SansCrierArt : Aperçu critique de l'actualité culturelle. Comptes-rendus d'expositions, de pièces de théâtre, de films et de tous autres évènements culturels.

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2 février 2020 7 02 /02 /février /2020 21:43

L'histoire de Léonie Bathiat, alias Arletty, contée en musique et en bons mots par elle-même.

Le rythme soutenu du récit et la qualité du jeu d'Élodie Menant captivent. L'ensemble alterne drôlerie et émotions car si la comédienne était tout en énergie et en verve, sa vie n'a pas été des plus gaies. La mise en scène, fait de peu, enchaîne ainsi les moments graves et burlesques. Cette succession à la fois fluide et brutale amplifie l'émotion que transmet le récit du destin de cette femme assoiffée de vie.

Les quatre comédiens qui interprètent une trentaine de rôles sont parfaits.

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1 février 2020 6 01 /02 /février /2020 16:30

La maison s'agite. La soeur, le frère, la belle-mère se préparent à une visite attendue depuis 20 ans. Il faut dire que le père se meurt et qu'une réconciliation serait bienvenue.

David Clavel, dans une scénographie simple, efficace et agréable, aux mouvements de décors astucieux, revisite le thème de la famille déchirée, recomposée, aux multiples non-dits. Sur scène trois hommes, frères, fils, père et trois femmes soeur, épouses, belle-mère.

Les personnages féminins (Emmanuelle Devos, Anne Suarez et Valérie de Dietrich, toutes les trois parfaite) sont particulièrement savoureux, dans leur retenu, leur autorité, leur disponibilité ou leur folie. Leur partition sonne juste entre sarcasme, ironie, franchise jusqu'à la provocation.

A l'exception du mourant aux saillies mordantes, les rôles masculins (David Clavel, Mael Besnard, David Martin) héritent d'une écriture moins inventive et rythmée qui finit par prendre racine dans un premier degré un peu déroutant au regard du reste de la partition. Certaines répliques qui voudraient dire la profondeur d'un mal être sont maladroites ou un peu ridicules. Doit-on en déduire que les hommes sont des nombrilistes qui pleurent sur leur triste sort sans le moindre recul ou autodérision ? Ou que David Clavel, à la fois interprète et auteur de la pièce n'a pas su s'écrire un rôle à sa mesure (on se souvient notamment de ses interprétations avec la troupe Les Possédés Oncle Vania, Bullet Park...) ?

Ce déséquilibre dans l'écriture si elle interpelle ne nuit pas à l'intérêt porté à la pièce durant ses 90 premières minutes. La dernière demi-heure, elle, marque le pas nous laissant dans un entre deux mêlé de desappointements et d'impressions fortes.

 

 

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12 janvier 2020 7 12 /01 /janvier /2020 18:07

Fanny Brice, star du music hall, se remémore son parcours d'artiste et sa vie de femme.

Inspirée de la vie de la vraie Fanny Brice, Funny Girl a été créée à Broadway en 1964 avec dans le rôle titre Barbra Streisand, découverte à cette occasion. Jean-Luc Choplin, directeur du théâtre Marigny, met en scène pour la première fois en France, ce spectacle, à la fois drôle et dramatique, devenu un classique de la comédie musicale. Cette production français présente une distribution internationale de comédiens-chanteurs-danseurs de grande qualité. A la tête de la troupe Christina Bianco comédienne, chanteuse et imitatrice américaine, impressionne par la puissance et la justesse de son interprétation tant dans le jeu que dans le chant.

Après 2h30 d'un spectacle virevoltant, le public du Marigny offre une ovation à cette belle troupe, son orchestre et à sa révélation Christina Bianco.

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11 janvier 2020 6 11 /01 /janvier /2020 19:12

Alex Lutz revient avec son nouveau spectacle aux Folies Bergeres. Lancé en février 2018 à l'Olympia, ce deuxième opus se présente comme un stand-up. Plus de sketchs comme sur le spectacle précédent mais une longue réflexion sur les angoisses de la vie et le vivre ensemble qui ouvre de nombreux apartés sur le nombrilisme de l'artiste, sur la peur libérée par le rire, sur la condition des femmes, sur l'origine des manies de l'Homme... L'artiste fait passer quelques convictions de façon plus direct, dans un 1er degré qui réduit les moments de rire franc, qui lorsqu'il est là est toujours très efficace. Il est accompagné en entrée, dans une scène burlesque, et en sortie, dans une séquence esthétique et poétique, de deux superbes chevaux blancs qui soulignent la volonté de l'artiste de proposer plus qu'un spectacle comique.

