Passionnante, immersive, haletante, la pièce de Pommerat nous plonge dans les événements qui ont menés à la mise en place de la démocratie en France et, notamment, à la création de l'Assemblée Nationale. Des débats entre le Tiers-Etat, la noblesse et le roi, des trahisons dans chaque camps, des hésitations intimes de chacun, la pièce met en exergue toutes les difficultés et contradictions qui jalonnent sans cesse la recherche d'équité, et prend en ces temps où les gilets jaunes revendiquent tout et son contraire, un écho plus particulier encore.

Sur scène, dans un décor de murs noir béton qui montent jusque dans les cintres, habillé de mobiliers noirs et parcouru par des comédiens en costume cravate sombres, aucune couleur ne vient troubler l'austérité de la création dans le chaos. 

La troupe, d'une qualité exceptionnelle, de près de trente comédiens dont quatorze portent le texte et les autres animent l'Assemblée, jouent sur scène et dans la salle. L’événement envahie le théâtre tout entier. Le mouvement perpétuel est la clé scénographique majeure. L'immersion du spectateur est immédiate.

Ainsi, les débats ne s'effectuent jamais à voix posée et de façon statique. Les comédiens, mêlés au public ou déjà sur scène, viennent et repartent sans cesse, se battent pour avoir le micro, s'allient, se défont. Le son lui aussi envahit tout l'espace et s’impose au spectateur. Il mêle à la voix des comédiens, des cris et des chants de foules, les explosions des combats mais aussi des chansons plus contemporaines.

Au bout de 4h10 à ce rythme effréné, la pièce laisse le spectateur exsangue mais ravie d'avoir pu participer à ce moment de pur magie théâtrale.

 

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Macha Makeieff met en scène la féroce pièce de Molière. La réputation de misogynie de Jean Baptiste Poquelin est de plus en plus souvent remise en cause par le regard des metteurs en scène contemporains. Sans faire de cette pièce une oeuvre féministe, Macha Makeieff met en évidence les qualités et travers de chaque personnage sans distinction de sexe. Pédant, vaniteux et manipulateur, elle donne à son Trissotin les allures d'un gourou, à ses femmes savantes les aspaects d'adoratrices hystériques et à Henriette, la liberté d'une femme moderne et indépendante.

En transposant cette histoire dans une époque contemporaine, la metteuse en scène se donne toute liberté et nous propose une version totalement délirante. Décors,  costumes, scénographie, accompagnement musicale et sonore, tout participe à souligner les effets comiques du texte de Molière. La mise en scène,  parsemée de détails hilarants, est précise et relevée. 

Les comédiens dont Vincent Wintherhalter, Marie-Armelle Deguy (aux faux airs de Claude Gensac dans son délire ) et Geoffroy Rondeau pour ne citer qu'eux, sont excellents .

Un régal de 2h15 à  voir jusqu'au 10 mai.

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Agnès Varda au Festival de Cannes

Le plus déroutant et passionnant festival de cinéma du monde consacre son affiche à Agnès Varda. Une affiche à l'image de l'artiste : surprenante, cocasse, créative, décalée, colorée, unique.

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Au cinéma, sa présence singulière nous avait déjà interpellé mais c'est, en 2012, avec Camille redouble de Noémie Lvovsky que son nom s'est imprimé dans notre mémoire. Au théâtre, elle avait déjà une beau parcours dont deux années comme pensionnaire à la Comédie Française.

Depuis, on guette toujours avec un intérêt particulier sa personnalité ambivalente, son physique menu, son sourire discret et ce regard qui semble couvrir des paysages qui nous sont inaccessibles.

Si elle se fait trop rare au cinéma, on a pu l'apercevoir chez Téchiné, Toledano et Nakache, Hansen-Love, c'est Michael Hers, en 2015, et Ce sentiment de l'été qui nous la rend vraiment avec un rôle à sa mesure.

Puis et surtout, en 2017, Stéphane Brizé lui offre le rôle de Jeanne dans son adaptation de Une Vie de Guy de Maupassant. Judith Chemla prête à Jeanne sa fragilité et sa force, sa fraîcheur et sa noirceur. Elle y est impressionnante d'incarnation.

Tout comme dans "Traviata, vous méritez une vie meilleure" présenté aux Bouffes du Nord et actuellement en tournée. Dans ce spectacle enchanteur, mêlant l’opéra de Verdi et le roman de Dumas, elle interprète, joue et chante, le rôle titre. On lui découvre une voix de soprano surprenante. Là aussi, sa présence singulière emporte tout.

A voir en Replay sur arte.tv

 

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Theo vient de naître sous X. Une longue chaîne d'hommes et de femmes va se mettre en action pour l'accueillir puis le confier à sa famille d'adoption.

Entre documentaire ; les dialogues sont très didactiques ; et fiction ; le romanesque a toute sa place ; Jeanne Herry nous propose de découvrir la gestion administrative et humaine de l'adoption en France. La réalisatrice agit par petites touches pour construire son histoire, dessinant en peu de traits des portraits précis des différents intervenants. Les comédiens, Gilles Lellouch, Grégory Gadebois, Clotilde Mollet, Sandrine Kiberlain, Élodie Bouchez, Miou Miou, Jean-François Stevenin, Olivia Côte..., sont parfaits.

En ne s'attardant pas sur les moments d'émotion, en présentant de nombreuses scènes courtes mais très signifiantes, en s''attachant aux détails du quotidien, le film propose le récit sensible et tendre, sans trop de mièvrerie, du parcours de ce bébé pas tout à fait abandonné.

Sortie en salle : 5 décembre 2018

Sortie en DVD : 10 avril 2019

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