SansCrierArt : Aperçu critique de l'actualité culturelle. Comptes-rendus d'expositions, de pièces de théâtre, de films et de tous autres évènements culturels.

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 20:06

Ita-L.-Nee-Goldberg-www.zabouille-overblog.com.jpg

  Le 12 décembre 1942, à Paris, Ita, seule dans son appartement, a une heure pour décider de fuir ou d'attendre le retour de la gestapo… 1 heure pour s'interroger et pour se souvenir. 

 

Hélène Vincent incarne une femme simple qui a souvent été confrontée à la violence et à la peur. Une femme à qui on a rappelé trop souvent qu’elle est juive. Il y a d'abord eu l'Ukraine qu'il a fallut fuir, la première guerre mondiale qui lui a pris son mari mort pour la France et maintenant la persécution sous l’occupation Allemande. Cette heure de doute, où tous les sentiments se mélangent, convoque les petits et grands souvenirs, ceux qui font revivre la vie heureuse à Odessa puis en France, ceux de la perte qui déchirent ou ceux de la mesquinerie et la lâcheté des voisins qui désolent.

 

Hélène Vincent joue comme personne la valse des émotions. Sur son visage et son corps, dans son regard et dans sa voix (quelle maîtrise de la tonalité !), se marquent et se succèdent avec une fluidité terrible le bonheur d’un souvenir, l’espoir, l’effroi, le renoncement. L’incarnation est telle qu’on en oublie les quelques faiblesses du texte. Elles seraient importantes si on était face à une lecture ou une démonstration. Ici, c’est Ita, en danger, qui nous conte son histoire avec sa simplicité et une certaine fraicheur qui ne demande qu’à renaître.  

Le théâtre du Petit Saint Martin comme son nom l’indique est une salle à taille humaine. Ecouter et regarder Hélène Vincent dans de telles conditions est une chance inestimable qu’il ne faut pas laisser passer.

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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 17:15

maria-callas---zabouille.over-blog.com.jpgMaria Callas, la véritable histoire est une pièce curieuse.

Le projet est ambitieux : conter en 2h00 de théâtre la vie de Maria Callas.

Pour ce qui est du récit, si on n’est pas un fan absolu et pointilleux de la Callas, l’auteur relève le défi de la clarté. Il choisit une narration chronologique. C’est à travers les échanges entre les personnages (la mère, le premier impresario et mari, l’armateur Onassis et Jackie Kennedy) que les évènements clés de la vie de femme de la diva sont évoqués. L’histoire se tisse ainsi de façon fluide et équilibrée même si l’auteur, en fin de parcours, s’appesantit inutilement sur le cas Kennedy.

 

Très vite ce qui surprend dans l’écriture, c’est un étrange mélange des genres ; l’auteur n’ayant semble t-il pas voulu ou su choisir entre dramaturgie et pièce de boulevard. On est face à une sorte de soap opéra. C'est clinquant, outré. Certaines répliques  du genre « tu pues des pieds » tombent comme un cheveu dans la soupe et casse le mélodrame. Du coup, la pièce perd en magnétisme et les personnages en crédibilité. L’empathie ne s’installe pas vraiment. Bien sûr, l’auteur peut s’amuser à souffler le chaud et le froid mais cet exercice nécessite d’avoir un sens certain du rythme et une plume bien plus fine. Du coup, tout choc, les tentatives de faire rire comme celles d ‘émouvoir.

 

A cette écriture versatile, s’ajoutent des choix de mise en scène d’un autre âge. Ce n’est pas déplaisant de se retrouver « au théâtre ce soir » mais est-ce que cela a encore un intérêt artistique ?

Les incessants changements, ou plutôt mouvements de « décor » ; essentiellement une coiffeuse, deux chaises et un podium central qui apparaîtront, disparaîtront ou pivoteront sous les gestes pauvrement chorégraphiés d’une naïade grecque ; finissent pas être risibles. Les symboliques sont pauvres et les ficelles bien épaisses. Que le metteur en scène demande à ses comédiennes (Lola Dewaere, belle et juste et Sophie Carrier, parfaite en « monstre sacré ») de chanter en play-back, laisse à penser que le kitch ne lui fait vraiment pas peur.

 

Malgré ces fortes réserves, on ne peut douter de la sincérité de la proposition et de l’engagement de tous, auteur, comédiens et metteur en scène. Et si l’ensemble est maladroit, la pièce devrait plaire aux moins tatillons.