Dans cette sorte de fourre-tout, qui s'enchaine parfaitement, le talent du comédien et sa maitrise de la scène ne cessent d'impressionner.

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4 janvier 2020 6 04 /01 /janvier /2020 22:34

Descendant des cintres dans une quasi verticalité, un plateau en bois massif porte 3 hommes et 3 femmes qui tentent de ne pas céder à l'attractivité terrestre. Quand le plateau se positionne à l'horizontale et se met à tourner sur lui-même, telle la terre en rotation, les six personnages poursuivent leur quête d'équilibre, alternant comportement individualiste et collaboratif, terreur vive, bonheur fugace et jeux dangereux. Ils sont les jouets de cet espace versatile auquel ils semblent coûte que coûte vouloir rester attachés.

Les 6 danseurs-circassiens (Julien Cramillet, Kerem Gelebek, Jean-Yves Phuong, Sarah Silverblatt-Buser, Marie Vaudin, Francesca Ziviani) déjouent pendant 1 heure les lois de l'apesanteur et donnent à cette allégorie de la vie, et de sa double gravité, toutes leurs forces et leurs talents d’acrobates et de comédiens. L'engagement physique est impressionnant tout comme la maîtrise technique.

Entre poésie et performance physique Celui qui tombe impressionne.

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26 décembre 2019 4 26 /12 /décembre /2019 21:46

Entre 1987 et 1989, Marguerite Duras accorde une serie d'entretiens à la journaliste italienne Leopoldina Pallota della Torre. L'écrivain raconte son enfance et son adolescence, son amant chinois, sa mère et ses frères, ses rapports aux hommes, au féminisme qu'elle méprise, au communisme et à l'alcoolisme, à la littérature, la sienne et celle de ses contemporains, à ses propres adaptations cinématographiques qui ne peuvent pas être pires que celles des autres. Piquante, brillante, agaçante, excessive et parfois drôle, Marguerite Duras raconte les rencontres et les moments clés de sa vie.

Au théâtre de l'oeuvre, pour 10 représentations, Bertrand Marcos, met en scène ces entretiens. Il interprète, tout en sobriété, le journaliste.

Fanny Ardant, grande interprète de Duras donne à l'écrivain son beau regard noir, tout à la fois lumineux et sombre, son corps longiligne à la démarche élégante et ondulante, sa voix unique, grave et intense. Elle apporte aux mots de Duras une vitalité, une fantaisie et une intensité unique. 

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26 novembre 2019 2 26 /11 /novembre /2019 19:50

Italie, début du XVIIe siècle, Galileo Galilée, mathématicien et astronome, confirme et clame la thèse de Copernic : la terre tourne autour du soleil qui est le centre de l’univers. 
Les instances religieuses, tout d’abord conciliantes avec l’homme de génie, en viennent à lui intimer de se dédire. L’astre au centre de l’univers ne peut être que la terre qui abrite les créatures  Dieu.

 

La pièce de Brecht demeure d’actualité. Le dogmatisme religieux peut s’imposer même aux plus savants. Il nous présente ainsi la vie de Galilée à diverses étapes de ses découvertes et de son état d’esprit, de la liberté sans limite à l’emprisonnement, de l’enthousiasme le plus grand à la renonciation, presque, totale (il poursuivra certains de ses travaux en cachette).

 

Sous un éclairage minimaliste qui ingénieusement ne montre que ce qu’il est important de voir, Eric Ruff met en scène 25 comédiens, qui forment, une magnifique troupe. Hervé Pierre est un grandiose Galilée, entouré de Florence Viala, Thierry Hancisse, Jean Chevalier et Élise Lhomeau. Les costumes de Christian Lacroix sont très beaux et servent parfaitement les chorégraphies de Glyslein Lefever. 


Le décor, constitué de 10 immenses toiles reproduisant des détails d’œuvres de peintres de la Renaissance Italienne, déconcerte tout d’abord avant de devenir évident. Ces icônes religieuses semblent juger et écraser notre scientifique, finalement si petit face à la puissance de l’église et à l’espoir qu’elle porte et exploite. 


