theatre - danse

Silvia et Dorante se voient promis l'un à l'autre par leurs pères respectifs. Alors qu'ils vont être présentés pour valider ce choix, ils ont chacun de leur côté l'idée d'échanger leur rôle avec leurs domestiques. Ainsi, ils pourront observer leur fiancé(e) à leur guise.

Salomé Villiers propose de déplacer cette intrigue amoureuse dans une époque récente. Dans un jardin avec transat, parasols, menthe à l'eau et lunettes de soleil, elle nous convie à une version burlesque pas totalement assumée. Dès le début de la pièce, la metteuse en scène semble avoir du mal à faire des choix, à doser et à renoncer à l'inutile. Les accessoires "comiques" sont grossiers, le décor est sans intérêt, la vidéo en plus de ne rien apporter d'intéressant, ni artistiquement, ni du point de vue du récit (la metteuse en scène y imagine ce qui se passe entre les actes), s'immisce lourdement dans l'espace. Salomé Villiers emporte certains personnages (Lisette, Arlequin, Mario) vers le burlesque et une certaine outrance (pas toujours très bien maitrisée) et maintient Dorante et Silvia dans le premier degrés. L'harmonieux mariage de la satire et du romantisme créé par Marivaux disparait ici totalement. Il reste tout de même la beauté du texte et l'intelligence du récit. On peut s'en réjouir ou s'interroger sur l'intérêt de déranger un tel auteur pour si peu.

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Sidney Brown auteur de pièces policières à succès est en manque d'inspiration. Un jeune auteur lui envoie, pour avoir son avis, le texte de "Piège mortel" qu'il vient d'écrire. Sidney Brown, très séduit par l'oeuvre; imagine toutes sortes de stratagèmes pour se l'approprier.

Piège mortel est l'adaptation de Deathtrap de l'auteur Américain Ira Levin. La pièce se démarque du reste de la production par la qualité et l'inattendu de ses rebondissements et son ton décalé entre tension et humour. Les deux niveaux de jeu sont parfaitement dosés et maîtrisés par les comédiens particulièrement bien servis par la mise en scène précise et alerte d'Eric Metayer. Cyril Garnier, cette fois sans son binôme Sentou, est parfait en jeune auteur faussement candide et Nicolas Briançon est comme toujours excellent. Toutefois, celle qui impressionne le plus est Viviane Marcenaro. Dans un rôle totalement incongru et donc hyper périlleux, elle est parfaitement crédible et fait éclater le rire en cascade. Encore, une belle réussite d'Eric Métayer qui n'a pas son pareil pour trouver les pièces qu'il saura servir par son art du décalage et par ses excellents choix de comédiens.

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Kee-Yoon, ancienne avocate au barreau, présente son premier spectacle "Jaune bonbon" au théâtre du Petit Gymnase. Elle y évoque son ancienne profession, ses origines coréennes, ses relations avec sa mère et son grand saut dans l'humour. L'enthousiasme et l'énergie qu'elle déploie pendant 1 heure sont très sympathiques. La partie sur ses origines asiatiques est assez efficace et on en rit de bon coeur. Le reste du show offre quelques blagues convenues, pas très bien amenées, aux références vieillottes ou au contraire très enfantines. qui semblent avoir été écrites un peu rapidement. Le spectacle semble à l'état débauche ou de test, demandant à être retravaillé, peaufiné tout comme le personnage campé par Kee Yoon, un peu fade, manquant d'un caractère plus marqué. On est alors d'autant plus surpris d'apprendre que ce spectacle tourne depuis plus de trois ans, démentant ce sentiment qui nous tient pendant une heure que cette grande brune fort sympathique et maladroite est en train de faire ses classes. A moins que, car il est question ici de spectacle vivant, que ce soir ne fut pas un très bon soir.

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Slimane Kacioui met en scène, Le Horla, la nouvelle fantastique écrite par Guy de Maupassant en 1887. Le héros et narrateur conte son histoire sous la forme d'un journal. Date après date, ce récit étrange prend corps et laisse apparaître la possible folie d'un homme à travers ses perceptions surnaturelles. 