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 22:52

Lost-Replay3_c-_Alexandre-Pupkins-150x150.jpg"Trois anges, consternés de voir l'humanité sombrer dans le néant, se rebellent, se font expulser du paradis et se retrouvent dans le sous-sol d"un immeuble parisien. Pour prouver aux instances supérieures que l'humanité mérite encore son nom, ils provoquent une rencontre entre deux êtres esseulés. Lui surveille les conversations des employés d'un centre d'appel. Elle sans emploi, accumule des instruments de communication qui isolent."

 

A la lecture de cette présentation, le propos de la pièce est des plus clairs. Allez savoir pourquoi, l'auteur est infoutu de raconter avec simplicité, intelligence et un minimum d'élégance cette histoire et sa dénonciation de la disparition progressive de l'échange avec l'autre.

Ces mots ne sont pas beaux, ses phrases d'une platitude extrême ou tellement alambiquées qu'elles en deviennent inaudibles. La mise en scène, de l'auteur lui-même, est outrée, inutilement gesticulante. Les scènes présentant le langage stéréotypé et la dictature du tout technologie, c'est à dire le propos le plus simple de cette histoire, sont assez drôles. En revanche, la partie la plus délicate qui fait intervenir les anges et leur souhait de "sauver l'humanité" est totalement ratée par excès d'effets artificiels tant dans l'expression orale que physique. Toute cette gesticulation ne suffit pas à cacher le vide. On est bien loin de la délicatesse et la poésie des "Ailes du désir".

La pièce dure 1h45 et on ne sait qui des spectateurs ou des acteurs (Anne Alvaro, Nathalie Richard, Gaël Baron, Antoine Mathieu et Fabien Orcier) sont les plus méritants.

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 22:42

Sami_Frey_Premier_Amour.jpgSami Frey interprête cette nouvelle-monologue de Becket écrite en 1946, modifiée en 1969 et publiée en 1970. Une oeuvre de jeunesse adaptée à l'âge de la maturité.  

 

Un homme d'un certain âge, quelque peu misanthrope, nous conte son premier et unique amour, qu'il rattache à la mort du seul être qui l'a, sans doute, réellement aimé : son père.

Sami Frey joue ce personnage étrange et étriqué, accueillant avec septicisme cette femme qui bouscule sa confortable solitude et ce nouveau sentiment qu'est l'amour.

 

Le texte de Beckett est absurde, pathétique et très drôle.

La mise en scène de Sami Frey tout en simplicité laisse la place au texte et au jeu : deux bancs et un rideau de fer pour décor, un fond sonore d'une note, et une alarme qui se déclenche quand le héros dépasse une ligne, celle de son univers exigu ?

 

Voix douce et profonde, raide d'immobilisme, un brin inquiétant, le comédien, hypnotise la salle. Un grand moment comme on en rencontre rarement.

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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 00:46

pinterSur scène, un casting de rêve : Bruno Ganz, Pascal Greggory, Jérôme Kircher, Emmanuelle Seigner, Louis Garrel et Micha Lescot.
Une scène immense qui se prolonge jusqu'à éliminer les 1ers rangs et présente l'intérieur d'une maison, salon, cuisine et l'escalier qui mène à l'étage et, à l'extérieur, une caravane. C'est dans ce décor que les moches, bêtes et méchants personnages de Pinter prennent vie. Un léger accompagnement sonore vient parfois signaler aux spectateurs que l'angoisse monte. Il faut dire que depuis la salle, d'angoisse, on n'en perçoit pas vraiment. On regarde la violence des gestes, on entend la violence des paroles mais on ne la ressent pas. On reste aussi froid que l'éclairage de supermarché choisit par le metteur en scène. Un éclairage blafard qui donne aux comédiens des visages de cire.

La mise en scène de Luc Bondy ne laisse pas place à une montée en puissance. On ne sent pas l'étau qui se ressert, l'angoisse et le danger. On ne ressent pas ce froid et chaud soufflés en alternance. Lorsqu'on rit c'est de bon coeur mais sans scrupule et la dramaturgie de la scène qui suit nous laisse froid.

Du coup, on ne sait plus très bien quoi penser du jeu des acteurs. On se réjouira quand même d'avoir vu sur scène le grand Bruno Ganz et Micha Lescot seul comédien qui ne laisse aucun doute sur la qualité de sa prestation.