Si on peut trouver le texte un peu redondant, les 2h10 de ce récit conservent toute notre attention. La qualité de la troupe de la Comédie Française et les parti-pris de la scénographie y sont pour beaucoup.

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24 novembre 2019 7 24 /11 /novembre /2019 19:59

Lorsque Serge présente à Marc le tableau qu'il vient d'acquérir, celui-ci réagit violement. L'oeuvre est totalement blanche et coûte 30 000 euros. Marc s'empresse d'informer Yvan de la bêtise de leur ami  Serge.

"Art" de Yasmina Reza, créée en 1994 par Fabrice Luchini, Pierre Arditi et Pierre Vanek, serait l'oeuvre théâtrale contemporaine la plus jouée dans le monde.

Il est vrai que son sujet principal, l'amitié, est universel.

Yasmina Reza interroge ce qu'est l'amitié. Sur quels liens de dominance,  d'admiration ou de faux-semblants tient-elle, quel est son prix si elle en a un, jusqu'où peut-elle mener ? Elle en profite au passage pour égratigner l'art contemporain et le snobisme qui l'accompagne, pour questionner sur la gentillesse ou la tolérance que certains interprètent comme de la faiblesse, sur le poids des convictions.

Le théâtre Antoine accueille une nouvelle mise en scène de Patrice Kerbrat, interprétés par les excellents Charles Berling, Alain Fromager et Jean-Pierre Darroussin. Ce dernier, qui, il est vrai, récolte la meilleure partition, est particulièrement réjouissant dans son interprétation. Il a reçu en 2018, le Molière du meilleur comédien pour ce rôle.

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1 novembre 2019 5 01 /11 /novembre /2019 00:09

Le public est d'emblée chaud bouillant quand Roman Frayssinet entre en scène au point que pointe l'inquiétude que cet excès d'enthousiasme puisse perturber la juste écoute du spectacle. Que nenni. L'artiste prend la parole et impose naturellement une grande qualité d'écoute.

Frayssinet déroule le cycle de la vie, son inaptitude à l'amour, ses projets de vieillesse, ses rêves de gloire, sa vision de l'origine du monde, sa passion pour la nature, la violence des jeux d'adulte, celle de Paris, évoquant ainsi ses regrets, ses peurs, son humanisme, nos vies absurdes.

Alternant vannes percutantes, récits délirants et pensées profondes, il joue sur les tonalités en permanence de l'exaltation, à la confidence, de la grivoiserie à la poésie. Ainsi, le public rit, retient sa respiration, s’esclaffe, fait silence pour ne rien rater.

Roman Frayssinet présente un style très personnel, d'une expression soignée et ciselée dans tous les styles. Ses qualités de comédien, lui permettent de doser parfaitement chaque expression du visage et une gestuelle minimaliste extrêmement précise et expressive

Au théâtre de l'Oeuvre des jeudi et samedi à 21h jusqu'au 21 décembre.

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20 septembre 2019 5 20 /09 /septembre /2019 21:28

Le docteur Petypon se réveille  après une soirée bien arrosée dont il ne se souvient de rien. Il découvre la Môme Crevette, vedette du Moulin Rouge, dans son lit.

Zabou Breitman met en scène ce Feydeau en ajoutant à la folie de l'auteur son propre délire avec quelques idées de scénographie jouant sur l'anachronisme et les mises en abîmes. Cette touche personnelle déborde un peu trop sur la seconde partie qui frôle le n'importe quoi. Si l'on osait des comparaisons hasardeuses, on dirait qu'elle sert moins bien qu'Isabelle Nanty (Hôtel du Libre Echange) le génie e Feydeau, qui crée toujours quelques instants de lassitude avec ses portes qui claquent, ses maitresses dans le placard et ses éternels recommencements. 

On prend tout de même beaucoup de plaisir à voir les personnages se débattre dans cet embroglio.

Micha Lescot, définitivement génial, et Lea Drucker, irrésistible, sont hilarants. Le reste de la troupe, ils sont 16 sur scène, Eric Prat et Anne Rotger en tête, suit le rythme avec bonheur.

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12 juillet 2019 5 12 /07 /juillet /2019 20:23

Au début du XIXe siècle, Kean, un comédien vénéré par le tout Londres, se perd dans les personnages Shakespearien qu'il interprète et dans celui qu'il s'est lui-même créé.

