SansCrierArt : Aperçu critique de l'actualité culturelle. Comptes-rendus d'expositions, de pièces de théâtre, de films et de tous autres évènements culturels.

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8 avril 2022 5 08 /04 /avril /2022 22:58

Quand le monde s'effondre que dire, que faire ? Se rassembler pour se sentir plus fort, se souvenir de ce qu'il a été, convoquer les belles figures pour lui redonner son lustre, réinventer des rituels, boire pour oublier.

L'effondrement du monde c'est surtout celui de l' Humanité. Une humanité en perdition, dépravée et dictatoriale où le libéralisme broie, où tout doit aller vite, où plus rien n'a de sens et contre laquelle les Raoul, à l'aide de revendications,  poésies, musiques et de longs silences suspendus, luttent. Cette cérémonie du désespoir convoque un ptérodactyle qui surplombe la scène et qu'il suffirait de chevaucher pour retrouver sa liberté, les tribus primitives reines réduites à l'esclavage ou exterminées, la première révolutionnaire en la personne d'Antigone, le bel utopiste Don Quichote, Athéna, la déesse de la sagesse, Homère, Sophocle, Shakespeare...

Les 9 comédiens, 7 Franci et 2 Francine, à l'énergie communicative, offrent un spectacle fort, drôle, frapaddingue, percutant, militant et poétique.

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3 avril 2022 7 03 /04 /avril /2022 21:22

Ce soir, il n'a pas trouvé de chambre d'hôtel. Sous la pluie, il a rencontré un camarade, réel ou inventé, à qui raconter sa solitude, ses rencontres, ses combats.

Roger Davau met en scène la pièce de Bernard-Marie Koltes, écrite en 1977. Dense, le texte est sans ponctuation, d'une seule phrase où le héros dit sa haine d'un système qui broie et expulse, dénonce la trahison des femmes, se méfie du désir qui affaiblie l'homme fort, confie l'importance de rester digne, se félicite d'avoir su se libérer de tout, s'interroge sur le prix de cette liberté, presse ce camarade aux allures d'enfant de ne pas le laisser, seul, sous cette pluie qui ne finit pas. Ce monologue bouscule par sa noirceur, enchaînant récit limpide et propos confus, il nous interroge sans cesse. Sur la petite scène de la salle Belleville, dans un décor minimal, Christophe Hatey s'en empare avec vigueur et sensibilité, laissant éclater la vérité de cet être abîmé.

A voir au théâtre de La Croisée des chemins, le jeudi à 21h et le dimanche à 19h jusqu'au 8 mai.

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23 mars 2022 3 23 /03 /mars /2022 19:11

Le chorégraphe israélien Hofesh Shechter voit deux de ses créations entrer au répertoire du Ballet de l'Opéra national de Paris.

Uprising met en scène 7 danseurs déboulant du fond de scène, s'arrêtant net suspendu sur une jambe. Pendant 25 minutes, ils s'affronteront dans une chorégraphie vive et épileptique qui semble les renvoyer sans cesse à un nouveau combat. En fond sonore le martèlement d'une machine envahissant et angoissant. L'énergie dépensée dans une forme de violence et de recherche d'équilibre impressionne.

In your rooms engagent 19 danseurs, hommes et femmes, accompagnés par la voix du chorégraphe et un ensemble de percussions et de cordes qu'interprétent 10 musiciens paraissant suspendus en fond de scène. Ici, le déploiement d'énergie, les démonstrations de force laissent un peu de place à des mouvements de danse traditionnelle. Les danseurs virevoltent alors dans des moments de pause laissant imaginer qu'une harmonie est possible.

Les deux pièces sont magnifiquement mises en lumière par Lee Curran.

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10 mars 2022 4 10 /03 /mars /2022 23:42

 

Christophe Alévêque fonde et prend la tête du club des Vieux Cons Modernes cultivant, "à la fois, l'amour de la liberté, l'art du débat et les carottes, parce que ça rend aimable."

