages sur la danse osent rarement s’avancer. On est au plus près des corps et des visages. Cette réalisation idéale offre un magnifique écrin aux créations de Pina Bausch.

Pour apprécier Pina pas besoin d’aimer particulièrement la danse. Pas besoin d’être féru de cet art pour goûter la beauté des mouvements, l’étirement des corps, l’inquiétant jeu des acteurs que Pina Baush choisissait sans doute autant pour leur qualité de danseurs que pour leur gueule. Que ces chorégraphies soient dérangeantes, émouvantes ou drôles, elles ne laissent jamais indifférent. Il est vrai qu’on se réjouit une ou deux fois qu’il ne s’agisse que d’extraits des ballets et non des ballets complets mais pour le reste, le plus souvent, on aurait aimé poursuivre. La plupart de ces moments de danse sont filmés sur scène avec les décors créés pour la pièce. On peut ainsi voir plusieurs passages de Café Muller et de son décor de chaises ou de Volmond dans laquelle l’eau envahit la scène et danse avec la troupe. Mais les plus beaux passages du film sont sans doute ceux où Wenders sort les danseurs de scène et les plonge dans des décors naturels. Le contraste entre les danseurs et la ville ou la nature qui les entourent sert plus encore la beauté des chorégraphies. On oublie totalement la performance pour ne plus voir que la poésie. De très courts extraits de documentaires montrent la chorégraphe au travail. Les danseurs témoignent également.

Seule réserve au film, l’utilisation de la 3D. Sur la première scène, le sacre du printemps, elle saute aux yeux de façon plutôt positive. Elle participe à notre entrée en scène, à une plus grande perception des corps et des mouvements. Puis, toujours sur les passages filmés en scène, elle agit de façon inégale, donne parfois une image qui au lieu de nous rapprocher au plus près du réel nous en éloigne, une image qui sonne un peu faux. Elle ne gène pas vraiment mais pour le coup n’apporte plus grand chose. Enfin, sur les scènes tournées en extérieur, Wenders, libre de mettre en scène les danseurs, sait trouver les lieux et les cadrages qui serviront pleinement la 3D. Et effectivement l’effet de relief et de profondeur est assez saisissant jusqu’à prendre toute la place et à détourner l’attention du spectateur des danseurs et des chorégraphies… Mais ce n'est qu'un détail. Pina n'en est pas moins un très bel hommage au travail de Pina Bausch et de ses danseurs. Un film intéressant, beau et émouvant.

Voir les commentaires

Sanscrierart : Aperçu critique de l'actualité culturelle : théâtre, cinéma, séries, documentaires, expositions, musique...

Archives

Hébergé par Overblog