Alain Sachs met en scène la pièce d'Alexandre Dumas, revisitée par Jean-Paul Sartre. Sur la petite scène du théâtre de l'oeuvre, la scénographie minimaliste agit parfaitement. La troupe parvient sans ridicule à donner du mouvement à chaque déplacement sans impression de contrainte. Alexis Desseaux interprète avec précision le panache, la folie et la lassitude de Kean. Les comédiens qui l'accompagnent sont tous très justes.

A voir jusqu'au 27 juillet.

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29 juin 2019 6 29 /06 /juin /2019 21:02

Quand Monsieur Fraize entre en scène ce  n'est pas pour son plaisir. C'est son travail. Car le travail est important pour M.Fraize, tout comme le fait de ne pas perdre son temps. 

Marc Fraize nous invite à passer 1h20 avec ce personnage enfantin et obsessionnel aux centres d'intérêt peu palpitants. Tout repose dans ce spectacle, comme pour tout bon spectacle comique, sur le rythme auquel tombent les punch lines. Sauf qu'ici, volontairement, la lenteur et le vide règnent. Marc Fraize joue avec l'absurde, qu'il habille de silence, d'expression du corps et d’onomatopée. On pense à Coluche ("c'est l'histoire d'un mec") et à Albert Dupontel (dans ses premiers sketchs). Le procédé séduit rapidement mais s’essouffle un peu, par la redite d'un même procédé qui mériterait de se renouveler au cours du spectacle.

M. Fraize n'en demeure pas moins une curiosité dans l'univers quelque peu formaté des comiques français.

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20 juin 2019 4 20 /06 /juin /2019 20:54

Marcelle Paillardin, délaissée par son mari,se laisse convaincre par Pinglet, malheureux en mariage, de le rejoindre dans un hôtel borgne où la discrétion n'est malheureusement pas de mise.

Le vaudeville n'autorise aucunement l'à peu près, ni dans la mise en scène,  ni dans l'interprétation, et la qualité d'écriture de Feydeau ne suffirait pas à effacer la moindre fausse note.

Isabelle Nanty et Christian Lacroix, respectivement metteuse en scène et scénographe, offrent un très bel écrin à la troupe de la Comédie-Française. Florence Viala, Anne Kessler, Michel Vuillermoz, Jérôme Poulin, Christian Hecq... maîtrisent à la perfection cette mécanique de précision. Dans la façon de faire entendre le texte tout d'abord et dans la façon de se mouvoir. Comme des pantins désarticuler leurs corps font éclater le rire et la qualité de leur interprétation présente sous son meilleur jour la rigueur de l'écriture.

Les stradivarius de la Comédie Française sont capables de tout jouer et d'extraire la quintessence de chaque partition.

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6 mai 2019 1 06 /05 /mai /2019 09:33

Ingmar Bergman fait son entrée au répertoire avec « Fanny et Alexandre » qui fut sa dernière réalisation au cinéma. En partie autobiographique, cette histoire raconte la famille Ekdhal, propriétaire d’un théâtre dirigé par Oscar et son épouse Emilie. La famille, oncles, tantes, Héléna, la grand-mère, mémoire vivante du théâtre, vit heureuse dans une ambiance joviale et fantasque. Un enchantement pour les enfants, Fanny et Alexandre. Ce bonheur prend fin avec la mort d’Oscar et le remariage d’Emilie avec Edvard un évêque rigoriste.

 

Mise en scène par Julie Deliquet, qui a déjà présenté un magnifique Oncle Vania en 2016, la pièce convoque pas moins de 19 comédiens de la troupe. Elsa Lepoivre, Denis Podalydès, Dominique Blanc, Didier Hancisse, Hervé Pierre, Laurent Stocker, Véronique Vella, Anne Kessler, Florence Viala, Cécile Brune, Julie Sicard, Gilles David, Noem Morgensztern, Anna Cervinka, Rebecca Marder, Gaël Kaminlindi, Jean Chevalier, Noémie Pasteger et Léa Schweitzer. Tous parfaits.

 

La metteuse en scène adapte ici à la fois les versions télévisée, cinématographique et littéraire de l'oeuvre de Bergman. Elle a pioché dans chacune de ces versions les textes, dialogues et scènes pour confectionner son adaptation théâtrale. 