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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 15:29

alex-lutz.jpgCe qu'on retient avant tout, à la sortie du spectacle de Lutz, c'est la virtuosité du comédien. On reste épaté devant son talent d'incarnation. Ses personnages, une adolescente en crise, une vendeuse maniérée, un vieil homme branlant, un directeur de casting infect, un régisseur un peu trop détendu..., même déjà vu ailleurs sont magnifiés ici par la précision de l'interprétation. Son Karl Lagerfeld, en chevalier du moyen-age, est particulièrement saisissant.

Ensuite, on apprécie sa capacité à jouer des situations borderline avec une distinction qui semble pouvoir laisser tout passer. L'acteur porno qui gère son agenda comme un artisan lambda en est une parfaite illustration. Le décalage est hilarant.

Aussi, on apprécie une certaine profondeur dans des sketchs à priori inoffensifs tels le sketch sur la vulgarité, celle portée par des expressions toutes faites dont on a oublié le sens premier et l'enchaînement direct sur un sketch moquant un SDF.

On rit beaucoup et si tous les sketchs ne sont pas d'égale qualité, on y trouve toujours son compte ne serait ce qu'en admirant l'exceptionnelle dextérité du comédien. A voir sans attendre. 

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14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 18:13

CSEP.jpgUn billet de 100€ qui apparaît soudainement sur la table du salon, et qui sera suivi par bien d'autres, vient semer le trouble dans un couple légèrement bourgeois et de gauche. D'où vient cet argent ? Et pourquoi eux ? Elle, effrayée par ce fric qui la menace et lui très enclin à faire avec, vont y perdre la raison.

 

Evelyne Buyle et Pierre Arditi sont excellents dans cette pièce où le mystère de l'origine de cet argent a moins d'importance que ce qu'il dévoile. L'absurde y règne dans les deux premiers tiers avant de tomber dans le n'importe quoi et l'outrance.

 

En ne choisissant pas son camp - l'étrangeté de l'absurde ou le délire de la grosse farce - Sébastien Thiéry déçoit les deux publics, frustrant les amoureux du décalage et lésant les amateurs de boulevard. Vraiment dommage.

 

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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 21:02
L-etudiante-et-Monsieur-Henri---Zabouille.jpg

Henri, 78 ans et un fort caractère, se trouve contraint de partager son appartement avec Constance, étudiante fauchée. Cette colocation, imposée par un fils inquiet pour la santé de son père, va bousculer les certitudes des uns et des autres.

     

Une intrigue banale, donc ,sans grande surprise mais bien menée grâce à une écriture rythmée, parsemée de bonnes répliques. La mise en scène efficace, sans esbroufe, sert avant tout l'histoire. Les comédiens sont très bons : Roger Dumas est plus vrai que nature en vieil homme bougon, Sébastien Castro et Lysiane Meis, sont très drôles en souffre-douleur des déjeuners dominicaux.

 

Comme quoi, il est possible de raconter au théâtre une histoire simple et distrayante sans prendre les spectateurs pour des imbéciles.
 
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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 19:47

Les-menteurs.jpgPas d'histoire, pas d'intrigue, une écriture sans esprit, une troupe de comédiens au jeu très approximatif, des décors et costumes assez laids, une mise en scène (de Jean-Luc Moreau) paresseuse et sans grâce, une grossièreté qui, dans cet emballage, devient vulgarité.

 

Au centre de ce spectacle au rabais, Chevallier et Laspalles, fidèles à eux-mêmes, en rajoutent un peu pour combler le vide.

Est-ce suffisant ? Non.

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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 20:53

doris-darling-zabouille.jpgDoris Wallis, chroniqueuse people et critique théâtrale d'une cruauté sans pareil, est traînée devant les tribunaux par une de ses victimes.

La première partie de cette pièce contemporaine anglaise dresse le portrait haut en couleurs de son héroïne aux naseaux saupoudrés. Les dialogues sont ciselés et offrent une vacherie à la minute. C'est à tout coup drôle et souvent hilarant. Le rire s'impose, envahit tout. A tel point que, quand se présente l' entracte (20 secondes de tutu), on se demande si la pièce pourra tenir à ce rythme effréné jusqu'au bout. Et effectivement, la pièce impose en seconde partie un rire moins intense, bien que toujours présent.

