SansCrierArt : Aperçu critique de l'actualité culturelle. Comptes-rendus d'expositions, de pièces de théâtre, de films et de tous autres évènements culturels.

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15 février 2019 5 15 /02 /février /2019 23:58

Aux Etats-Unis dans les années 50, deux bras cassés tentent de s'emparer d'un diamant  précieusement gardé dans une banque.

Que cette pièce ait reçu le Molière de la meilleure pièce comique en 2018, est-il un indicateur de la pauvreté de la création des théâtres ou du piètre jugement des votants ?

L'ensemble repose sur un comique de situation à base de gags plus éculés les uns que les autres et, de plus étirés, jusqu'à la corde.
Le mauvais goût fait régulièrement sont apparition et les dialogues sont d'une pauvreté abyssale. 

Les comédiens sont parfaits et l'intervention à quelques occasions de trois musiciens live nous tire un peu de notre ennui. 
Lorsque soudainement une scène originale, inventive et drôle intervient, elle souligne encore plus la faiblesse du reste du spectacle.

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3 février 2019 7 03 /02 /février /2019 11:00

Yolande Moreau et Christian Olivier rendent hommage à Jacques Prévert, poète et dialoguiste.

La comédienne et le chanteur sont accompagnés par Serge Begout, à la guitare, Pierre Payan aux clavier, cuivres, scie musicale et Scott Taylor à l'accordéon aux cuivres et percussions.

Poèmes, chansons, aphorismes, Christian Olivier et Yolande Moreau les jouent et les chantent, seul ou ensemble. Le choix des textes varié rend justice à l'étendue des préoccupations de Prévert, thèmes graves ou légers, de la guerre, l'injustice faite aux petits, aux ridicules de l'homme et à l'amour. La gravité et l'humour se succèdent et se côtoient  dans une très belle scénographie en sépia et noir et blanc, jouant avec les ombres sur les rideaux d'arrière scène derrière lesquels passent parfois les musiciens.

Un très beau spectacle à voir jusqu'au 10 février

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12 janvier 2019 6 12 /01 /janvier /2019 10:03

Pour sa réouverture et sous l'impulsion de son nouveau directeur, Jean-Luc Choplin, le théâtre Marigny présente une très belle et fidèle adaptation du film Peau d'ane de Jacques Demy.

Dans un impressionnant décor de forêt tout en hauteur, agrémenté de miroirs judicieusement positionnés pour accentuer la féerie et, plus prosaïquement, la profondeur de la scène, une vingtaine de comédiens-chanteurs interprètent le conte de Perrault sous la forme décalée imaginée par Demy. Si certaines scènes sont raccourcies, l'ensemble reste très fidèle à l'original. Les anachronismes, repris même différemment, sont bien présents jouant un effet comique efficace. Les costumes sont majestueux (à l'exception incompréhensible, de la robe couleurs du temps),  les décors qui se déploient tous dans la forêt sont simples, parfois très surprenants et parfaits pour un conte. Le metteur en scène a fait le choix discutable d'utiliser un rideau en avant scène qui, lors d'apartes, isole les comédiens du décor en place ; certaines scènes se jouant même en partie derrière le rideau ; l'effet crée plus de frustration que d'intérêt. Les mouvements de scène sont judicieusement intégrés à l'histoire.

Les interprètes, dont la troupe, sont parfaits à commencer par Marie Oppert (Peau d'ane) voix cristalline et interprètation juste, Olivier Fredj (le prince) voix douce et enthousiasme adolescent communicatif, Emma Kate Nelson (la fée des lilas), accent américain et fantaisie subtilement dosée, parfaite pour qu'aucune insurmontable comparaison avec la divine Delphine Seyrig ne soit tentée. Seules les interventions de Claire Chazal, heureusement très courtes, déçoivent. Que fait-elle là et pourquoi le fait-elle si mal ?

Et puis, il y a les chansons de Demy et la musique de Michel Legrand qui a repris subtilement sa partition et y a ajouté quelques parties pour habiller la pièce. A la fois un orchestre de 7 musiciens et une bande son font résonner le talent de Legrand. Car si dans cette version de Peau d'ane l'enchantement agit instantanément, la part prise par la musique et la qualité de ses arrangements y sont essentiels. 

Une réussite inattendue à voir jusqu'au 17 février 2019

Peau d'ane au théâtre Marigny
Peau d'ane au théâtre Marigny
Peau d'ane au théâtre Marigny
Peau d'ane au théâtre Marigny
Peau d'ane au théâtre Marigny
Peau d'ane au théâtre Marigny
Peau d'ane au théâtre Marigny
Peau d'ane au théâtre Marigny
Peau d'ane au théâtre Marigny
Peau d'ane au théâtre Marigny
Peau d'ane au théâtre Marigny
Peau d'ane au théâtre Marigny
Peau d'ane au théâtre Marigny
Peau d'ane au théâtre Marigny
Peau d'ane au théâtre Marigny
Peau d'ane au théâtre Marigny
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22 décembre 2018 6 22 /12 /décembre /2018 20:49

"Le Bon Dieu a appelé Saint-Pierre. Il lui a dit : Saint-Pierre, je m'ennuie. Convoquez moi Devos!"