 

Avec ce magnifique hommage au théâtre du maître suédois, Julie Deliquet joue avec délectation avec la fiction et la réalité. Le spectateur, à plusieurs reprises, ne sait plus très bien si ce sont les comédiens de la Comédie Française qui parlent ou leur personnage. Ainsi, Denis Podalydes en ouverture de la première partie, Elsa Lepoivre, en ouverture de la seconde partie et Hervé Pierre pour la conclusion, viennent à l'avant scène s'adresser au public, qui pourrait être celui de la Comédie Française mais plus certainement celui du théâtre Ekdhal. La mise en abîme est parfaite.

 

La première partie est très drôle. La gaieté est de mise dés la scène d'entrée où la famille et la troupe fêtent Noël. Les comédiens virevoltent, ça joue vite et bien, les déplacements sont fluides, tout est millimétré jusqu'à la moindre petite expression du comédien en fond de scène et tout est d'une grande évidence, naturel. Autre moment magnifique à la fois hilarant et poignant celui où Denis Podalydes répète Hamlet. Mais, aussi, lorsque Dominique Blanc joue un extrait de "La Maison de poupées" de Ibsen. 

La seconde partie plus sombre ne manque néanmoins pas d'humour mais il prend, ici, le visage de l'insolence d'Alexandre face au terrifiant Edvard. Les comédiens sont moins nombreux, la mise en scène change radicalement. Tout se resserre, l'oppression règne. Le contraste fonctionne parfaitement avec une scénographie qui touche juste.

 

Dans la mise en scène, on admire aussi les transitions dont celle inattendue et simple qui clôt la première partie et lance l'entracte, par le simple tomber d'un rideau noir et les cris de douleur d'Emilie. Ou encore dans la seconde partie, lorsque nous passons du presbytère effrayant à la douce maison familiale des Ekdhal par un léger changement de décor.

 

Ce "Fanny et Alexandre" est une démonstration supplémentaire de l’exceptionnelle qualité de la troupe de la Comédie Française et de ses choix artistiques. 

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4 mai 2019 6 04 /05 /mai /2019 12:30

Dans une robe digne de Blanche Neige, elle entre en scène et se plante derrière le micro. Tout comme dans son précédent spectacle, Blanche Gardin conservera cette position, car Blanche est là pour parler, pas pour chanter, pas pour danser, mais pour parler, en vrac, sans détour et presque sans pirouette de sa vision de l'écologie qui dans son cas est surtout de l' "egologie", du féminisme, du mouvement me too et de la difficulté d'être un homme (ou pas) de nos jours, des sourds-muets et des aveugles, des hôpitaux,  des referendums populaires et de la bêtise qui prend la  parole, comme sur les réseaux sociaux et de sa proposition de fermer Twitter après minuit comme on ferme les bistrots, s'insurgeant aussi que tout le monde puisse donner son avis sur tout, nous signifiant "Je vous interdis formellement de me mettre une note."

Blanche poursuit ainsi, après "Blanche parle toute seule", son monologue de quadragénaire cruelle avec elle-même et un peu avec les autres, obnubilée par le sexe, au corps qui grince un peu, agacée et dépassée par son époque et ses concitoyens. Le tout avec une autodérision vacharde, multipliant les provocations et une verdeur qui, chez tout autre humoriste, briserait instantanément le rire et qui ici l'intensifie.

 

 

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27 avril 2019 6 27 /04 /avril /2019 21:42

Pauline Bayle adapte et met en scène à la Comédie Française le livre de Leila Slimani. Cette histoire d'infanticide est surtout le portrait d'une femme simple, toute en souffrances tues, plongée dans un mode de vie plus enviable que le sien tant matériel qu’émotionnel. Une confrontation qui souligne férocement la médiocrité de sa condition, les humiliations quotidiennes, la déception que lui procure sa fille et l'envie, mêlée à un certain dégoût, que cette nouvelle vie parallèle jamais ne cesse ou disparaisse avec elle.

Pauline Bayle fait le pari de condenser en 1h20 l'histoire complexe de Louise. Sur la petite scène du Studio-Théâtre de la Comédie Française, le décor est des plus minimalistes. Il s'agit de l'appartement des parents, un canapé, deux tables, trois chaises. On retrouvera parfois Louise dans son studio matérialisé dans un coin de l'avant scène. Anna Cervinka et Sébastien Pouderoux, interprètent tout à la fois le rôle des parents et celui des enfants. Cette convention, astucieusement mise en place dès la première scène, fonctionne parfaitement. 

