cinema

Toni Erdmann de Maren Ade

Ines est consultante en restructuration d'entreprise dans une société de conseil. En mission pour un gros client à Bucarest, elle voit son père débarquer d'Allemagne à l'improviste. Cette visite va chambouler sa vie et leurs certitudes.

Plus qu'un conflit père-fille, Toni Erdmann oppose deux visions de la vie. Elle, toute en ambition, soucieuse du profit, implacable et rigide jusque dans sa physionomie, maigre et anguleuse, respectée pour son efficacité mais incapable de créer de la sympathie auprès de ses interlocuteurs. Lui, tout en rondeur, occupant toute la place tant physiquement que par ses élucubrations, provoquant plus souvent le rire et l'étonnement que l'exaspération, cherchant l'inattendu au quotidien, écolo-baba cool soucieux du bonheur. Tous les deux borderline mais ne naviguant pas sur les mêmes lignes. Si le pitch semble convenu et peut inquiéter, le savoir-faire de Maren Ade bouscule tous les a priori. Son récit est maîtrisé affichant 2h40 sans ennui, ménageant les surprises régulièrement avec des situations étonnantes, alternant les ambiances, burlesque, comédie, drame psychologique, politique... Car si on rit beaucoup, le malaise ne lâche jamais prise. Ainsi, la partition est complexe et demande de la précision dans l'interprétation. Peter Simonischek (assurément le cousin germain de Jacques Weber) et Sandra Hüller sont tous deux excellents notamment dans le jeu des corps et des regards, inquiets et rigolards pour lui et froids et désespérés pour elle.

On ne comprend pas bien comment le jury de Cannes a pu passer à côté de ce bel ouvrage, original et finalement audacieux. Une occasion ratée de récompenser auprès des grands une jeune cinéaste.

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Saint-Amour de Gustave Kerven et Benoît Delepine

Jean et son fils Bruno, éleveurs de vaches, participent au salon de l'agriculture à Paris. Bruno visite les stands des viticulteurs : il fait sa "route des vins" sans sortir de la Foire pour noyer son chagrin dans l'alcool. Jean décide de l'emmener sur la vraie route des vins en taxi.

Les agriculteurs sont interprétés par Gérard Depardieu et Benoît Poolevorde, le chauffeur de taxi par Vincent Lacoste. Une belle brochette d'actrices complète le casting dans des rôles malheureusement très secondaires. Si les 40 premières minutes amusent, le reste du film est une succession de sketchs pas très drôles, plutôt glauques, donnant à l'ensemble une note sinistre. Les images sont assez vilaines et la mise en scène semble sans pilote. Le ton donné au film est assez indéfinissable, entre mauvais goût et sentimentalisme tarte (que la musique composée par Sébastien Tellier accentue méchamment). Un bon film ne se limitant pas à un beau casting, on s'ennuie très vite.

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C'est quoi cette famille ? de Gabriel Julien-Laferriere

Sept enfants d'une famille multi-recomposée, lassés de changer de domicile toutes les semaines, décident d'emménager dans l'ancien appartement d'une de leurs grands-mères. Ainsi, ce sont leurs parents qui auront à se déplacer au rythme des gardes alternées.

Si l'idée de départ est séduisante, comme souvent elle est peu et mal développée. Les scénaristes n'ont rien à dire et bien peu d'imagination. Les "rebondissements" et gags sont éculés. Le réalisateur n'a aucune idée créative de mise en scène et il doit sans doute penser qu'une comédie ne nécessite pas de soigner la qualité de la photo. Si on sourit de bon cœur à quelques répliques, l'ennui s'installe trop durablement. On se raccroche au jeu des comédiens (Julie Gayet, Julie Depardieu, Philippe Katerine, Thierry Neuvic, Claudia Tagbo....) dont le jeune Teïlo Azaïs qui tient le rôle principal. Ils font ce qu'ils peuvent avec la pauvre partition qu'on leur donne à jouer.

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Money Monster de Jodie Foster

Lee Gates anime à la télévision américaine une émission à grand spectacle sur le monde de la finance. Il explique les rouages de la bourse et donne des conseils de placements aux téléspectateurs. Un jour, en plein direct, un homme armé d'un revolver et d'une bombe, fait irruption dans le studio.

Enfin un thriller au scénario fluide, rythmé par des rebondissements réguliers et étonnants qui contournent le déjà vu. Un scénario qui a le sens des raccourcis évitant de s'égarer dans des explications interminables, dosant de façon adroite l'évidente part récréative et la moins soutenue, part dénonciatrice. Une réalisation alerte et élégante qui éclaire l'intrigue en plans subtils. Jodie Foster nous tient en haleine d'un bout à l'autre du film. Cerises sur le gâteau, aux premiers plans George Clooney et Julia Roberts tous les deux épatants.

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Love and Friendship de Whit Stillman

En Angleterre, à la fin du XVIIIe siècle, Lady Susan, jeune veuve, intrigue pour trouver un bon parti pour sa fille et éventuellement pour elle-même.

Inspiré de "Lady Susan", une nouvelle de Jane Austen, "Love and Frienship" est loin des élans romantiques des autres oeuvres de l'écrivain. Ici, c'est le cynisme et les personnages hauts en couleurs qui importent. Les dialogues, et plus particulièrement les saillies de Lady Susan (Kate Beckinsal parfaite), sont très drôles. Le réalisateur a composé un film curieux, entre théâtre burlesque et composition historique cinématographique. Il instaure cette ambiance dès les premières images en présentant de façon faussement surannée les personnages de cette histoire. Un montage abrupt et un rythme rapide ajoutent de la vivacité au récit. Ce traitement particulier donne au film toute sa singularité et sert particulièrement bien l'ironie de la nouvelle de Jane Austen. Une belle surprise.

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