 

Car il en a marre. De quoi ? De tout et aussi un peu de son contraire. Mais surtout de ce qu'il considère comme une tendance forte à la bien-pensance et à l'extrême obéissance. Bref, nous sommes des moutons décérébrés. Et pour ne pas se laisser piégé dans cette embrigadement "systémique", il en appelle à son esprit de contradiction et à ce qui était autorisé de faire il n'y a encore pas si longtemps.

 

Sans être passéiste, l'humoriste décrit notre époque et ses travers, s'interrogeant sur la manière avec laquelle il va bien pouvoir expliquer à son fils de 2 ans comment penser et se comporter en toutes occasions.

C'est souvent drôle, avec un passage particulièrement efficace sur la période des confinements/déconfinements, et donne aussi à réfléchir sur ce qu'est la liberté, celle-ci s'arrêtant là où commence celle des autres, et sur le devenir de nos démocraties.

 

Au théâtre du Rond-Point à 18h30, tous les jours, sauf le lundi.

 

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5 mars 2022 6 05 /03 /mars /2022 15:00

De nos jours, à New York, une jeune femme cherche des informations sur son grand-père Eugène. Elle interroge Stanislaw, qui a connu Eugène pendant la seconde guerre mondiale. 

Sur scène 9 comédiens, menés par Charlie Fargialla et Gaël Cottat excellents tous les deux, interprètent une quinzaine de rôles. Ils redonnent vie à cette histoire réelle de deux médecins polonais qui ont sauvé leur village en faisant croire aux allemands que ses habitants étaient contaminés par le typhus.

La scénographie, astucieuse, fait cohabiter deux temporalité simultanément sans qu'à aucun moment cela semble incongrue. Le récit qui pourrait s’essouffler rapidement est dynamisé par l'humour, parfois osé mais dosé, et une mise en scène vive. Les changements de décors effectués par les comédiens, qui ne se ménagent pas, sont d'une grande fluidité. Enfin, la durée de la pièce 1h20 environ est parfaite.

A voir au théâtre du Splendid.

Lire le post sur la nouvelle pièce de Mélody Mouret "La course des géants"

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3 mars 2022 4 03 /03 /mars /2022 23:51

Bertrand seul dans son appartement décide de se suicider. Mais quelqu'un frappe à la porte.

La nouvelle pièce de Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière (auteurs du Prénom) joue sur l'absurde : un suicidaire voit ses plans bouleversés par l'intervention d'un tueur qui veut sa peau. Leurs échanges sont au diapason de la situation. Le décalage est total et l'auteur s'en donne à coeur joie.

Côté mise en scène et scénographie, c'est le service minimum : quelques maladresses, pas d'inventivité et une utilisation de la vidéo sans intérêt.

Le texte, souvent drôle, est parfaitement servi par Éric Elmosnino, une fois de plus excellent, et Kyan Khojandi, très bon en type mal dans sa peau

La première heure fonctionne très bien entre saillies percutantes de drôlerie et silences, l'ensemble jouant sur un rythme lent servant l'étrangeté de la situation. Au quart d'heure final le ton change, comme si l'auteur avait cédé sa plume à un autre, tombant dans un 1er degré lénifiant. Cette fin gâche un peu le plaisir pris jusqu'à là.

A voir à La Scala jusqu'au 31 mars.

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25 février 2022 5 25 /02 /février /2022 19:03

En 1960, à Chicago, Jack Mancini, pizzaiolo turbulent, entre à l'université puis à la Nasa grâce à son intelligence exceptionnelle.

Mélody Mourey nous présente un héros à l'Américaine qui pourrait sortir tout droit du cinéma populaire hollywoodien des années 90, un cinéma qu'elle a sans nul doute beaucoup regardé. Elle en convoque ici les recettes les plus efficaces dans une sorte de best-of entre film d'apprentissage et film catastrophe (Appolo 13Will Hunting par exemples). Ainsi, la pièce enchaîne des scènes et événements, plus ou moins importants, qui nous semblent familiers, déjà vus à maintes reprises, sans surprise. Cela pourrait être gênant mais c'est une forme d'admiration pour ce savoir-faire, cette capacité à reproduire en compilation les codes et les scènes les plus efficaces, qui l'emporte. Le texte est du même acabit que les dialogues de ces films mais l'auteur n'oublie pas d'être drôle avec de bons mots et un comique de situation efficaces.