Le récit, fidèle au livre, présente sur la dernière partie quelques raccourcis un peu trop rapides pour construire réellement le cheminement des personnages. Cette faiblesse de l'adaptation est remarquablement compensée par Florence Viala tout simplement magistrale. Son interprétation de Louise porte la puissance des descriptions et des mots du livre de Leila Slimani qui expliquent à petits pas et tout en suggestions les origines du drame.

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20 avril 2019 6 20 /04 /avril /2019 23:48

Passionnante, immersive, haletante, la pièce de Pommerat nous plonge dans les événements qui ont menés à la mise en place de la démocratie en France et, notamment, à la création de l'Assemblée Nationale. Des débats entre le Tiers-Etat, la noblesse et le roi, des trahisons dans chaque camps, des hésitations intimes de chacun, la pièce met en exergue toutes les difficultés et contradictions qui jalonnent sans cesse la recherche d'équité, et prend en ces temps où les gilets jaunes revendiquent tout et son contraire, un écho plus particulier encore.

Sur scène, dans un décor de murs noir béton qui montent jusque dans les cintres, habillé de mobiliers noirs et parcouru par des comédiens en costume cravate sombres, aucune couleur ne vient troubler l'austérité de la création dans le chaos. 

La troupe, d'une qualité exceptionnelle, de près de trente comédiens dont quatorze portent le texte et les autres animent l'Assemblée, jouent sur scène et dans la salle. L’événement envahie le théâtre tout entier. Le mouvement perpétuel est la clé scénographique majeure. L'immersion du spectateur est immédiate.

Ainsi, les débats ne s'effectuent jamais à voix posée et de façon statique. Les comédiens, mêlés au public ou déjà sur scène, viennent et repartent sans cesse, se battent pour avoir le micro, s'allient, se défont. Le son lui aussi envahit tout l'espace et s’impose au spectateur. Il mêle à la voix des comédiens, des cris et des chants de foules, les explosions des combats mais aussi des chansons plus contemporaines.

Au bout de 4h10 à ce rythme effréné, la pièce laisse le spectateur exsangue mais ravie d'avoir pu participer à ce moment de pur magie théâtrale.

 

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19 avril 2019 5 19 /04 /avril /2019 23:17

Macha Makeieff met en scène la féroce pièce de Molière. La réputation de misogynie de Jean Baptiste Poquelin est de plus en plus souvent remise en cause par le regard des metteurs en scène contemporains. Sans faire de cette pièce une oeuvre féministe, Macha Makeieff met en évidence les qualités et travers de chaque personnage sans distinction de sexe. Pédant, vaniteux et manipulateur, elle donne à son Trissotin les allures d'un gourou, à ses femmes savantes les aspaects d'adoratrices hystériques et à Henriette, la liberté d'une femme moderne et indépendante.

En transposant cette histoire dans une époque contemporaine, la metteuse en scène se donne toute liberté et nous propose une version totalement délirante. Décors,  costumes, scénographie, accompagnement musicale et sonore, tout participe à souligner les effets comiques du texte de Molière. La mise en scène,  parsemée de détails hilarants, est précise et relevée. 

Les comédiens dont Vincent Wintherhalter, Marie-Armelle Deguy (aux faux airs de Claude Gensac dans son délire ) et Geoffroy Rondeau pour ne citer qu'eux, sont excellents .

Un régal de 2h15 à  voir jusqu'au 10 mai.

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7 avril 2019 7 07 /04 /avril /2019 12:20

Dans une salle d'attente, une jeune femme, tendance cleptomane, est aspirée par un tableau, portrait d'un militaire, dans une série d'aventures au fil du temps.

Ce spectacle écrit et conçu par Victoria Thierrée Chaplin offre de beaux numéros de magie, de jeux et de danse, dans une scénographie mixant simplicité et burlesque. Aurélia Thierrée, accompagnée de Jaime Martinez et de trois comparses-assistants, est parfaite.

L' accompagnement musical, plutôt décevant, perturbe la plongée dans une ambiance féerique ou poétique. Aussi, on perd rapidement le fil d'un récit qui semble secondaire et avant tout au service des numéros. Les numéros primant sur l'histoire celle-ci est particulièrement de guingois. On percevait déjà cette "difficulté" à tisser totalement un récit dans "Murmures des murs" et c'est ici encore plus évident.

