Agnes Varda a vécu à Paris de 1943 jusqu'à sa mort en 2019. Elle y fut photographe, cinéaste et artiste visuelle.
Le musée Carnavalet présente 130 photographies complétées par des courriers, cahier de notes, objets, photos de tournage et extraits de ses films, tous issus de la collection privée de la famille et de sa société de production Ciné-Tamaris. Il est question ici de mettre l'accent sur le métier de photographe, le premier choisi par Agnès, et sur l'importance de Paris dans son oeuvre complète.
L'exposition est organisée en un parcours un peu foutraque qui sied parfaitement à la glaneuse qu'était Agnès Varda. A ses débuts de photographe avec sa compagne, la céramiste Valentine Schlegel, succède rapidement son installation au 86 rue Daguerre, qui sera la maison-atelier de sa vie. Sur les photos, des voisins, des inconnus de la rue, la jeunesse d'une époque et des artistes prestigieux tels Jean Vilar, Gérard Philippe, Calder, Delphine Seyrig, Brassai, Geneviève Richier, Hantai, Fellini pour ne cité qu'eux, tous pris en photo à Paris. Un petit film amusant montre notamment Agnès faisant poser le photographe Brassai. Plusieurs écrans diffusent des extraits de ses films, longs et courts métrages. Une salle est dédiée à Cléo de 5 à 7, film culte qui voit Corinne Marchand arpenter Paris dans l' angoissante attente de ses résultats médicaux.
En 2021, pour la sortie de son nouveau livre, Christine Angot se rend à Strasbourg où elle rencontra pour la première fois son père et où il vécu jusqu'à sa mort en 1999. Sa femme y vit encore. Christine Angot va lui rendre visite et la confronter violemment à l'inceste qu'elle a subi pendant plusieurs années.
Ce documentaire est une vertigineuse démonstration des conséquences infinies d'un crime sur sa victime et ses répercussions sur son entourage.
Christine Angot entre par quasi effraction chez sa belle-mère, bouscule sa mère, bouleversante, interroge son ex-mari et écoute sa fille. L'extrême souffrance de Christine est telle qu'elle écrase tout jusqu'à la possibilité même que d' autres aient pu souffrir collatéralement, même si leur souffrance n'est pas aussi violente et indélébile que la sienne.
C'est souvent violent, parfois injuste et égoïste mais la douleur, la colère, la culpabilité, l'impuissance et l'incommunicabilité, tous ensemble, s'expriment comme rarement.
Née en 1926, dans le Los Angeles des pauvres, passant de familles d'accueil en foyers, subissant des abus, Norma Jean Baker se prend rapidement en mains. Elle découvre vite que poser pour des photos paye bien mieux que le travail à l'usine. Elle interroge les photographes pour savoir ce qui fait une bonne photo, s'achète un livre d'anatomie... et devient en moins de 2 ans le mannequin le plus recherché de la Côte Ouest. Rapidement, on l'a teint en blonde et lui défrise les cheveux. A 20 ans, elle a déjà fait plusieurs couvertures de magazines. Grâce à elles, la Twenty Century Fox la remarque et lui offre un contrat. Le studio la fait poser pour des photos dénudées. Parallèlement, Marilyn se met à travailler dur prenant des cours de danse, de chant, d'escrime... pour être prête quand l'occasion se présentera.
Le documentaire se base sur l'autobiographie de l'actrice et des témoignages pour démontrer le travail fourni par Norma Jean pour devenir Marilyn. Son intelligence et sa capacité d'adaptation, dont des modifications physiques, lui permettent de répondre aux diktats des studios et aux désirs des hommes qui dirigent et décident de tout.
En voix off, Georgia Scalliet dit les paroles de Marylin, extraites de son autobiographie. Ces citations confirment la finesse de son esprit et sa capacité exceptionnelle à analyser le comportement des autres à son égard. Agnès Jaoui commente son parcours soulignant l'attitude dédaigneuse et abusive du monde du cinéma et des médias.
Le montage qui mêle images d'époque, extraits de films et interviews, et récentes, pointant notamment les similitudes entre les abus et humiliations subies par Marilyn et que le mouvement #metoo aide à dénoncer aujourd'hui, donne du rythme au récit.