Côté scénographie, là aussi c'est le cinéma qui est convoqué. Pour décor des projections vidéos qui nous transportent de lieux en espaces. C'est là aussi très bien fait et favorise l'immersion. Le peu de mobilier présent est déplacé et escamoté par les comédiens qui ne chôment pas dans une mise en scène vive où tout doit s’enchaîner à la vitesse de la lumière, et ce, sans que le spectateur ne se perde. La troupe de comédiens avec en tête Jordi Le Bolloc'h dans le premier rôle, Nicolas Lumbreras (drôlement Splendid), Anne-Sophie Picard, Alexandre Texier, Valentine Revel-Mourosz et Eric Chantelauze, est excellente.

Bref, dans son genre, que certains rapprocheront d'un théâtre à la Michalik mais en plus efficace et plus frais, La Course des Géants fait très bien le job. C'est du divertissement pur, familial, sans plus de prétention.

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11 février 2022 5 11 /02 /février /2022 17:42

François-Xavier Demaison joue à domicile dans son beau théâtre de l'Oeuvre.

Oenophile éclairé, le comédien construit son spectacle à partir de dix dates associées à dix vins.  Dix histoires et anecdotes occasions pour le comédien de se tirer le portrait ainsi que celui de sa famille, de ses amis, de ses rencontres et d'égratigner un peu notre époque.  

Inutile d'être amateur du breuvage pour apprécier ce spectacle où le comédien, aux grimaces impressionnantes, aux imitations bluffantes et aux chutes inattendues, déclenche aisément les rires.

Sa présence au Théâtre de l'Oeuvre, lui donne aussi l'occasion de jouer de son statut de directeur de théâtre avec une pointe d'émotion communicative.

A voir jusqu'au 2 avril.

 

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6 février 2022 7 06 /02 /février /2022 00:05

Elda Older rencontre Alexandre - Maurice. Celui-ci a été condamné il y a 20 ans pour avoir tué sa propre mère, mais il ne se souvient pas avoir commis ce crime. Elsa, elle, perd la mémoire et doit subir une intervention chirurgicale au cerveau. Lui est modèle pour le frère d'Elda un sculpteur sans succès, elle chante et a faillie être actrice. Le voisin voit son ambition d'être édité par une grande maison bientôt atteinte.

Joël Pommerat plonge des personnages ordinaires dans une situation où le trouble règne entre rêve et réalité. Il dessine petit à petit son curieux récit et l'éclaire en alternant présent et flash back. L' étrangeté des personnages et des situations fait naître rire et effroi. Si les deux protagonistes principaux ont pour similitudes des problèmes de mémoire et de perception du réel, ils ont en commun avec les autres personnages qui les entourent de vivre à travers l'art, la création et l'écriture. De quoi surmonter peut-être leurs vies bancales.

Christophe Hatey qui a joué dans la pièce à sa création en 1994 et Florence Marschal mettent en scène cette pièce des débuts de Pommerat qui n'avait plus été montée depuis 2001. Ils s'entourent d'une troupe de comédiens excellents Cédric Camus, Roger Davau, Loïc Fieffé, Aurore Medjeber, Samantha Samson et en alternance Karim Kadjar, Emilien Audiberti et Tristan Godat.

A voir au Studio Hebertot jusqu'au 25 janvier.

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2 février 2022 3 02 /02 /février /2022 18:49

En avril dernier, Public Sénat diffusait la pièce A rendre â  M.Morgenstern en cas de demande interprétée par Frédéric Moulin. 

Cette pièce prenante et émouvante, servie par une mise en scène efficace, retrouve la scène le 15 février prochain au Studio Raspail.

Représentation unique, courez-y !

