Il y a 50 ans, disparaissait Andrée Turcy, chanteuse réaliste qui connu un succès certain dans le premier tiers du XXe siècle. De l'Eldorado de Paris au Casino d'Alger en passant par l'Alcazar de Marseille, la pièce retrace le parcours de cette artiste de caractère qui eut une troupe à son nom qu'elle emmena en tournée. Elle dirigea le Casino d'Alger et fit également quelques apparitions dans les films de Pagnol.
La pièce met en scène la chanteuse interviewée par un journaliste de La Provence. Procédé qui permet de retracer sa vie et sa carrière et de faire entendre ses plus grands succès. Des photos et une vidéo de l'époque sont également projetées.
Guillemette Lefevre qui interprète Andrée Turcy est une chanteuse et une comédienne excellente. La qualité de ses interprétations dans ces deux "fonctions" sont bluffantes. On finit presque par oublier qu'elle n'est pas vraiment Andrée Turcy. A ses côtés, Jean-Christophe Born, auteur et metteur en scène de la pièce, est également excellent dans le rôle du journaliste groupie, à la fois enthousiaste, ému et intimidé.
Pour son troisième spectacle, Alex Lutz rend hommage à Gérard, son père, et décrit l´homme qu´il a été au fil des époques : l´après-guerre, les 30 glorieuses, mai 68... Il fait intervenir ses amis Jean-Luc et Marie-France, dans des incarnations d´une vérité confondante dont il est devenu maître. Le comédien alterne ainsi portrait du père, souvenirs de famille, réflexions sur la transmission, sur l´évolution des modes de vie et des générations.
Accompagné du guitariste Vincent Blanchard (compositeur des musiques de ses spectacles et de ses films) et de Nilo et Saint Trop´, ses chevaux, Alex Lutz, avec fluidité, jongle avec les moments d´émotion et les nombreux éclats de rire. D´une durée d´1h45, le spectacle est d´une grande densité, les idées drôles ou émouvantes se succèdent à un rythme soutenu. La scénographie très belle - efficacité des lumières, ingéniosité du décor - se fond parfaitement dans l´ecrin de choix qu´est le Cirque d´Hiver.
Un beau spectacle, d'une grande maîtrise, impeccablement interprété.
La pièce débute avec la voix de Christophe Honoré qui raconte sa découverte et sa fascination immédiate, à 20 ans, dans les années 90, pour la chorégraphie Jours étranges de Dominique Bagouet. Un artiste qu´il ne connait pas mais dont il présage qu´il est mort du Sida comme "tous les artistes dont je tombais amoureux". La musique When the music´s over des Doors résonne alors et les comédiens en scène reproduisent la chorégraphie.
Dans un beau décor de hangar en forme de rotonde qui s'ouvre de chaque côté sur un couloir de métro, Christophe Honoré convoque six de ces idoles, l´écrivain Hervé Guibert, les auteurs Bernard-Marie Koltes et Jean-Luc Lagarce, les réalisateurs Cyril Collard et Jacques Demy, et le critique de cinéma Serge Daney, et imagine leur rencontre quelque part dans l´au de-là. Ils parlent du Sida, de la découverte de leur infection, de leurs rapports à la maladie, des autres malades, de la mort mais aussi d'amour, de sexe et de leur soif de vie dans des opinions divergentes, des échanges vifs, souvent drôles et irrévérencieux.
La pièce est bien sûr aussi politique et évoque le mauvais traitement des malades pestiférés, rend hommage aux mobilisations dès les années 80, d'Elisabeth Taylor et de Line Renaud et interroge avec un ton faussement rigolard sur le pouvoir du SIDA contre le racisme et l'antisémitisme. Ainsi, Jean-Luc Lagarce (Julien Honoré) s'inquiète : "les homosexuels qui ne sont pas morts du SIDA sont ils tous devenus comme Renaud Camus ?".
L´émotion s´invite aussi dans des monologues tels celui de Marina Fois qui dans le rôle d'Herve Guibert dit le texte où il décrivit l'agonie de Michel Foucault ou lorsque Serge Daney incarné par Jean-Charles Clicher) rappelle la fin horrible de Rock Hudson, la première célébrité américaine morte du Sida en 1985. Amusement mais émotion encore quand Cyril Collard, interprété par Harrison Arevalo, se met en scène recevant son César à la Cérémonie à laquelle il n'a pu assister pour cause de décès trois jours auparavant.
La pièce marque aussi par sa joyeuse loufoquerie, telle l'incarnation par Marlène Saldana, de Jacques Demy, nue sous un manteau de fourrure (référence à Dominique Sanda dans Une chambre en ville) qui revendique le droit à la discrétion quant à sa vie privée, mais se lance dans une version débridée de la chorégraphie de la Chanson d'un jour d'été des Demoiselles de Rochefort.
