Au lendemain de la 1iere guerre mondiale, Jean Luchaire, soutien de Léon Blum et proche de la ligue internationale contre l'antisémitisme, travaille au rapprochement de la France et de l'Allemagne dans un élan pacifiste. Dans ce mouvement, il se lie d'amitié avec l'allemand Otto Abetz, francophile. Les circonstances et l'appât du gain verront Luchaire basculer dans le collaborationnisme.

Le film relate l'histoire de Jean Luchaire à travers celle de sa fille Corinne, la narratrice, qui fut très jeune une vedette éphémère du cinéma. Comment faire, sans manichéisme, le portrait d'un homme qui bascule dans l'ignoble ? Giannoli qui signe le scénario avec Jacques Fieschi relève le défi sans trop se prendre les pieds dans le tapis, aidé par trois comédiens qui jouent parfaitement l'ambiguïté de leurs personnages. 

Jean Dujardin, qui élève encore un peu plus le niveau de son jeu, disparaît complètement, laissant place à Jean Luchaire. Ce type séduisant, militant convaincu lorsqu'il promet, aux lendemains de la Grande guerre, pour sa fille de 5 ans, que la France et l'Allemagne ne se combattront plus et qui bascule petit à petit dans une vie facile avec femmes, alcool et argent, balayant ses principes, non sans une petite part de culpabilité. Nastya Golubeva est la révélation du film. Elle incarne Corinne Luchaire, la fille et narratrice, tout à la fois opportuniste décomplexée, innocente aveuglée, spoliatrice et victime consentante. A leurs côtés, August Diehl joue Otto Abetz, l'ami allemand "pacifiste" qui choisira rapidement de servir le parti national-socialiste allemand jusqu'au plus hautes fonctions. Tous les trois sont parfaits.

Le récit est très bien mené, prenant le temps de  mettre en place le contexte historique et personnel de chacun, et leur évolution vers le mal. Sans surprise la durée de 3h20 s'avère excessive. Le film dans son dernier tiers se répète beaucoup notamment sur la tuberculose de Corinne, métaphore appuyée du Mal qui l'envahit. Malgré cela, le film se regarde dans sa durée sans ennui notable.

La réalisation est précise, mêlant beauté et inventivité des plans. Plusieurs scènes, notamment de fêtes, impressionnent. La reconstitution historique est tout aussi réussie.

PS : le film reprend le titre d'un recueil de Victor Hugo où il écrit notamment ceci : 

L’humanité se lève, elle chancelle encore,
Et, le front baigné d’ombre, elle va vers l’aurore.
Tout l’homme sur la terre a deux faces, le bien
Et le mal. Blâmer tout, c’est ne comprendre rien.

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