Réservations sur billetreduc

Lire la critique ICI

 

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23 janvier 2022 7 23 /01 /janvier /2022 23:07

Ce spectacle de Gaspard Proust ne décevra pas les amateurs de son humour méchant, cynique, corrosif...etc... mais il les intriguera certainement. Car à la vue de l'introduction, depuis les coulisses, la même que dans le spectacle "Nouveau spectacle" de 2016, puis le passage du "comment se comporter en cas d'intrusion de djiadistes dans la salle", semblable à celui du spectacle de... 2016, ils pourront se demander si ce "Dernier spectacle" n'est pas un peu le "Precedent spectacle".

Comme à son habitude, le comédien dézingue tout et tout le monde avec la technique affûtée qu'on lui connaît, cela en costume traditionnel bavarois, avec un rythme de mitraillette et une gesticulation plutôt inhabituelle chez lui et qu'on pourra trouver excessive voire fatigante.

Ce spectacle a aussi pour particularité d'être très auto-centré. Proust raccroche à chacune de ses vannes son statut d'humouriste misanthrope, misogyne, transophobe, jugé très méchant, qui en plus est un artiste politiquement rare car pas de gauche... etc...  C'est drôle en introduction, sympatique le quart d'heure suivant puis intrigant et finalement lassant.

Le format vidéo expose sans doute un peu trop les excès dans le jeu et révèle particulièrement les recettes répét!itives dans l'écriture. 

Diffusion sur Amazon Prime.

Lire les posts sur ses précédents spectacles  à l'Européen en 2010  

à la Comédie des Champs-Elysées en 2016

 

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21 janvier 2022 5 21 /01 /janvier /2022 23:55

Clément Hervieu-Léger met en scène la dernière pièce, considérée comme testamentaire, de Tchekhov. L'auteur russe y conte l'évolution d'une société, la fin d'une époque, la fin de l'aristocratie, l'ascension du peuple. Décrivant plus le drame de la perte que l'éveil d'un nouveau monde.

En Russie, au début du XXe siècle, Lioubov revient, après 5 années de fuite à Paris, dans son immense propriété. La faillite oblige à la vente de sa cerisaie mais Lioubov dans une futilité immense et une nostalgie qui la hante refuse l'évidence. Lopakhine, fils et petit-fils de Moujik, propose de lui venir en aide.

Il est rarissime de ne pas succomber à la grâce et au génie de la troupe du Français. Ce soir sur la scène Richelieu, tous les ingrédients semblent réunis pour que la magnifique pièce de Tcheckhov nous fasse chavirer encore. Mais la magie n'opère pas, l'émotion ne passe pas.

Assez rapidement, la chorégraphie des comédiens interpelle. Ils ne semblent pas synchronisés. Leurs placements et déplacements sur scène qui ont sans doute pour but d'exprimer une certaine effervescence et la folie du désespoir semblent brouillons et nuisent à la lecture de la pièce. Dans l'acte trois, où l'action se situe entre un salon et la salle de bal, la mise en scène ne parvient pas a faire exister les deux espaces ensemble. La salle de bal en arrière plan joue trop fort et les comédiens au devant de la scène sont peu audibles. Dans les moments où le spleen s'exprime, la mise en scène surligne excessivement l'émotion. Les comédiens se retrouvent en situation de surjouer sur une musique totalement incongrue.

Nos si grands comédiens, Eric Génovèse, Florence Viala, Julie Sicard, Sébastien Pouderoux, Anna Celvinka, Rebecca Marder, Michel Favory, pour ne citer qu'eux, semblent dépourvus de leur génie et de celui de la troupe. Adeline d'Hermy tire son épingle du jeu, parvenant à nous toucher. Très vite on se raccroche à elle et encore un peu plus à Loïc Corbery qui nous rappelle que nous sommes bien dans la grande maison. Dans le rôle de Lopakhine, il est excellent, portant toute l'émotion.

 

 

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8 janvier 2022 6 08 /01 /janvier /2022 22:49

La Comédie Française accueille Glyslein Lefever qui met en scène Music-Hall de Jean-Luc Lagarce. 