La loufoquerie reine qui s'est installée dès les premières secondes ne quitte pas la scène. Les comédiens excellents, à commencer par Marianne Sergent totalement déjantée, ne lâchent rien. Car si Doris Darling joue sur le registre de l' outrance, c'est avant tout la qualité des comédiens et la précision de la mise en scène qui maintiennent la pièce sur le fil sans jamais la laisser verser dans le n'importe quoi. La gestuelle des comédiens, proche des comics, est au diapason de la mise en scène rythmée à l'habillage aussi inventif et farfelu que celui des personnages. Le spectateur sans défense est emporté dans ce délire burlesque. Ainsi, quand au dernier quart d'heure, Doris Darling regarde impuissante et incrédule ces quatre comparses se jouaient d'elle, elle semble rejoindre les spectateurs consentants, pris en otage de ce délire incontrôlable.

Totalement déjanté, joyeusement méchant, un brin grossier et irrésistiblement drôle.

 


 

 

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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 18:44

Racine-par-la-Racine-zabouille.jpgLa troupe de la Caravane Rouge propose, au théâtre de l'Essaïon, son petit Racine illustré. Les 11 tragédies de Racine sont condensées en 1h10, entre hommage et impertinence.

 

L'originalité du concept de départ est servie par de bonnes idées de détournement, une mise en scène imaginative et un mélange ingénieux de satires et de révérences. On remarque une petite faiblesse du côté du texte pas toujours à la hauteur de l'ensemble, l'auteur-metteur en scène semblant compter surtout sur le comique de situation. Les comédiens sont inspirés et passent avec une facilité déconcertante du sketch à l'incarnation de Phèdre, Andromaque ou Bérénice.

 

Pas besoin de connaître son racine par coeur ou d'être inscrit aux Alexandrins Anonymes pour passer un très bon moment.

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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 21:58

22h13-zabouille.jpgPierre Levrai, artiste vidéaste nous conte d'une voix (off) monocorde sa quête d'idées créatrices à travers ses journées monotones et ses pensées angoissées. On le suit, au sein de son atelier, dans ses tentatives artistiques plus ou moins inspirées.

 

Pierrick Sorin, particulièrement bien servi par son comédien Nicolas Sansier, traite de la création contemporaine, des artistes et de leur entourage avec une ironie vacharde et un humour à plusieurs degrés. L'occasion de nous présenter un mini catalogue des inventions vidéo-artistiques de ces dernières décennies et de rappeller l'intervention du quotidien dans la création artistique. Le tout avec une sacrée autodérision.  

Drôle et singulier. A voir !

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14 septembre 2012 5 14 /09 /septembre /2012 16:29

Zabouille---affiche-Volpone-ou-le-Renard-au-Theatre-de-la-M.jpg

Le théâtre de la Madeleine accueille la nouvelle création du prolifique Nicolas Briançon. Le metteur en scène monte "Volpone" de l'anglais Ben Johnson, pièce du répertoire classique écrite en vers au début du 17ième siècle.

Au lever de rideau, on découvre Volpone dans sa chambre... forte, entouré de ses richesses et de son serviteur Mosca. Volpone, richissime mais pas rassasié, trompe son ennui et complète son trésor en dupant, un par un, les vautours qui convoitent son héritage.

 

Pour qui ne connait pas la pièce (j'en suis ou plutôtj'en étais), il est difficile d'évaluer jusqu'à quel point le texte dans sa traduction a été modifié, modernisé. Peu  de vers ici et une parole très diverse : classique par moments et très actuelle par d'autres, mais toujours de belle tournure. Aussi, les bons mots sont légion et on rit souvent. Les thèmes abordés par la pièce demeurent d'une pertinente actualité.  

 

La distribution est de grande qualité, à commencer par le maître de la troupe, Roland Bertin, particulièrement réjouissant. Nicolas Briançon, himself, est parfait en Mosca. On retrouve avec plaisir Philippe Laudenbach et Pascal Elso. Les autres comédiens, qui m'étaient inconnus, sont largement au niveau et on remarque particulièrement Matthias Van Khache dans un rôle de fou furieux. 

Côté mise en scène, Briançon parsème un peu de danse, d'acrobaties et de musique. Ainsi ce sont les bouffons de Volpone entre look gothique et Commedia Del Arte qui assurent les transitions. Quelques pas de danse, 2-3 pirouettes, quelques accords de musique à la Nino Rota, et l'impressionnant décor de coffres forts se transforme en rues de Venise, en boudoir ou en tribunal.

