Fabrice, comédien comique, ne peut présenter la carte de fidélité du magasin où il se trouve. Alors que le vigile est sur le point de l'interpeller Fabrice s'enfuit. Il devient aussitôt l'ennemi public numéro 1.
François Desagnat adapte la bande dessinée de Fab' Caro qui dénonce un nombre incalculable de travers contemporains : société paranoiaque, superficialité du monde du spectacle, excès des chaînes infos, antisémitisme ordinaire, populisme,...
Tout est parfaitement absurde et cynique. Le décalage est permanent dans une multitude de détails et de références. C'est très drôle et parfaitement servi par Jean-Paul Rouve, Yolande Moreau, Julie Depardieu, Ramzy Bedia, Julie Gayet, Jeanne Arènes, Eric Boucher, Eddy Leduc,... et, en figuration dans le groupe du comité de soutien, Benjamin Biolay, François -Xavier Demaison, Bérangère Krief, Arie Elmaleh, Héléna Noguerra, Mathieu Madenian, Nicole Ferroni, Lionel Abelanski, Kad Merad, Maurice Barthélémy...
En 1920, Mannie Torres (Diego Calva, grande découverte), d'origines mexicaines, homme à tout faire chez un directeur de studio, rêve d'assister à un tournage de cinéma. Lors d'une soirée chez son patron, il rencontre Nellie LaRoy (Margot Robbie, impressionnante), jeune femme délurée issue d'un milieu défavorisé, qui veut être actrice, Jack Conrad (Brad Pitt, royal), immense star du cinéma muet et Sidney Palmer (Jovan Adepo, parfait) afro américain, trompettiste talentueux.
Damien Chazelle se replonge dans ses sujets de prédilection : les machines à rêve et leurs cruautés. Dans cette grande fresque de plus de 3 heures, on retrouve sa virtuosité formelle mais sous acide. La caméra virevolte dans de longs plans mettant en scène de nombreux comédiens, multipliant les déplacements, dans d'immenses décors intérieurs ou naturels. Une énergie folle se dégage de l'ensemble avec quelques touches d'humour et des références artistiques dont celle, appuyée, à "Chantons sous la pluie" qui traitait du même sujet sur une tonalité très différente.
La musique est encore très présente, composée par son complice Justin Hurwitz, qui nous ressert au passage quelques notes déjà perçues dans LaLaLand, et portée par le personnage de Sidney. Sur le fond, on retrouve le rêve Hollywoodien, ses trahisons et une histoire d'amour contrariée. Mais ici, Chazelle trace le portrait d'Hollywood avant Hollywood. Les derniers pas du cinéma américain muet, avant l'arrivée du parlant. Les studios en plein air, les tournages fait de bric et de broc où les figurants pouvaient laisser leur peau, le snobisme des autres Arts, les fêtes dépravées, avec drogue et orgies dans les luxueuses propriétés des gens du métier, la rapidité avec laquelle se faisait une carrière, une star. Puis, l'arrivée du parlant et de l'industrialisation, la chute de celles et ceux qui ne sauront pas s'adapter, la réussite, ou pas, des autres.
Pour nous conter tout cela, Chazelle invente plusieurs histoires aux multiples rebondissements. Il enchaîne les séquences gargantuesques, qu'il entrecoupe de scènes d'intimité. Si on ne s'ennuie pas un seul instant, on se perd un peu dans tout ce que son récit semble vouloir porter.
Luc, chanteur lyrique reconnu, rongé par la culpabilité, donne des cours de chants dans une prison de femmes. Autant pour donner un peu de liberté à ces femmes que pour se reconstruire lui-même.
Le film intrigue d'emblée par son pre-générique, séduit d'abord par son casting constitué entre autres d'Alex Lutz, Hafsia Herzi et Agnès Jaoui, puis par sa tonalité particulière servie par une réalisation à l'os, un format carré comme un carcan et de nombreuses ruptures de rythme.
En 4 épisodes - un inceste de palier 2000/2001, un réseau pédophile 2001, le meurtre de la petite fille belge 2002/2003, le procès 2004/2005 - représentant les étapes d'emballement de l'affaire, les réalisateurs content un des plus effarants ratages judiciaires.
Quatre des accusés à tort, Thierry Dausque, Daniel Legrand, Dominique Wiel et Alain Marécaux, témoignent du calvaire qu'ils ont vécu, dont la prison pendant plus de 3 ans pour certains, la perte de proches, des projets de vies qui s'écroulent... Deux enfants témoignent également, François-Xavier, fils d'Alain Marécaux, qui à la suite d'une audition mal interprétée a vu son père écroué et sa famille explosée, et Jonathan Delay, victime de viol par ses parents, qui apporte un témoignage ambiguë mais qui rappelle qu'avec ce ratage, les vraies victimes, ont presqu' été oubliées. Les témoignages des avocats sont aussi très forts.
Ce documentaire, dans une mise en scène où la fiction et le réel cohabitent, comme un miroir à ce que fut cette incroyable affaire judiciaire parasitée par une forme de fantasmagorie, mêle astucieusement reconstitutions et témoignages. Il decrypte les rouages de la manipulation qu'une accusée mit en place, au jour le jour, sans réelle stratégie et qui emporta dans sa mythomanie le jeune juge d'instruction qui ne voulut pas passer à côté d'une affaire historique, ses complices placés sous emprise, ses victimes, la justice incapable d'accepter l'énormité de l'erreur, les médias qui s'emballerent...
Hamm, vieillard, aveugle coincé dans un fauteuil roulant et Clov, son serviteur et fils adoptif, semblent être les derniers hommes sur une planète où toute vie a disparu. Hamm convoque ses parents pour les punir de l´avoir placé là, en appel à un Dieu qui n´existe pas, pleure les rêves qu´il ne fait plus, se conte l´histoire d´une rencontre avec un enfant qu´il a vu grandir, martyrise Clov le seul qui lui donne encore l´impression d´exister.
Beckett interroge le sens de la vie et plus largement l´utilité de l´Humanité toute entière. Une vie terrestre qui est sans recours où l´absurde domine où la seule beauté vient de la nature, du soleil et de la mer. Son pamphlet fait place à un humour féroce particulierement bien servi ici par le génialissime Denis Lavant. Il donne à Clov une démarche accidentée par des jambes raidies par la douleur et précipitée dans le soucis de répondre aux demandes de Hamm. Ses silences sont imposants. Face à lui, dans un fauteuil roulant au centre de la scène, Frédéric Leidgens est magistral. Son phrasé précis fait merveilleusement bien entendre le texte de Beckett. Peter Bonke et Claudine Delvaux incarnent les parents de Hamm.
La mise en scène de Jacques Osinski et le décor qui se révèle derrière l´impressionnant rideau de fer du théâtre affirment l´enfermement et l´isolement des deux personnages. Une étrange odeur de moisie, la couleur grise des murs, les fenêtres hautes quasi-inaccessibles, les containers rouillés et la lumière blafarde et aveuglante du plafonnier oppressent un peu plus.
A voir jusqu´au 5 mars 2023 du mardi au dimanche à 19h.