Une fille et ses deux boys présentent un spectacle de music-hall. Ils racontent la chorégraphie de leur spectacle et les aléas auxquels ils font face lors de représentations dans des villes et des salles de moins en moins accueillantes et remplies.

Entre sarcasmes, humour et nostalgie, Lagarce placent ses trois personnages dans la situation d'artistes désabusés qui voient leur art se déliter, le public disparaître. Une mort inéluctable que la volonté coûte que coûte de continuer à jouer ne permet pas d'enrayer. Entre hommage aux artistes et testament personnel de l'auteur.

La mise en scène de Glyslein Lefever et la scénographie de Chloé  Bellemère exploitent astucieusement la toute petite scène du Studio-Théâtre, la transformant en cocoon rassurant, à moins qu'il ne s'agisse d'une impasse, du bout du quai. Françoise Gillard, Gaël Kamilindi et Yoann Gasiorowski sont tous trois épatants dans l'interprétation du texte acéré de Lagarce et de la chorégraphie de Glyslein Lefever.

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29 décembre 2021 3 29 /12 /décembre /2021 23:34

Pour sa réouverture le 13e Art Théâtre accueille Pixel le spectacle du chorégraphe Mourad Merzouki créé en 2014 et qui a triomphé dans le monde entier.

Sur scène 10 danseurs-circassiens et une danseuse-contorsionniste s'affontent et se débattent dans une avalanche de pixels. Une chorégraphie entre danseurs et vidéos, entre réel et virtuel, impressionnante et belle.

La chorégraphie où le hip-hop domine est explosive. Outre la dextérité des danseurs, le spectacle est parfaitement servi par de très beaux jeux de lumières. Les tenues colorées des danseurs éclatent entre les lignes et points blancs qui se dessinent au sol et dans l'espace. L'ensemble hypnotique gagnerait à servir un récit ici absent. On peut aussi se contenter de l'émerveillement créé par la magie de l'oeuvre.

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17 décembre 2021 5 17 /12 /décembre /2021 19:13

 

Patrick Timsit prétend faire ses adieux au one man show sur la scène du théâtre du Rond Point. Et pour justifier sa décision, réelle ou prétexte (il croise ostensiblement les doigts dans le dos lorsqu'il quitte la scène), il expose les 10 raisons qui le poussent à arrêter. 

Ce spectacle a quelque chose d'étrange, complexe dans sa réception et compliqué à commenter. Comme il le fait depuis 35 ans, Timsit, dans le rôle du salaud, traite de ses sujets de prédilection que sont les maux, petits et abyssaux, de notre humanité : racisme, xénophobie, shoah, homophobie, misogynie, égoïsme des riches, exploitation des pauvres et des enfants, vieillesse, mesquineries de notre société...

Mais sa façon de jouer le sale type est plus frontale qu'à l'accoutumée. Il joue moins, voir pas du tout, de sa bonhommie habituelle qui ne laissait aucun doute sur le niveau de lecture de ses saillies et autorisait le rire ; l'ignominie de son propos étant contrebalancée par le personnage.

Ici rien d'arrondie. Tout est brut. Les dénonciations passent toujours mais le rire hésite. Comme pour contrebalancer cette gravité, sont parsemées des blagues assez grossières dont une curieuse obsession pour "la bite" et "le trou du cul" (sa position dans le corps, sa dimension, son utilisation). Timsit s'amuse également à taquiner ou tacler plus méchamment certains de ses collègues humoristes ou pseudo humoristes, ainsi que Mimie Maty et Cyril Hanouna. Le tout donne un ensemble assez bancal.

On espère que ce spectacle, en demi teinte, ne sera pas le dernier. Ça ne serait pas rendre un juste hommage à son talent.

Lire la critique de son précédent one man show : on-ne-peut-pas-rire-de-tout

 

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10 décembre 2021 5 10 /12 /décembre /2021 16:51

Macha Makeïeff transpose le Tartuffe de Molière dans les années 60 orientant sa proposition vers le "Théorème" de Pasolini. Son Tartuffe très sexué, plus violeur que séducteur, plus gourou que simple manipulateur, aux allures sataniques, embrasse en effet toute la famille à pleine bouche pour mieux piquer dans la caisse.