 

Tout cela nous donne 1h45 de plaisir théâtral, théâtre classique et baroque dans un écrin de modernité.

 

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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 22:45

antigone.jpgDans l'Alouette, Jean Anouilh s'empare de l'icône Jeanne d'Arc, petite bergère exaltée qui, pour contenter Dieu, suit les voix qui l'habitent et manient les hommes influents, avec pour seule arme la flatterie et la tournure d'esprit.

Jean Anouilh se moque des hommes orgueilleux, lâches et assoiffés de pouvoir, de l'Eglise intransigeante et corrompue. Il honore l'intelligence, la passion et la force de caractère d'une Jeanne qui à l'image d'une Antigone, seule contre la folie des hommes, va droit où ses passions et ses croyances la mènent. 

Le décor sobre est habillé d'éclairages ingénieux qui s'épanouissent dans une rosace XXL. Exceptionnellement, Christophe Lidon nous gratifie d'une mise en scène sans trop d'esbroufe et offre un bel écrin à la pièce.

La plume d'Anouilh est ici particulièrement affutée et drôle. Car, contre toutes attentes, on rit beaucoup ici et les bons mots et le décalage sont rois.

A la qualité du texte s'ajoute, l'autre richesse de la pièce : la grâce de Sarah Giraudeau qui manie avec virtuosité le burlesque et le drâme, la candeur et la force. C'est une joie sans pareil de voir à l'oeuvre un tel savoir faire.

 

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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 19:22

109483 sugar-town-copie-1Quelques bons mots un peu lourds, bien misogynes et plutôt drôles, entourés d'une pseudo histoire dramatico-mystérieuse mal ficelée et sans intérêt, écrite en phrases alambiquées pour faire intelligent.

Une mise en scène maladroite, des intermèdes musicaux en arrêt sur image interminables qui semblent plus proches du remplissage que du parti pris artistique. Les deux sympathiques comédiens se démènent comme ils peuvent, quitte à sur jouer.

 

Quand le fou rire nous gagne aux moments censés être dramatiques, la conclusion est définitive : Sugar Town n'est pas un réussite.

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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 16:05

une-puce.jpgDeux murs gris, une porte, une fenêtre, deux chaises. Guillaume Gallienne et Catherine Sauval engoncés dans leur collerette.

Nous sommes en Angleterre, au 17ième siècle. La peste régne à Londres. Le couple Snelgrave est enfermé chez lui, condamné à la quarantaine depuis que tous les domestiques sont morts touchés par l'épidémie. Quand deux inconnus, un marin et une fillette d'aristocrate, se réfugient dans la maison, la quarantaine est prolongée de 28 jours.

 

Dans "Une puce, épargnez-la", tout est austère ou presque. Le décor, les costumes d'époque, la scénographie qui coupe chaque scène de noirs habillés d'un clavecin glaçant, le sujet et son contexte.

Seulement, les comédiens sont formidables. L'écriture est agréable, assez belle. Quelques bons mots font sourire, l'incongruité des échanges intrigue et cette austèrité au final interpelle. Si le propos ne passionne pas tout à fait, il ne crée pas non plus l'ennui.

Pas inoubliable, mais pas si mal.

 

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2 mai 2012 3 02 /05 /mai /2012 22:40

the-suit.jpg

C'est un drame qui se joue ici, celui d'un amour trahi sur fond d'apartheid. Peter Brook adapte pour la seconde fois "The Suit" de Can Themba. Fort du décor naturel et majestueux du théâtre des Bouffes du Nord, il disperse sur scène 8 chaises colorées, une table et 4 portants qui par la justesse d'un geste, une astuce de mise en scène se transforment en lit, armoire, porte ou fenêtre. Des musiques et des chansons idéalement choisies accompagnent parfaitement le propos de la pièce. La mise en scène, d'une redoutable efficacité, souligne la force de la solidarité et la place de la musique dans la communauté, les moments de joie, de partage, de tension et le drame. Quatre comédiens-chanteurs et trois musiciens-acteurs, tous excellents, portent cette histoire dans tous ces moments. Parfaits tant dans l'humour, que l'ironie et la tragédie, ils vous emportent dans le rire et vous basculent dans l'émotion en un battement de cil.

Une histoire simple, dans une mise en scène d'apparence modeste et des comédiens habités, le tout en version originale sous-titrée. Une réussite.