Avec pour seuls accessoires, une chaise, un tréteau et de grandes tentures noires, Florent Aumaître, seul en scène, donne un visage, une voix et les traits d'émotions multiples et contradictoires au héros de cette œuvre au texte riche et curieusement plus exigeant à l'écoute qu'à sa lecture. Le comédien dans une diction parfaite fait entendre tous les mots et toutes les intentions du texte. Son interprétation des doutes, peurs, luttes et résolutions du héros est particulièrement efficace. 

A voir au théâtre Michel jusqu'au 6 mai.

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A Venise et Ferrare, au XVe siècle, Lucrèce Borgia, femme incestueuse, tyrannique et meurtrière, trouve un peu d'humanité dans l'amour qu'elle porte à Gennaro, son fils autrefois abandonné. Elle cherche à tout prix à le rencontrer et à le sauver alors qu'il ignore qu'elle est sa mère.

 

Denis Podalydes, metteur en scène, modifie la distribution de la pièce de Victor Hugo  interprétée l'année dernière par Guillaume Gallienne dans le rôle-titre. Il confie cette fois le rôle de Lucrèce Borgia à Elsa Lepoivre, très impressionnante dans ce rôle extrêmement complexe où le tyran voit sa soif de barbarie dépassée par l'amour maternelle qu'elle porte en elle. Aussi terrifiante que touchante, la comédienne présente une palette de jeu d'une grande richesse. La puissance de sa voix dans la colère et sa douceur dans la peur, ses traits lui donnant le masque de la laideur dans la violence et ceux de la beauté dans l'abandon, ses larmes de haine si différentes de ses larmes de chagrin la rende particulièrement troublante. Elle se jette à corps perdu dans ce rôle et nous emporte dans la folie malsaine des Borgia avec force.

 

Curieusement, malgré cette interprétation magistrale et irréprochable, la pièce ne touche pas tout à fait comme elle le devrait. Quelque chose d'imperceptible vient perturber la dramaturgie. Pourtant, la scénographie est très belle et sombre comme il se doit. Elle est réalisée par Eric Ruf, comédien fabuleux qu'on ne voit plus assez souvent depuis qu'il dirige la Maison et que l'on a plaisir à retrouver dans le rôle d'Alphonse d'Este. Les comédiens qui interprètent les frères d'arme de Gennaro sont parfaits (Clément Hervieu Leger, Benjamin Lavernhe, Julien Frisson...). En revanche, le jeu de Thierry Hancisse, Gubetta, tire excessivement vers le grotesque, qui existe bien dans la pièce mais qui semble ici prendre trop de place au point que ce personnage n'en est plus du tout effrayant. Il est pourtant le bras droit de Lucrèce et une menace pour son fils. Gaël Kamilindi interprète un Gennaro trop tendre. Il est difficile de voir en lui un capitaine meneur d'hommes à la guerre. Sa haine de Lucrèce Borgia n'éclate pas suffisamment violemment, qu'il soit avec ses amis ou face à elle. Quelques soient les circonstances on ne voit en lui qu'un petit garçon, alors que celui-ci ne devrait apparaître que lorsqu'il est confronté à la quête de sa mère.

 

A cela s'ajoute la mise en scène du dernier acte, celui de la fête au Palais Negroni, qui ne fonctionne pas bien. L'atmosphère qui y règne n'évoque pas suffisamment l'étau qui se resserre petit à petit sur les dignitaires vénitiens. Aussi, l'arrivée des prêtres annonciatrice de mort devrait être plus spectaculaire, plus effrayante. Même l'entrée de Lucréce Borgia à ce moment précis n'est pas assez puissante, alors que son apparition dans le premier acte est majestueusement mise en scène. Au moment final où vient la mort de la mère et du fils l'effet dramatique ne fonctionne pas vraiment. Si on ne voit plus que le côté un peu ridicule de l'issue c'est que la mise en condition du spectateur n'a pas été faite.

 

Il faut dire que la pièce, jouant sans cesse sur la frontière entre le drame absolu et le grotesque, n'autorise aucun faux pas. Alors peut-être que, ne serait-ce que pour cette dernière scène, il s'agissait d'un mauvais soir ?

 

Demeure tout de même toutes les qualités énoncées plus haut et le talent d'Elsa Lepoivre qui à lui seul justifie l'existence de cette proposition théâtrale.

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