theatre - danse

Bien que déjà vu en février 2018 au théâtre 13, cette représentation de Raoul ravit toujours autant et procure les mêmes sensations et le même enthousiasme : 

Dans les spectacles de James Thierrée (la veillée des abysses, au revoir parapluie, la grenouille avait raison...), les personnages se débattent contre les éléments déchaînés, des animaux étranges, les objets du quotidien facétieux. Thierrée nous emporte dans des univers oniriques, mêlant rêve et cauchemar, drame et comédie, habillés de décors grandioses où cohabitent les étoffes les plus souples et le métal le plus rigide. Le tout dans une richesse créative rare.

Raoul n'échappe pas à la règle avec pour particularité de ne mettre en scène qu'un seul personnage interprété par James Thierrée. Dans ce spectacle, créé en 2009, Raoul vit seul dans une cabane perdue sur une sorte de banquise, ou tout au moins un monde hostile. Dans sa solitude, il se bat contre un dédoublement de personnalité, un étrange bestiaire, sa maison et les objets qui s'y trouvent. Seule la musique lui apporte le repos jusqu'à ce qu'à son tour elle n'en fasse plus qu'à sa tête. Tout s'écroule autour de lui, le laissant prisonnier et totalement dépourvu sur cette terre hostile jusqu'à ce qu'il décide de quitter enfin l'apesanteur de ce monde.

James Thierrée fait ici la part belle à la danse. La beauté de ses chorégraphies se marient parfaitement avec son univers où cohabitent prestigiditation, acrobatie et mime Jamais, son travail  ne nous aura autant renvoyé à celui de son grand-père, Charlie Chaplin. L'immense richesse créative du spectacle impressionne également particulièrement. Combien d'idées géniales, drôles, émouvantes, surprenantes habitent ce spectacle ? Elles se succèdent  à un rythme soutenu. Et quand Raoul prend enfin son envol, le public célébre le génie qui s'est déployé sous ses yeux pendant plus d'une heure trente.

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Le débat d'entre deux tours des élections présidentielles de 1988 réinterprété par Jacques Weber et François Morel.

On avait oublié, qu'à cette époque, les politiciens en débat savaient s'écouter sans trop s'interrompre. On réentend les petites phrases vachardes entrées dans l'histoire. On est surpris de certains arguments de Jacques Chirac. On sourit jaune à leur position face au Front National ou à leurs souhaits de rassembler...

Jacques Weber est parfait en Mitterrand paternaliste dominant et faisant sans cesse la leçon à François Morel en Jacques Chirac qui contrôle ses emportements bien difficilement.

Un duel délectable.

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Dans un HLM de Saint-Etienne vivent Enée, Rock, Anissa, Céleste, Bakou puis Grinch et Mourad qui semblent revenir de loin. Tous unis par des liens différents, mais qui ont en commun cette fatalité d'être nés dans le camp des perdants. Un jour, alors que l'immeuble est l'épicentre d'un tremblement de terre, Rock annonce être atteint d'un cancer.

Fabrice Melquiot nous propose une fable sur des exclus qui subissent en silence et sans faire de vague même quand tout semble s'effondrer. 

La première heure et demie est réussie. Les dialogues simples mêlent langage urbain et poésie du quotidien, drame et humour, dont celui du désespoir.

La scénographie, au procédé déjà vu mais particulièrement bien utilisé ici, est très plaisante. L'immeuble, un bloc de béton, occupe toute la scène, tournant sur lui même et présentant les différents lieux de vie, dont la cage d'escalier.

 Dans sa dernière partie, la pièce se disloque, multipliant, dans une frénésie un peu ridicule, les références aux minorités de tous bords, avançant un message mystique qui apporterait réconfort à ces mal lotis. La pièce perd son regard tendre, abandonne son dessin d'un malheur quotidien pour se parer de références et de dialogues qui se voudraient sans doute profonds mais qui ne décollent pas. En s'étirant en longueur, la pièce s'enlise dans une certaine naïveté, porteuse de maladresses qui peuvent s’avérer gênantes. 

Pourtant, on tient sans trop de lassitude pendant 2h45 happés par l’interprétation d'une qualité exceptionnelle. A commencer par celle de Maurin Oles, dans le premier rôle du fils, puis Philippe Torreton, le père et Rachida Brakni, la femme aimée, qui incarnent avec la force qu'on leur connait. Dans le rôle du copain de toujours, Vincent Garanger, amuse et émeut en un même instant. A leur côté Frédérico Semedo, Bénédicte Memba, Riad Gahmi et dans un rôle plus ingrat, Nathalie Matter existent pleinement. Une très belle troupe.

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Bien qu'elle n'ait pas eu besoin de l'affaire Weinstein pour revendiquer son féminisme, Sophia Aram consacre son 4ième spectacle aux femmes, aux tabous et oppressions plus ou moins violents qu'elles subissent.

Sur ce sujet plus politiquement correct que les sujets abordés dans ses trois précédents spectacles qui étaient bien couillus (expression qui ne lui ira sans doute pas du tout), Sophia Aram prend le risque de perdre de sa singularité. 

Et effectivement, la férocité qui fait sa marque de fabrique manque de réel appuie sur ce sujet souvent abordé par les humoristes. Ses angles d'attaques surprennent peu. Bien sûr, on retrouve une plume, une qualité d'interprétation ; les personnages qu'elle dessine sont toujours plus vrais que nature, sa tante Fatiha, une instit' très pédagogue, une prof d'argot, une ado qui a peur que les hommes deviennent des femmes... Mais, au final, A nos amours, où l'on rit souvent et qui interpelle aussi, souffre de la comparaison avec ses précédents spectacles aux sujets plus inédits et au traitement plus original. La verve et le talent de Sophia Aram s'y exprimaient de façon bien plus percutante. 

Lire les critiques des précédents spectacles :

Du plomb dans la tête (2008)

Crise de foi (2012)

Le fond de l'air Effraie (2015)

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Daniel Auteuil interprète et met en scène le Malade Imaginaire dans une version que l'on imagine assez proche de ce qu'en faisait Molière. L'affliction, la manipulation et le romantisme se côtoient, tous trois baignés, dans le grotesque et la farce.

Totalement, perdu et manipulé, trop bon et trop crédule pour être maître de son propre jugement, le Argan d'Auteuil est, dans ses colères, ses émerveillements, ses inquiétudes et sa naïveté, proche de l'enfance. L'acteur s'en donne à cœur joie. Sans jamais tomber dans le sur-jeu, son interprétation est parfaitement dosée.  

Il s'est entouré de comédiens qu'il sert merveilleusement, sans les écraser. De la toute jeune interprète de Louison à Alain Doutey en passant par Aurore Auteuil, qui est parfaite en poil à gratter d'Argan, chaque comédien existe pleinement.

Ils évoluent dans les beaux et signifiants décors de Jean-Paul Chambaz et les costumes de Charlotte Betaillole. La mise en scène de Daniel Auteuil, par contraste avec l'énergie donnée aux déplacements de son entourage, souligne l'enfermement d'Argan. Et résume en deux scènes, celle sensible d'entrée et celle carnavalesque de l'épilogue, la tonalité de la pièce, à la fois burlesque et touchante. 

 

 

 

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