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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 16:58

les-laisons-dangereuses-atelier-affiche.jpg

John Malkovitch met en scène au théâtre de l'Atelier le livre de Pierre Choderlos de Laclos, les liaisons dangereuses. L'adaptation signée Christopher Hampton, à l'image du film, abandonne totalement la forme du livre, composé de correspondances, et propose un récit des plus classiques d'échanges directs entre les protagonistes.

La mise en place se fait dès l'entrée des spectateurs. Les comédiens sont en scène, s'échauffent, se concentrent, saluent les quelques connaissances présentes dans la salle. Puis, Azolan prend la parole et  emande au public d'éteindre les portables et de ne pas prendre de photo. Le spectacle peut commencer. Les pleines lumières sont lancées sur la scène tandis que dans la salle la lumière est à peine tamisée.

Malkovitch créé ainsi d'entrer une complicité entre les comédiens et les spectateurs, les premiers, protagonistes et conteurs, prennent à témoin le spectateur, sans quatrième mur. Ils demeureront tous en scène tout au long de la première partie, successivement partie et juge de la machination qui se trame.

Malkovitch joue d'entrée sur l'anachronisme. Même si les mœurs décrites sont bien celles du XVIIIe siècle, les costumes mélangent jeans, tee-shirts et Habits, le mobilier sans âge n'est surtout pas d'époque, les mails remplacent les lettres écrites à la plume, les messagers sont des ipad et des téléphones portables. Malkovitch s'amuse et amuse, même si on le surprend parfois à étirer un peu trop ces scènes de décalage et astuces comiques. Il use aussi d'un accompagnement musical qui vient souligner les moments clés et d'émotion de l'histoire. Facilité assez déconcertante et curieuse comme si Malkovitch ne faisait pas suffisamment confiance en ses comédiens, assez inégaux il est vrai. Julie Moulier campe une Madame de Merteuil d'un seul tenant : cynique et autoritaire. Elle prive ce personnage, au caractère complexe, de toute réelle émotion. Elle gagnerait aussi à articuler un peu plus. Yannick Landrein, Valmont, rôle écrasant, est, abstraction faite de son jeune âge, très bon. Lazare Herson Macarel, dans le rôle d'Azelon, sorte de Zébulon fantasque, a sans conteste du métier. Il est parfait. Pauline Moulène, Madame de Volanges, Rosa Bursztejn, Cécile de Volanges très drôle, Lola Naymark dans le rôle d'une Emilie très dénudée, sont parfaites. Sophie Barjac, doyenne de la troupe, assure le job dans le rôle assez ingrat et quasi-muet de Rosemonde. Jina Djemba, la présidente de Tourvel, m'a semblé assez inégale. Parfois très juste, d'autres comme "à côté". Quant à Mabo Kouyaté, il force un peu trop le trait sur la naïveté de Danceny et perd en justesse. Mais si le talent est génétiquement transmissible, et au souvenir de Sotigui Kouyaté dans « London River », on ne doute pas de son potentiel de progression.

Malgré ces réserves, la première partie de 2h00 s'écoule sans déplaisir et surtout sans ennuie. Entracte.

A la reprise, la salle est plongée dans le noir. Procédé qui pour le coup, en réponse à l'éclairage du départ, semble affreusement artificiel. Mais pourquoi pas, on a bien compris : on n'est plus là pour rigoler.  Le problème c'est que Malkovitch se lâche. Tous les partis pris de mise en scène qui était un peu limite en première partie sont ici exacerbés. Malkovitch se fait plaisir et rate totalement sa seconde partie ; 45 minutes bouffonnes, étirées en longueur où tout est surligné, souligné, montré du doigt avec une absence totale de finesse. Le combat à l'épée entre Valmont et Danceny, interminable et outré, ainsi que la scène finale n'échappent pas au ridicule qui parait -il ne tue pas. Valmont, pourtant, ne se relève pas.

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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 18:35

Max Eiseninconnu.jpgstein et Martin Schulse sont propriétaires, associés et amis, d'une galerie d'Art à San Francisco.

Martin, Allemand, a choisit de rentrer vivre au pays avec femme et enfants. Max, de confession juive, demeure à San Francisco. On suit leur correspondance échangée entre novembre 1932 et mars 1934, alors qu'Adolf Hitler au pouvoir instaure les lois anti-juifs.

