Pauline Bayle adapte et met en scène à la Comédie Française le livre de Leila Slimani. Cette histoire d'infanticide est surtout le portrait d'une femme simple, toute en souffrances tues, plongée dans un mode de vie plus enviable que le sien tant matériel qu’émotionnel. Une confrontation qui souligne férocement la médiocrité de sa condition, les humiliations quotidiennes, la déception que lui procure sa fille et l'envie, mêlée à un certain dégoût, que cette nouvelle vie parallèle jamais ne cesse ou disparaisse avec elle.

Pauline Bayle fait le pari de condenser en 1h20 l'histoire complexe de Louise. Sur la petite scène du Studio-Théâtre de la Comédie Française, le décor est des plus minimalistes. Il s'agit de l'appartement des parents, un canapé, deux tables, trois chaises. On retrouvera parfois Louise dans son studio matérialisé dans un coin de l'avant scène. Anna Cervinka et Sébastien Pouderoux, interprètent tout à la fois le rôle des parents et celui des enfants. Cette convention, astucieusement mise en place dès la première scène, fonctionne parfaitement. 

Le récit, fidèle au livre, présente sur la dernière partie quelques raccourcis un peu trop rapides pour construire réellement le cheminement des personnages. Cette faiblesse de l'adaptation est remarquablement compensée par Florence Viala tout simplement magistrale. Son interprétation de Louise porte la puissance des descriptions et des mots du livre de Leila Slimani qui expliquent à petits pas et tout en suggestions les origines du drame.

Voir les commentaires

Passionnante, immersive, haletante, la pièce de Pommerat nous plonge dans les événements qui ont menés à la mise en place de la démocratie en France et, notamment, à la création de l'Assemblée Nationale. Des débats entre le Tiers-Etat, la noblesse et le roi, des trahisons dans chaque camps, des hésitations intimes de chacun, la pièce met en exergue toutes les difficultés et contradictions qui jalonnent sans cesse la recherche d'équité, et prend en ces temps où les gilets jaunes revendiquent tout et son contraire, un écho plus particulier encore.

Sur scène, dans un décor de murs noir béton qui montent jusque dans les cintres, habillé de mobiliers noirs et parcouru par des comédiens en costume cravate sombres, aucune couleur ne vient troubler l'austérité de la création dans le chaos. 

La troupe, d'une qualité exceptionnelle, de près de trente comédiens dont quatorze portent le texte et les autres animent l'Assemblée, jouent sur scène et dans la salle. L’événement envahie le théâtre tout entier. Le mouvement perpétuel est la clé scénographique majeure. L'immersion du spectateur est immédiate.

Ainsi, les débats ne s'effectuent jamais à voix posée et de façon statique. Les comédiens, mêlés au public ou déjà sur scène, viennent et repartent sans cesse, se battent pour avoir le micro, s'allient, se défont. Le son lui aussi envahit tout l'espace et s’impose au spectateur. Il mêle à la voix des comédiens, des cris et des chants de foules, les explosions des combats mais aussi des chansons plus contemporaines.

Au bout de 4h10 à ce rythme effréné, la pièce laisse le spectateur exsangue mais ravie d'avoir pu participer à ce moment de pur magie théâtrale.

 

Voir les commentaires

Macha Makeieff met en scène la féroce pièce de Molière. La réputation de misogynie de Jean Baptiste Poquelin est de plus en plus souvent remise en cause par le regard des metteurs en scène contemporains. Sans faire de cette pièce une oeuvre féministe, Macha Makeieff met en évidence les qualités et travers de chaque personnage sans distinction de sexe. Pédant, vaniteux et manipulateur, elle donne à son Trissotin les allures d'un gourou, à ses femmes savantes les aspaects d'adoratrices hystériques et à Henriette, la liberté d'une femme moderne et indépendante.

En transposant cette histoire dans une époque contemporaine, la metteuse en scène se donne toute liberté et nous propose une version totalement délirante. Décors,  costumes, scénographie, accompagnement musicale et sonore, tout participe à souligner les effets comiques du texte de Molière. La mise en scène,  parsemée de détails hilarants, est précise et relevée. 

Les comédiens dont Vincent Wintherhalter, Marie-Armelle Deguy (aux faux airs de Claude Gensac dans son délire ) et Geoffroy Rondeau pour ne citer qu'eux, sont excellents .

Un régal de 2h15 à  voir jusqu'au 10 mai.

Voir les commentaires

Agnès Varda au Festival de Cannes

Le plus déroutant et passionnant festival de cinéma du monde consacre son affiche à Agnès Varda. Une affiche à l'image de l'artiste : surprenante, cocasse, créative, décalée, colorée, unique.

Voir les commentaires

Au cinéma, sa présence singulière nous avait déjà interpellé mais c'est, en 2012, avec Camille redouble de Noémie Lvovsky que son nom s'est imprimé dans notre mémoire. Au théâtre, elle avait déjà une beau parcours dont deux années comme pensionnaire à la Comédie Française.

Depuis, on guette toujours avec un intérêt particulier sa personnalité ambivalente, son physique menu, son sourire discret et ce regard qui semble couvrir des paysages qui nous sont inaccessibles.

Si elle se fait trop rare au cinéma, on a pu l'apercevoir chez Téchiné, Toledano et Nakache, Hansen-Love, c'est Michael Hers, en 2015, et Ce sentiment de l'été qui nous la rend vraiment avec un rôle à sa mesure.

Puis et surtout, en 2017, Stéphane Brizé lui offre le rôle de Jeanne dans son adaptation de Une Vie de Guy de Maupassant. Judith Chemla prête à Jeanne sa fragilité et sa force, sa fraîcheur et sa noirceur. Elle y est impressionnante d'incarnation.

Tout comme dans "Traviata, vous méritez une vie meilleure" présenté aux Bouffes du Nord et actuellement en tournée. Dans ce spectacle enchanteur, mêlant l’opéra de Verdi et le roman de Dumas, elle interprète, joue et chante, le rôle titre. On lui découvre une voix de soprano surprenante. Là aussi, sa présence singulière emporte tout.

A voir en Replay sur arte.tv

 

Voir les commentaires

Sanscrierart : Aperçu critique de l'actualité culturelle : théâtre, cinéma, séries, documentaires, expositions, musique...

Archives

Hébergé par Overblog