Si, dans un premier temps, l'excellent souvenir de Trissotin et les femmes savantesprécédemment mis en scène par Macha Makeïeff, et la scène ouverte sur un décor sixties nous placent sous les meilleurs hospices, on déchante vite. L'excès en tout se révèle rapidement. Un trop plein visuel, auditif et sensitif, auquel s'ajoute le jeu de certains comédiens à l'allocution hachée, rendent la belle langue de Molière inaudible dans sa forme et sur le fond.

Une Mme Pernelle en Castafiore, un Cleante en dandy, un Valere et une Marianne d'une fadeur inégalée, une Dorine transformée en amie de la famille et une Flipote dédiée au burlesque, achèvent de nous perdre. Même l'excellent Vincent Winterhalter, ne parvient pas à nous ramener à Molière.

La créativité, la fantaisie et le talent de Macha Makeieff dans cette sur-expression semblent combattre l'oeuvre de Molière au lieu de la servir. Dommage.

 

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3 décembre 2021 5 03 /12 /décembre /2021 21:00

Fabrice ne peut pas présenter la carte du magasin où il fait ses courses, il l'a laissée dans son autre pantalon. Le service de sécurité intervient. Fabrice s'enfuit et devient l'ennemi public numéro 1.

Paul Moulin adapte la bande dessinée de Fab'Caro qui tout en décalages dénonce les travers de notre société.

Société de consommation où il faut avoir, où il faut entrer dans le moule, où il faut pouvoir montrer patte blanche. Société médiatique qui se nourrit de sensationnalisme jusqu'à en inventer les sources. Société de politiciens qui se gargarisent et alimentent le système. Société du tout sécuritaire où la peur et la suspicion règnent.

C'est corrosive, très bien construit et suffisament, mais sans trop, décalé pour être drôle et resté compréhensible. L'ensemble fonctionne en grande partie sur le son, des bruitages à l'accompagnement sonore jusqu'aux voix multiples des 8 comédiens. 

Cette offre originale n'a, sans doute, qu'un seul défaut : sa durée. Une toute petite heure qui nous laisse un peu sur notre faim.

A voir du mardi au samedi à 19h et le dimanche à 17h.

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19 novembre 2021 5 19 /11 /novembre /2021 23:14

Après avoir disserté  sur l´art dans son précédent spectacle qu´il a joué pendant 10 ans, de quoi en avoir des envies d´en finir,  Alex Vizorek propose de rire de la mort.

Sans quitter l'art tout à fait avec en pré-spectacle des citations de Zola ou Montaigne, en intro un poème de Baudelaire, en développement les plasticiennes Marina Abramovic et Sophie Calle, les peintres Brueghel, Miro ou Picasso mais aussi en faisant appel aux philosophes Avicenne, Heidegger et Epicure, en interrogeant les religions, en déployant un SWOT sur "l'enfant", en s'étonnant de la reproduction chez les animaux, en abordant la sexualité décalée, en exposant des choix cornéliens de vie ou de mort.... avec une érudition abordable, des jeux de mots pourris comme il faut et des saillies bien senties, Alex Vizorek offre 1h30 d'un humour qui allie l'élégance à un peu de grivoiserie, le rire (beaucoup) à la réflexion (un peu) sans se prendre au sérieux. Et dévoile en guise de conclusion-synthèse une oraison funèbre parfaitement troussée.

Drôle, intelligent, efficace.

A voir au théâtre de l'Oeuvre jusqu'au 8 janvier 2022.

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13 novembre 2021 6 13 /11 /novembre /2021 21:43

Sur scène, deux appartements et deux couples James et Stella, Bill et Harry. James débarque chez les seconds pour se confronté à Bill persuadé que celui-ci a une relation avec Stella.