Tirée du livre de Kathrine Kressmann Taylor, la très courte pièce (50 minutes) est à l'affiche du théatre Antoine depuis février. Tout d'abord interprétée par Gérard Darmon et Dominique Pinon, c'est Patrick Timsit et Thierry Lhermitte qui assurent le mois de mars.En avril, ils seront remplacés par Thierry Frémont et Nicolas Vaude.

Thierry Lhermitte est excellent. Il ne tombe pas dans le piège de l'exercice, celui d'une lecture qui s'avèrerait vite monotone, manquant de vie. Il ne lit pas ses lettres, il les joue et donne corps à ce qu'elles racontent. Patrick Timsit s'en sort un peu moins bien. Il est plus dans la lecture, moins dans le jeu, moins vivant. Malgré tout, son interprétation demeure agréable.

La pièce captive de bout en bout et reste à l'esprit longtemps après la représentation.

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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 18:09

arnaud-t-samere.jpeg

Ce qui surprend au démarrage du spectacle, lors du préambule, c'est la gémellité avec Ben - l'excellent Ben dont on attend depuis trop longtemps un nouveau spectacle. même sens de l'absurde, même capacité à lancer un sujet, ouvrir une parenthèse, multiplier les circonvolutions et retomber sur ses pieds. Même élocution soignée. Puis,Arnaud Tsamère prend, à nos yeux, une identité bien personnelle.

Le comédien est excellent. Sens de l'échange avec le  public, du rythme, du geste et à l'occasion de la grimace. Forme olympique.

Il nous emmène crescendo dans le délire de son personnage, comédien de circonstances qui se prend finalement au jeu.

Le "sketch " du vaudeville est particulièrement bon, tant dans la qualité d'écriture que dans l'interprétation qu'en fait Arnaud Tsamère.

La présence dans la salle de Raphaël Mezrahi, producteur du spectacle, nous a offert (est-ce tous les soirs ?) un échange avec le comédien tout à fait savoureux.

A voir donc sans hésiter.

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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 16:44

danton-mc93.jpgLa MC93 Bobigny présente jusqu'au 1er avril "La mort de Danton" de Büchner.

George Lavaudant reprend sa mise en scène créée en 2002 à L'Odéon théatre.

 

"Avec La Mort de Danton, Georg Büchner, le poète et dramaturge allemand, compose un drame au plus près de l’implacable mécanisme conduisant, en quelques jours du printemps 1794, les adversaires politiques de Robespierre à la guillotine. Danton, qui tantôt abdique, tantôt se refuse à se laisser emporter vers la mort, réactive les grandes figures shakespeariennes qui marchent vers le néant. Et cependant, au nom de quoi cet homme consent-il au supplice ? Une telle question pourrait disqualifier l’utopie des Lumières. Du moins la nuancer. À la manière ambivalente de Goya intitulant l’une de ses gravures : « Le songe (ou le sommeil ?) de la raison produit des monstres ». Nul doute que ce qui tremble et vacille dans cette interrogation est furieusement d’actualité."

 

Je n'ai pas vu la pièce.

Mais si vous commandez vos billets de la part de zabouille.over-blog.com, la MC93 vous proposera un tarif préférentiel de 15€ au lieu de 25€.

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 21:46

hollywood

Hollywood, 1939, David Selznick, producteur de cinéma, s'enferme dans un bureau, avec le réalisateur Victor Fleming et le scénariste Ben Hecht, pour réécrire, en 5 jours, le scénario tiré du best seller de Margaret Mitchell "Autant en emporte le vent".

Hollywood, la pièce bénéficie de critiques plutôt bienveillantes, voire chaleureuses et s'avère pourtant bien décevante.

 

Hollywood ne parle pas vraiment de cinéma, pas vraiment du film "Autant emporte le vent", seules quelques scènes sont évoquées sur le ton de la grosse farce.

Hollywood traite peu de politique à la veille de la seconde guerre mondiale, même si le statut bancal des juifs d'Amérique est plusieurs fois évoqué.

Hollywood n'aborde jamais réellement les affres de la création.

Bref, Hollywood parle peu de ce qui pourrait avoir un minimum d'intérêt et se complait en revanche à centrer toute son attention sur la fatigue qui gagne les protagonistes au fur et à mesure des jours qui défilent.

