Pendant toute la durée de la Coupe du Monde, le génial Alain Chabat propose, tous les soirs après le match et le debrief, un Late Show cuisiné à sa façon.
Ça ressemble à un Late Show, ça reprend les recettes du Late Show mais ce n'est pas tout à fait un Late Show et c'est pour ça que c'est drôle.
Les 4 premières émissions étaient extrêmement réjouissantes. Il en reste encore 6 pour se bidonner.
Dans la masse des humoristes qui égayent les scènes parisiennes, Kheiron se démarque en proposant aux spectateurs l'exercice de créer en direct avec lui le spectacle. Ce dernier reposera sur leurs interactions avec le comédien.
Ce 24 novembre, malgré une belle crève, le comédien déploie une énergie et une verve qui interpelle immédiatement. Pendant, près de 2 heures, il questionne et vanne le public qui se prête plus ou moins au jeu du comédien. On imagine aisément que tous les soirs sont différents mais la limite de l'exercice se fait vite sentir. En dépit de la belle réparti et du stock d'anecdotes du comédien, des moments de flottements, des longueurs et des répétitions soulignent la nécessité d'une base qui semble ici (ce soir ?) un peu légère. Bien sûr, on rit mais le rythme si important dans l'humour marque ici le pas.
A voir un autre soir, avec un autre public, dans la très accueillante salle de l'Européen jusqu'au 31 décembre 2022.
Après 3 ans de vie aux Etats-Unis, Gad Elmaleh rentre à Paris chez ses parents. Il a un grand projet qu'il n'ose pas leur annoncer : se convertir au catholicisme.
Gad Elmaleh, juif séfarade, fait son coming out. La vierge Marie le fascine depuis qu'enfant il a bravé l'interdit en entrant dans une église de Casablanca.
Si la sincérité du propos ne fait aucun doute et que l'on assiste avec curiosité et intérêt aux déchirements multiples que la perspective de cette conversion entraîne, le film, d'un point de vue purement cinématographique, déçoit un peu. Le filmage n'affiche aucun parti pris esthétique. La caméra semble posée au hasard des situations. Il y a un peu de tout sans qualité particulière.
Le récit est lui aussi un peu bancal. L'enchaînement des séquences manque de fluidité. Certaines situations sont étirées jusqu'à l'usure tandis que d'autres qui mériteraient d'être approfondies sont à peine esquissées. Gad Elmaleh semble avoir était tiraillé entre introspection, réflexion sur la foi et comédie familiale.
On n'est pas loin de penser que le réalisateur s'est vu confisquer son film par ses parents, tous les deux excellents comédiens. Reste un peu est ainsi et surtout une grande déclaration d'amour qui leur est adressée.
En 1986, Patrice Chéreau et Pierre Romans sélectionnent les jeunes comédiens de la 2e promotion de l'école des Amandiers.
Valeria Bruni-Tedeschi fait le récit, entre réalité et fiction, de cette période fondatrice pour elle et ses collègues comédiens dont Laurent Grévill, Vincent Perez, Laura Benson, Marianne Denicourt, Agnès Jaoui, Thierry Ravel, Bruno Todeschini, Thibault de Montalembert, Eva Ionesco, Isabelle Renault (qui joue l'assistante de Chéreau dans le film), Agnès Jaoui notamment.
Stage de sélection, cours à l'Actor Studio de New-York, répétitions de Platonnov, emprise d'un Patrice Chéreau vénéré et sans concession, charisme bienveillant de Pierre Romans, jalousie, rivalité, entraide, la réalisatrice dans un récit et une mise en scène rythmés aborde toutes les facettes de cet apprentissage hors normes au sein du prestigieux théâtre des Amandiers, qualifié de "centre de l'Europe" théâtrale par une des jeunes comédiennes. Les Amandiers fait aussi le portrait d'une jeunesse exaltée, au parcours divers et souvent cahotique, venue de tous les milieux, sexuellement libérée alors que le Sida fait son apparition, touchant parfois à la drogue, trop vite adultes. C'est aussi un hommage à son premier grand amour, Thierry Ravel.
Les jeunes comédiens, Nadia Tereszkiewicz et Sofiane Bennacer en tête, mais aussi Clara Bretheau, Vassili Schneider, Noham Edje, Eva Danino, Baptiste Carrion-Weiss, Liv Henneguier, Lena Garrel, Sarah Henochsberg, Oscar Lesage, Alexia Chardard, Suzanne Lindon sont tous d'une grande vérité. Au côté des excellents Louis Garrel et Micha Lescot, l'intensité de leur jeu, particulièrement bien servi par une mise en scène au plus près des corps, nous emporte dans le tourbillon de cette jeunesse brûlante.
Valérie Bacot est une des grandes victimes de l'incompétence de la société policière et judiciaire. Valérie Bacot a sans doute vécue l'un des plus édifiants abandons par la société civile. C'est ce qui frappe de la façon la plus évidente dans sa vie sous l'emprise d'un bourreau. A côté, de l'indicible, de la plus extrême violence d'un homme, c'est l'inaction de son entourage, l'absence de toute intervention humaine et humanitaire qui terrifient.
La mise en scène d'Anne Bouvier souligne particulièrement cet abandon, listant les fonctions et places de tous ceux qui auraient pu intervenir et ne l'ont pas fait. C'est, dans tout ce qui fait la puissance de la mise en scène, ce qui marque particulièrement.
Sylvie Testud incarne Valérie enfant, adolescente, adulte et mère, inconsciente, violentée, victime et combattante. Dans de courtes scènes, de quelques secondes, elle est aussi ses parents, le bourreau, ses enfants, mais également l'avocate qui intervient comme pour soutenir Valérie dans le déroulé de son terrible récit. La lumière s'adapte à chaque personnage dont Sylvie Testud prend les traits, sans coupure, d'une intonation de voix, d'un mouvement, d'une position du corps, d'un port de tête.
Cette adaptation de l'autobiographie de Valérie Bacot est d'une force rare. L'interprétation de Sylvie Testud, qu'accompagne l'efficace et sensible mise en scène d'Anne Bouvier, est remarquable par sa puissance et sa retenue.
A voir au théâtre de l'Oeuvre jusqu'au 30 décembre 2022.