Enregistrée au théâtre du Chatelet en 2020, cette version de la pièce de Pinter, mise en scène par Ludovic Lagarde, vaut surtout pour ses grands comédiens, Micha Lescot, Mathieu Amalric, Laurent Poitrenaud et Valérie Dashwood, qui font naître dans cette pièce étrange, au propos obscure, une perversité et une folie intrigante, un mystère captivant. 

A voir sur francetv.fr jusqu'au 20 novembre : La Collection replay

 

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 22:45

Eric Ruff a invité dans la grande maison Camille Bernon et Simon Bourgade qui adaptent le livre de John Maxwell Coetzee "Waiting for the barbarians".

Dans une petite ville à la frontière du territoire désertique des "Barbares", arrive un colonel de la police politique pour tuer dans l'œuf une supposée invasion prochaine. Le magistrat en charge de la ville, humaniste mou, compose entre son devoir envers l'Empire et son inclination pour une Barbare. 

Ce texte dénonce les colonisations, les pouvoirs totalitaires, la torture, la peur et la haine de l'autre, la bienveillance paternaliste... Sujets multiples et récit trouble que Camille Bernon et Simon Bourgade embrouillent avec une mise en scène superfétatoire.

A l'entrée en scène de Didier Sandre et Stéphane Varupenne, première déconvenue : les comédiens sont équipés d'un micro casque qui immédiatement  les propulsent hors du théâtre vivant. Sensation accentuée par les dimensions à taille humaine de la salle du Vieux Colombier ; les acteurs si près et leur voix amplifiées désincarnées.

Très vite l'apparition d'une illustration sonore qui s'avèrera quasi constante, justifiera le besoin de sonoriser les voix. Des effets visuels de mise en scène, au premier abord étonnants, s'avéreront plus envahissants qu'efficaces, intervenant comme des attractions qui affadissent le propos, frôlant l'incongruité quand ils transforment une expédition vers le peuple Barbare en une page de Tintin au Tibet ou en Rencontre du 3e type.

Les rares scènes où la scénographie s'efface pour repositionner les comédiens au cœur du dispositif sont comme des moments de grâce où l'on entend l´excellence de l´interpretation. Car les comédiens du Français, sont, malgré tout, tous excellents avec en tête Didier Sandre qui impressionne dans son engagement, Stéphane Varupenne, Suliane Brahim, Christophe Montenez, Elissa Alloula, Clément Bresson et Etienne Galharague. Ces scènes de calme confirment l'inefficacité de la surenchère scénographique.

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30 octobre 2021 6 30 /10 /octobre /2021 21:23

Christophe Daci met en scène la pièce de Bertold Brecht qui en 1938 et en 24 scènes dessina le portrait d'une société Allemande transformée par la montée du nazisme.

Le dramaturge y décrivit la peur, la suspicion et la résignation qui toucha toutes les classes de la société.

Christophe Daci a choisi 10 de ces scènes dessinant les rapports humains au quotidien bousculés par la terreur, interprétées par 7 comédiens.

Ce texte résonne encore avec force aujourd'hui alors que partout dans le monde les extrémismes gagnent du terrain.

A voir tous les lundis à 21h au théâtre du Gouvernail - Paris

https://www.theatre-contemporain.net/spectacles/Grand-peur-et-misere-du-IIIe-Reich-31782

 

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18 septembre 2021 6 18 /09 /septembre /2021 18:26

Christian Hecq et Valérie Lesort reprennent La Mouche, trois fois Moliérisée en 2020 (meilleure comédien, meilleure comédienne. création visuelle) toujours aux Bouffes du Nord.

Le sociétaire de la Comédie Française et la comédienne-plasticienne adaptent librement la nouvelle de George Langelaan, (déjà adaptée au cinéma par David Cronenberg) en une version mêlant comédie et science-fiction. Dans les années 60, dans un village de France, Odette vit avec son fils Robert qui passe ses journées dans son laboratoire. Il y fait des recherches sur la téléportation et obtient des résultats plus ou moins encourageants...