On pourrait se contenter d'admirer la succession de tableaux, mais le semblant de récit qui est proposé au démarrage perturbe quelque peu la lecture du spectacle.

A voir jusqu'au 12 mai.

 

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23 mars 2019 6 23 /03 /mars /2019 12:56

On connaît le goût de Sébastien Thierry pour l’absurde et le surréalisme, ainsi que sa férocité pour l’homme contemporain bourgeois, lache et à l’occasion raciste.

L’idée de base de la pièce, tous les malheurs petits ou grands que subit une femme de ménage agissent simultanément sur sa patronne, nous semblait pleine de promesses.

Et la toute première partie de mise en place, sans créer l’hilarité  déclenche quelques sourires. Puis, très vite, on perçoit que l’outrance sera de mise. Outrance dans le récit qui déploie le n’importe quoi, outrance dans le jeu des comédiens.

Cerise sur le fiasco, l’interpretation de Dany Boon et de Valérie Bonneton, en tout cas ce jeudi soir, laisse aussi à désirer. 

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20 mars 2019 3 20 /03 /mars /2019 23:00

Bien que déjà vu en février 2018 au théâtre 13, cette représentation de Raoul ravit toujours autant et procure les mêmes sensations et le même enthousiasme : 

Dans les spectacles de James Thierrée (la veillée des abysses, au revoir parapluie, la grenouille avait raison...), les personnages se débattent contre les éléments déchaînés, des animaux étranges, les objets du quotidien facétieux. Thierrée nous emporte dans des univers oniriques, mêlant rêve et cauchemar, drame et comédie, habillés de décors grandioses où cohabitent les étoffes les plus souples et le métal le plus rigide. Le tout dans une richesse créative rare.

Raoul n'échappe pas à la règle avec pour particularité de ne mettre en scène qu'un seul personnage interprété par James Thierrée. Dans ce spectacle, créé en 2009, Raoul vit seul dans une cabane perdue sur une sorte de banquise, ou tout au moins un monde hostile. Dans sa solitude, il se bat contre un dédoublement de personnalité, un étrange bestiaire, sa maison et les objets qui s'y trouvent. Seule la musique lui apporte le repos jusqu'à ce qu'à son tour elle n'en fasse plus qu'à sa tête. Tout s'écroule autour de lui, le laissant prisonnier et totalement dépourvu sur cette terre hostile jusqu'à ce qu'il décide de quitter enfin l'apesanteur de ce monde.

James Thierrée fait ici la part belle à la danse. La beauté de ses chorégraphies se marient parfaitement avec son univers où cohabitent prestigiditation, acrobatie et mime Jamais, son travail  ne nous aura autant renvoyé à celui de son grand-père, Charlie Chaplin. L'immense richesse créative du spectacle impressionne également particulièrement. Combien d'idées géniales, drôles, émouvantes, surprenantes habitent ce spectacle ? Elles se succèdent  à un rythme soutenu. Et quand Raoul prend enfin son envol, le public célébre le génie qui s'est déployé sous ses yeux pendant plus d'une heure trente.

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16 mars 2019 6 16 /03 /mars /2019 12:08

Le débat d'entre deux tours des élections présidentielles de 1988 réinterprété par Jacques Weber et François Morel.

On avait oublié, qu'à cette époque, les politiciens en débat savaient s'écouter sans trop s'interrompre. On réentend les petites phrases vachardes entrées dans l'histoire. On est surpris de certains arguments de Jacques Chirac. On sourit jaune à leur position face au Front National ou à leurs souhaits de rassembler...

Jacques Weber est parfait en Mitterrand paternaliste dominant et faisant sans cesse la leçon à François Morel en Jacques Chirac qui contrôle ses emportements bien difficilement.

Un duel délectable.

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8 mars 2019 5 08 /03 /mars /2019 00:31

Dans un HLM de Saint-Etienne vivent Enée, Rock, Anissa, Céleste, Bakou puis Grinch et Mourad qui semblent revenir de loin. Tous unis par des liens différents, mais qui ont en commun cette fatalité d'être nés dans le camp des perdants. Un jour, alors que l'immeuble est l'épicentre d'un tremblement de terre, Rock annonce être atteint d'un cancer.

Fabrice Melquiot nous propose une fable sur des exclus qui subissent en silence et sans faire de vague même quand tout semble s'effondrer. 

