theatre - danse

Voyage au bout de la Nuit - Les Possédés

Seul sur la scène de la grande salle du théâtre de la Bastille, Rodolphe Dana se glisse dans la peau de Ferdinand Bardamu et nous emmène dans la campagne française pendant la guerre de 14, en Afrique Equatoriale, à New-York et Détroit, avant de terminer l'aventure par son retour à Paris.

Sur le plateau, entouré des hauts murs noirs du théâtre, six tables de métal, seules, qui, sur leurs pieds, couchées ou debout bien droites, accompagnées par la lumière diffuse ou clinquante des projecteurs, dessinent le décor de ces trois voyages. Le comédien joue pleinement les scènes, marchant au pas, rampant, se déshabillant sous la chaleur tropicale, découvrant tête levée la ville verticale, se démenant dans les ateliers de l'usine Ford, s'accoudant aux bars, louchant sur les filles. Adoptant la gouaille du héros de Céline, ses enthousiasmes de courte durée et sa misanthropie, Rodolphe Dana capte d'emblée notre attention et nous emporte dans ce voyage initiatique pendant 1h40 de théâtre de grande qualité.

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Le Mensonge de Florian Zeller au théâtre Edouard VII

Alors qu'ils s'apprêtent à recevoir leurs amis Michel et Jacqueline, Alice demande à son mari d'annuler le dîner. Elle a vu l'après-midi même Michel embrasser une femme dans la rue.

Tout comme dans "La vérité", Florian Zeller interroge sur les bienfaits du mensonge et de la sincérité. Le prétexte est sensiblement le même : deux couples d'amis, quatre personnes qui ne se disent pas tout à fait la vérité. L'ensemble est habilement écrit, sans génie et sans qu'il ne se passe grand chose, mais on reste suspendu aux jeux des comédiens pendant 1h40. Car bien sûr, dàns ce genre de pièce, la qualité de l'interprétation fait tout. Evelyne Bouix a de l'allure face à la tornade Arditi, une fois de plus hilarant dans le registre de la mauvaise foi. La précision de son jeu bluffe toujours autant.

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Fleurs de Cactus au théâtre Antoine

Julien, dentiste et coureur de jupons, fait croire à sa jeune maîtresse qu'il est marié et père de trois enfants, jusqu'au jour où, fou amoureux, il décide de lui demander de l'épouser.

La pièce de Barillet et Gredy, créée en 1964, tient la dragée haute aux créations actuelles du théâtre de boulevard. Les dialogues sont drôles, les situations typiques de ce genre théâtral intelligemment menées et les rebondissements nombreux moins soûlant qu'à l'accoutumé. Et si la lassitude vient c'est à moins d'1/2 heure de la fin ce qui pour une pièce de boulevard d'une durée de 2h10 est plus qu'honorable. Michel Fau, comédien et metteur en scène, a choisi de situer la pièce à l'époque de sa création s'offrant ainsi un terrain de jeu propice à tous les délires. Décors, coiffures, costumes, accompagnement musicaux et danses de l'époque sont exploités à fond et cela fonctionne et accentue la drôlerie de l'ensemble.

Tout serait donc au mieux s'il n'y avait cette direction d'acteurs. Les seconds rôles jouent, avec un certain talent, terriblement faux. Ils surjouent avec une énergie telle que cela ne peut qu'être voulu. A moins d'être amateurs de ce genre de décalage, cela est vite, si ce n'est immédiatement, insupportable. Michel Fau, dont le savoir-faire n'est plus à prouver, peine à convaincre dans un rôle viril. Seule Catherine Frot joue sa partition avec une justesse sans faille. D'une précision d'orfèvre, elle est la pièce maîtresse de ce spectacle. L'indispensable.

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On achève bien les chevaux de Bartabas

Aller voir un spectacle de Bartabas dans son théâtre équestre Zingaro est magique car le lieu est... magique. Du chapiteau restaurant aux décors et caravanes échoués tout autour, de l'entrée dans le théâtre sur un plancher de bois qui surplombe les écuries, loges où les artistes, issus de la plus noble conquête de l'homme, se concentrent, à la piste et les gradins de bois rouge qui l'entourent, jusqu'au feu de bois géant qui vous salue à la sortie du spectacle, tout participe à faire de ce moment quelque chose de merveilleux.
Quand le spectacle commence la beauté des chevaux vous saisit. Leur agilité, la précision du dressage bluffent. Dans "On achève bien les anges", la première scène les surprend libres seuls sur la piste, puis des anges descendent doucement du ciel pour les chevaucher. Ces acrobates impressionnent eux aussi par leur technique. Les tableaux se succèdent semblant tout d'abord nous conter une histoire puis nous perdant dans une série de saynètes dont on ne sait plus si elles s'associent pour nous raconter quelque chose ou au moins illustrer un propos. À l'exception de 3-4 scènes esthétiquement réussies et quelques bonnes idées mal exploitées, l'habillage et le propos artistique laissent sur sa faim.

Les chevauchées et l'incroyable talent de Bartabas pour obtenir ce qu'il veut des chevaux impressionnent. Son talent purement artistique, sa capacité à emmener plus loin cette maîtrise technique convainc moins. On rêve d'un Bartabas associé à un James Thiérrée, lui aussi homme de cirque, qui porte une poésie et une profondeur sans pareil. En associant leur savoir-faire, ils pourraient créer un spectacle totalement magique lui aussi.

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Le Misanthrope à la Comédie Française

Alceste, incapable de mentir, a une soif irrépressible de vérité. Il ne supporte pas les conventions qu'impose la vie en société. D'ailleurs, il ne supporte que très difficilement la présence des autres, à part celle de Célimène, sa maîtresse à laquelle il demande expressément d'officialiser leur relation.

Comme souvent à la Comédie Française, l'adaptation, les décors, la mise en scène et l'accompagnement sonore sont remarquables. Les comédiens sont excellents et nous tiennent en haleine pendant les 2h45 d'une pièce de Molière moins facile que le reste de son répertoire. Florence Viala, dans un rôle important mais trop court, marque une fois de plus la pièce de sa présence. Loïc Corbery et Adeline d'Hermy, dans l'énergie qu'ils donnent à leur interprétation, dans les scènes de rire ou de colère, ont tendance à perdre la bonne articulation qui permet de bien saisir les alexandrins de Molière. Ils n'en sont pas moins de très convaincants Alceste et Célimène.

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