Très drôle, entre Strip-Tease, l´émission de télévision, et Les Deschiens, cette adaptation n´en présente pas moins un registre émotionnel large, le rire côtoyant régulièrement l'effroi et la compassion dans un dosage précis. Cette maitrise est une des forces de la pièce à laquelle s'ajoute une scénographie audacieuse et de grands interprètes menés par un Christian Hecq en très grande forme.

A voir jusqu'au 25 septembre.

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26 août 2021 4 26 /08 /août /2021 00:05

2h15, c'est une durée peu banale pour un one man show. Laurent Sciamma déchaîné, heureux de retrouver une salle pleine après un été calme, passionné par son sujet, a du mal à quitter la scène. Celle du Café de la Gare, en l’occurrence, sur laquelle il clame son amour et admiration des femmes et son incrédulité face aux mécanismes de construction du mâle.

Si le début de son spectacle, inquiète un peu avec des déclarations telles que "j'ai honte d'être un homme (face à ce qu'endurent les femmes)" le propos prend vite une tonalité moins culpabilisante. Dans un format éloigné du simple enchaînement de punchlines, Laurent Sciamma déroule son propos de féministe militant. Militant pour les femmes et pour le droit d'être un homme blanc-jeune-hétéro exprimant sans honte ses émotions.

2h15, sur le papier cela peut sembler long, dans la salle ça ne l'est pas du tout. La proximité qu'installe le comédien, son énergie physique, son enthousiasme, la limpidité et l'humour avec lesquels il déroule son propos maintiennent l'attention de son auditoire. Certains pourraient lui reprocher de rester très soft sur les exemples de difficultés au féminin, mais si le but est d'éveiller le mâle blanc lambda, le job est fait.

A voir au Café de la Gare jusqu'au 28 août, en tournée et de retour à Paris à la Comédie des Trois bornes. 

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6 août 2021 5 06 /08 /août /2021 21:18

Paul Goutard est un scénariste sans succès, psychologiquement fragile que son épouse et son petit garçon ne peuvent aider. 

Tel est le point de départ de la riche histoire que nous conte François de Brauer qui, seul en scène, interprète une vingtaine de personnages.

Alors que l'art a été considéré pendant plusieurs mois comme non essentiel, La loi des Prodiges interroge, sur le ton du drame, de l'humour et de la poésie, sur ce qu'est l"art, son utilité, sa place dans une société où tout se consomme ou la productivité domine, Il dézingue, au passage, le tout spectacle, en politique, à la télévision et au niveau économique, mais aussi le marché de l'art et un certain élitisme.

François de Bauer offre un spectacle beau et puissant qu'il interprète avec force et maestria.

A ne pas rater sur francetv.fr jusqu'au 22 décembre 2021.

 

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24 juillet 2021 6 24 /07 /juillet /2021 06:08
Gulliver, le dernier voyage, festival In d'Avignon - troupe Catalyse

Gulliver, dans son 3e voyage, fait nauvrage sur l'archipel de Laputa composé de quatre iles habitées par des personnages étranges.

Les comédiens de Catalyste menés par les metteurs en scène Madeleine Louarn et Jean-François Auguste nous emportent dans la fantasmagorie du roman de Jonathan Swift. La peur de la fin du monde et la mort sont au coeur de ce récit mené sur le ton de la satire, à la fois drôle et grinçant. Dans le respect du roman, les comédiens ont réécrit une partie de leur partition pour mieux se l'approprier, ajoutant ici et là quelques références contemporaines.

Ici Gulliver est une femme. Une jeune femme à la voix enfantine qui rend ses étonnements face à la folie des hommes plus touchants encore et drôles aussi. Manon Carpentier est excellente dans le rôle, entourée par les comédiens de la troupe, très bons également. Leur différence ; ils sont atteint d'handicap ; apporte à leur personnage la singularité qui sied parfaitement au récit et intensifie la portée décalée du propos.

A voir dans le cadre du Festival In d'Avignon jusqu'au 24 juillet, puis notamment du 2 au 6 octobre à Sew à Morlaix et à la MC93 en février 2022.

 

 

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