La première heure et demie est réussie. Les dialogues simples mêlent langage urbain et poésie du quotidien, drame et humour, dont celui du désespoir.

La scénographie, au procédé déjà vu mais particulièrement bien utilisé ici, est très plaisante. L'immeuble, un bloc de béton, occupe toute la scène, tournant sur lui même et présentant les différents lieux de vie, dont la cage d'escalier.

 Dans sa dernière partie, la pièce se disloque, multipliant, dans une frénésie un peu ridicule, les références aux minorités de tous bords, avançant un message mystique qui apporterait réconfort à ces mal lotis. La pièce perd son regard tendre, abandonne son dessin d'un malheur quotidien pour se parer de références et de dialogues qui se voudraient sans doute profonds mais qui ne décollent pas. En s'étirant en longueur, la pièce s'enlise dans une certaine naïveté, porteuse de maladresses qui peuvent s’avérer gênantes. 

Pourtant, on tient sans trop de lassitude pendant 2h45 happés par l’interprétation d'une qualité exceptionnelle. A commencer par celle de Maurin Oles, dans le premier rôle du fils, puis Philippe Torreton, le père et Rachida Brakni, la femme aimée, qui incarnent avec la force qu'on leur connait. Dans le rôle du copain de toujours, Vincent Garanger, amuse et émeut en un même instant. A leur côté Frédérico Semedo, Bénédicte Memba, Riad Gahmi et dans un rôle plus ingrat, Nathalie Matter existent pleinement. Une très belle troupe.

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1 mars 2019 5 01 /03 /mars /2019 23:12

Bien qu'elle n'ait pas eu besoin de l'affaire Weinstein pour revendiquer son féminisme, Sophia Aram consacre son 4ième spectacle aux femmes, aux tabous et oppressions plus ou moins violents qu'elles subissent.

Sur ce sujet plus politiquement correct que les sujets abordés dans ses trois précédents spectacles qui étaient bien couillus (expression qui ne lui ira sans doute pas du tout), Sophia Aram prend le risque de perdre de sa singularité. 

Et effectivement, la férocité qui fait sa marque de fabrique manque de réel appuie sur ce sujet souvent abordé par les humoristes. Ses angles d'attaques surprennent peu. Bien sûr, on retrouve une plume, une qualité d'interprétation ; les personnages qu'elle dessine sont toujours plus vrais que nature, sa tante Fatiha, une instit' très pédagogue, une prof d'argot, une ado qui a peur que les hommes deviennent des femmes... Mais, au final, A nos amours, où l'on rit souvent et qui interpelle aussi, souffre de la comparaison avec ses précédents spectacles aux sujets plus inédits et au traitement plus original. La verve et le talent de Sophia Aram s'y exprimaient de façon bien plus percutante. 

Lire les critiques des précédents spectacles :

Du plomb dans la tête (2008)

Crise de foi (2012)

Le fond de l'air Effraie (2015)

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21 février 2019 4 21 /02 /février /2019 17:05

Daniel Auteuil interprète et met en scène le Malade Imaginaire dans une version que l'on imagine assez proche de ce qu'en faisait Molière. L'affliction, la manipulation et le romantisme se côtoient, tous trois baignés, dans le grotesque et la farce.

Totalement, perdu et manipulé, trop bon et trop crédule pour être maître de son propre jugement, le Argan d'Auteuil est, dans ses colères, ses émerveillements, ses inquiétudes et sa naïveté, proche de l'enfance. L'acteur s'en donne à cœur joie. Sans jamais tomber dans le sur-jeu, son interprétation est parfaitement dosée.  

Il s'est entouré de comédiens qu'il sert merveilleusement, sans les écraser. De la toute jeune interprète de Louison à Alain Doutey en passant par Aurore Auteuil, qui est parfaite en poil à gratter d'Argan, chaque comédien existe pleinement.

Ils évoluent dans les beaux et signifiants décors de Jean-Paul Chambaz et les costumes de Charlotte Betaillole. La mise en scène de Daniel Auteuil, par contraste avec l'énergie donnée aux déplacements de son entourage, souligne l'enfermement d'Argan. Et résume en deux scènes, celle sensible d'entrée et celle carnavalesque de l'épilogue, la tonalité de la pièce, à la fois burlesque et touchante. 

 

 

 

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