Tous les trois se nourrissent exclusivement de bananes et de cacahuètes - rires - le scénariste à très mal au dos et aux doigts à force de taper à la machine à écrire - rires - ils sont épuisés à en perdre les pédales  et dormir debout - rires- ils finissent par en revenir aux origines de l'homme c'est à dire singe - rires - les bananes... forcément.

 

A la paresse du scénario, à l'absence de fond, et je ne vous parle pas de la mise en scène inexistante, s'ajoute l'incroyable faiblesse du texte. Pas une réplique franchement drôle. Tout est éculé. Quite à faire dans la grosse farce on pourrait au moins avoir quelques bons mots. On finit par penser que les pièces de Baffie sont géniales.

Les acteurs, eux, s'amusent et en fond des tonnes. Surtout Thierry Frémont et Samuel Le Bihan qui sans doute moins rodés à l'exercice sur jouent pas mal. Au milieu de tout ce médiocre, Daniel Russo apparaît une fois encore comme un excellent comédien. ll dose parfaitement et est largement au-dessus du lot.

Pendant cette heure et 45 minutes, je me suis raccrochée à lui pour que tout cela paraisse moins long.

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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 17:01

sophia aram 2Sophia Aram débute la soirée par une mise en bouche chorégraphiée parfaite et par cet avertissement : "Ce spectacle est déconseillé aux personnes plaçant leur foi au dessus de leur sens de l'humour."

Excellente introduction donc, qui place de suite le public dans l'humeur qui convient.

Car "Crise de foi" parle d'un sujet des plus délicats : la religion et plus particulièrement les trois religions monothéistes. Sophia Aram passe sans cesse de l'universel au personnel, du propos fondé sur les textes sacrés aux applications libres, de l'athéisme forcené au doute, de la tendre réprimande à la condamnation ferme. Et ce, avec une science du dosage assez bien maîtrisée. Certains regretteront sans doute qu'elle ne soit pas plus trash. Mais c'est justement cette ironique retenue qui fait la qualité du spectacle.

Bien joué !

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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 12:24

moi_je_crois_pas_assis.jpgMoi je crois pas ! met en scène un vieux couple qui comble le vide de son existence par le visionnage de documentaires animaliers pour elle et par la mise en doute de toutes choses par lui.

Les12 saynetes dont les mises en lumière et en scène laissent supposer que l'histoire renferme un enjeu, une certaine gravité, une profondeur déçoivent. Il s'avère que le texte est convenu, sans surprise, pas très drôle, pas vraiment méchant et même pas loufoque. Le niveau de vocabulaire utilisé n'est pas très beau. Sans doute pour faire plus français moyen... le mari jure "putain" et demande "qu'est-ce qu'on bouffe" sans cesse. Ainsi, le texte ne séduit ni dans sa forme, ni dans la force de son propos.

On se demande bien ce que Catherine Hiegel et Pierre Arditi sont venus faire dans cette galère. Elément de réponse : excellents tous les deux, ils comblent de leur immense talent une partie du grand vide qui occupe la pièce de Jean-Claude Grumberg.

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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 23:28

francis-huster.jpgAutant le dire tout de suite, Bronx a un seul défaut : l'utilisation pour musique de "générique" d'un Moon River certes charmant mais affreusement guimauve. Bronx "rate" donc son entrée et sa sortie.

Oublié ce détail, la pièce est une réussite. Le décor (Stéphanie Jarre) vous plonge immédiatement dans l'univers de Cologio qui nous conte son enfance et son adolesence. Le récit écrit par Chazz Palminter est harmonieux, les personnages parfaitement dessinés en peu de mot. Le texte mélange descriptions réalistes d'un milieu et d'une époque, et dialogues drôles ou émouvants. La mise en scène (Steve Suissa) à la fois simple, vive et astucieuse, à l'accompagnement sonore judicieusement dosé et aux belles lumières, est particulièrement efficace. Mais toutes ces qualités ne seraient rien sans l' exceptionnelle interprétation de Francis Huster qui seul en scène incarne les 18 personnages. Il offre à chacun une tonalité, voix, gestuelle, parfois à peine esquisée mais suffisante pour qu'on identifie instantanément le personnage. Il nous emporte dans cette histoire avec une merveilleuse facilité. Quelle joie de retrouver ici le Francis Huster flamboyant qui s'était un peu égaré ces dernières années. Le très grand Francis Huster est de retour. Oh, joie !

 

PS : parmi les spectateurs, un présentateur des matinales de France 2, un ancien joueur de rugby et Jean-Pierre Mocky

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