Bernard-Marie Koltes, révolté et résolu dans la mort, est interprété par Paul Kircher qui clame sa passion pour New-York et John Travolta dont il adopte la démarche et la séduction provocante dans une scène drôle et sexy.
La pièce de plus de 2 heures est d'une grande richesse aux multiples références. Sa capacité à mêler témoignages, revendications, émotions et rire fait sa force. Ses comédiens sont tous exceptionnels, ne laissant aucun doute sur leur incarnation même les plus inattendues.
La nouvelle création d'Amos Gitai débute par la diffusion d'un long extrait de son film Tsili projeté sur un écran immense. L'histoire d'une enfant juive qui survit seule. Puis, l'écran se soulève et des vêtements tombent violemment des cintres et s'écrasent sur la scène, symbole souvent utilisé pour évoquer les millions de juifs morts dans les camps d'extermination.
Ainsi, c'est bien de la persécution des juifs qu'il sera question ici. Tout d'abord en s'inspirant d'un conte pour enfants d'Isaav Bashevid Singer et du Golem, monstre d'argile de la mythologie juive : Au XVIe siècle, à Prague, où les protestants règnent, un juif est accusé à tort d'avoir assassiné une petite fille. Le rabbin Leib, qui défend la communauté juive constamment persécutée, créé un Golem pour qu'il retrouve cette petite fille. Dans le conte le rabbin perd le contrôle du Golem mais Amos Gitai stoppe le conte avant.
En revanche, il le complète et l'illustre avec des textes sur la langue yiddish (les discours que Bashevid Singer prononça lorsqu'il reçu le Prix Nobel de littérature) comme un hommage à une langue d'une grande richesse pour décrire les affres de la vie mais qui n'a que peu de mot pour dire les armes et la guerre. D'autres textes décrivent avec force détails des pogroms (Juifs en errance de Joseph Roth, Le baiser et La Croix de Lamef Shapiro...).
Les scènes réservées au conte jouent sur le décalage, Micha Lescot interprétant avec drôlerie le juge antisémite du tribunal. Les sequences d´hommage au yiddish, dont des chants, sont poétiques. A l'inverse, la partie sur les pogroms est d'une grande violence tant dans la forme que dans le contenu cru des textes décrivant les massacres. A ce moment là, les comédiens se transforment en Golem, représentant sans doute tous les appels à l'aide du peuple juif massacré. Cette partie du spectacle est assez pénible. Les textes peut-être parce qu'ils sont dits en plusieurs langues successives ne portent pas d'émotion, ne brandissant que l´extrême violence qu'ils portent.
Le spectacle est constamment accompagné de moment musicaux, qui interviennent comme des respirations. Les trois chanteuses et le chanteur sont remarquables, tout comme les comédiens dont Micha Lescot et Irène Jacob. Sur la scène au sol, un arbre, un piano, un violoniste et un joueur de santour et de synthès. Suspendus au dessus de la scène des devantures de maisons et en fond un écran, des éléments sur lesquels seront projetées pendant les deux heures des lumières et des vidéos live de la pièce.
Le tout est interprété en 8 langues différentes, sous titrées en français et en anglais.
Bref, le spectacle est d'une grande richesse et veut embrasser un sujet d'une immense et d'une grande complexité.
Dans une scène finale les comédiens se présentent, ou se situent, dans une volonté de donner à la pièce une projection universelle. Si on ne doute pas un seul instant de sa sincérité, cette scène se présente comme une conclusion un peu artificielle face à tout ce qui a été déployé auparavant sur l'antisémitisme séculaire.
A voir au théâtre de la Colline jusqu'au 3 avril 2025.
Il y a 2 ans à peine, Emma et Jerry mettaient fin à leur liaison adultère. Alors qu'ils se retrouvent, Emma apprend à Jerry, qu'elle vient d'avouer à Robert, son mari, qu'elle l'a trompé avec Jerry, son meilleur ami, pendant 7 ans. Mais, le lendemain, Robert affirme à Jerry qu'Emma le lui a dit il y a 4 ans.
Tout dans cette adaptation de la pièce d' Harold Pinter sonne juste. Les comédiens en premier lieu. Swann Arlaud, si impressionnant au cinéma s'avère tout autant marquant sur scène. Très élégant, son jeu d'une grande sobriété impose, dès son entrée en scène, son personnage. A ses côtés, Marc Arnaud, tout en tension retenue, et Marie Kaufmann, énigmatique et fragile, sont épatants.
La mise en scène de Tatiana Vialle chorégraphie précisément les déplacements et la présence des comédiens, appuyant l'humeur et l'ambiguïté du moment. La scène presque nue, habillée de 2-3 chaises et de paravents de néons, comme pour montrer tout ce qu'il faut cacher, gagne en profondeur par des projections vidéos qui plantent le décor. La musique lancinante qui revient en boucle pendant toute la pièce est également excellente.
Enfin, la mise à nu, progressive par flash back, de cet énigmatique trio, signée Pinter, fonctionne encore parfaitement.