Un documentaire à projeter à ceux qui prennent encore Marilyn Monroe pour une belle idiote.
La série raconte le naufrage du Bugaled Breizh et de ses cinq marins, le 15 janvier 2004, au large des îles britanniques, par mer calme.
Le titre fait référence au temps record qu'il a fallu au chalutier pour couler.
Le scénario est fidèle à la réalité de l'enquête, aux différentes pistes étudiées dont celle sensible d'un accident causé par un sous-marin. Il se découpe en deux parties. La première met en scène les protagonistes du drame, marins et familles, dont celui inspirée de Nathalie Gloaguen, belle sœur d'un des marins, interprétée par l'excellente Nina Meurisse et celui fictif d'un avocat incarné par le trop rare Mathieu Demy. La seconde reconstitue le procès anglais d'octobre 2021. Le scénario a le soucis de décrire la dureté du travail des marins pêcheurs mais aussi la passion pour leur métier et leur mode de vie et la façon déplorable avec laquelle ils ont été considérés.
Les parties purement fictionnelles diluent inutilement le récit, le dernier épisode en devient même gênant.
La pièce débute avec la voix de Christophe Honoré qui raconte sa découverte et sa fascination immédiate, à 20 ans, dans les années 90, pour la chorégraphie Jours étranges de Dominique Bagouet. Un artiste qu´il ne connait pas mais dont il présage qu´il est mort du Sida comme "tous les artistes dont je tombais amoureux". La musique When the music´s over des Doors résonne alors et les comédiens en scène reproduisent la chorégraphie.
Dans un beau décor de hangar en forme de rotonde qui s'ouvre de chaque côté sur un couloir de métro, Christophe Honoré convoque six de ces idoles, l´écrivain Hervé Guibert, les auteurs Bernard-Marie Koltes et Jean-Luc Lagarce, les réalisateurs Cyril Collard et Jacques Demy, et le critique de cinéma Serge Daney, et imagine leur rencontre quelque part dans l´au de-là. Ils parlent du Sida, de la découverte de leur infection, de leurs rapports à la maladie, des autres malades, de la mort mais aussi d'amour, de sexe et de leur soif de vie dans des opinions divergentes, des échanges vifs, souvent drôles et irrévérencieux.
La pièce est bien sûr aussi politique et évoque le mauvais traitement des malades pestiférés, rend hommage aux mobilisations dès les années 80, d'Elisabeth Taylor et de Line Renaud et interroge avec un ton faussement rigolard sur le pouvoir du SIDA contre le racisme et l'antisémitisme. Ainsi, Jean-Luc Lagarce (Julien Honoré) s'inquiète : "les homosexuels qui ne sont pas morts du SIDA sont ils tous devenus comme Renaud Camus ?".
L´émotion s´invite aussi dans des monologues tels celui de Marina Fois qui dans le rôle d'Herve Guibert dit le texte où il décrivit l'agonie de Michel Foucault ou lorsque Serge Daney incarné par Jean-Charles Clicher) rappelle la fin horrible de Rock Hudson, la première célébrité américaine morte du Sida en 1985. Amusement mais émotion encore quand Cyril Collard, interprété par Harrison Arevalo, se met en scène recevant son César à la Cérémonie à laquelle il n'a pu assister pour cause de décès trois jours auparavant.
La pièce marque aussi par sa joyeuse loufoquerie, telle l'incarnation par Marlène Saldana, de Jacques Demy, nue sous un manteau de fourrure (référence à Dominique Sanda dans Une chambre en ville) qui revendique le droit à la discrétion quant à sa vie privée, mais se lance dans une version débridée de la chorégraphie de la Chanson d'un jour d'été des Demoiselles de Rochefort.
Bernard-Marie Koltes, révolté et résolu dans la mort, est interprété par Paul Kircher qui clame sa passion pour New-York et John Travolta dont il adopte la démarche et la séduction provocante dans une scène drôle et sexy.
La pièce de plus de 2 heures est d'une grande richesse aux multiples références. Sa capacité à mêler témoignages, revendications, émotions et rire fait sa force. Ses comédiens sont tous exceptionnels, ne laissant aucun doute sur leur incarnation même les plus inattendues.