François Morel introduit son nouveau spectacle, avec un sketch écris à la façon de Devos, drôle, poétique et absurde. Un premier hommage dans ce spectacle qui en est un tout entier à un artiste unique et immense.

François Morel, accompagné par Antoine Salher, l'incontournable compagnon musicien et complice dans le jeu, reprend plusieurs sketchs dont Lettre anonyme, Sens dessus dessous, Les choses qui disparaissent, Faites l'amour, pas la guerre, Mon chien c'est quelqu'un, Parler pour ne rien dire, Minorités agissantes, Les chansons que je ne chante pas, Le clou, Sens interdit, Je zappe.... et je hais les haies transformé en sorte d'hymne du spectacle. 

Si on retrouve les accents de Devos dans le sketch d'introduction, le seul qui n'est pas de lui, François Morel offre son interprétation propre, plus grimaçant qu'à l'habitude, plus clownesque, mais bien là avec ses intonations, sa gestuelle, sa poésie dans l'habillage et l’enchaînement des textes. Jamais le jeu de l'imitation n'apparaît. Raymond Devos marque uniquement sa présence par trois extraits d'une interview donnée à Jacques Chancel pour Radioscopie.

Sur scène, un piano à queue, un piano droit à l'occasion mécanique, une marionette, la musique d'Antoine Salher et le génie de François Morel qui sert avec émotion celui de Devos.

A voir jusqu'au 6 janvier au théâtre du Rond Point.

 

 

 

 

 

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19 décembre 2018 3 19 /12 /décembre /2018 23:09

Camille donnait ce soir le premier de ses deux concerts qui clôturent la tournée Oui.

Rien qu'en voix et tambour, comme un retour aux sources. Sur scène,  Camille, un tambour, ou plutôt LE tambour de la tournée, et Clément Ducol, percussionniste et human beat box.

La mise en scène organique trouve en ce théâtre des Bouffes du Nord un écrin parfait.

Une version épurée qui l'est jusque dans sa durée (1h15). Les titres de l'album sont tous interprétés. Ils sont accompagnés par trois ou quatre anciens titres dont Ma douleur, Tout dit et une très belle reprise de Cara a la pared de Lhasa.

Ce concert que Camille qualifie de "petit spectacle" l'est peut-être par sa durée mais est grand par le talent déployé.

Dernier soir ce jeudi 20 décembre.

Lire l'article sur le concert à la Cigale du 8 juin 2017

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1 décembre 2018 6 01 /12 /décembre /2018 20:43

Origines, la 44e création  de la troupe Alexis Gruss, célèbre 250 ans de cirque équestre, de Philip Astley, créateur de la discipline, jusqu'à nos jours.
Voltiges, acrobaties, équilibres, pièces comiques, ballets aériens, quadrille, jongleries, carrousel… en 29 scènes, convoquant de nombreuses disciplines, cette création réunit les chevaux de la cavalerie Alexis Gruss, 15 artistes, un orchestre de dix musiciens et une narratrice-chanteuse

Les chevaux sont magnifiques et tous les tableaux qui les mettent en scène avec leurs cavaliers captivent. Le tableau de la poste où 17 chevaux se rejoignent sur la piste, qui semble tout à coup bien petite, est particulièrement marquant. Les numéros au sol et sans chevaux sont moins impressionnants mais l'enthousiasme des artistes l'emporte. On remarque particulièrement la beauté des numéros du danseur de cordes Geoffrey Berhault et des voltigeurs Svetlana et Firmin Gruss. La famille, fils et petits-fils, Gruss fait le job sous le regard du patriarche Alexis, maître du dressage.
Seul bémol à cet enthousiasmant spectacle, la teinte "Disney" donnée aux interventions de la narratrice et chanteuse, trop présente, qui semble totalement incongrue et ringardise un peu ce spectacle de cirque à l'ancienne qui, lui, ne se démode pas.
 
Origines se joue au cirque Alexis Gruss (Paris 16e) jusqu'au 3 mars et se poursuivra en tournée dans les Zénith de France. 

Origines par le Cirque Alexis Gruss
Origines par le Cirque Alexis Gruss
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8 novembre 2018 4 08 /11 /novembre /2018 16:49

Laurent Spielvogel reprend, au théâtre de l'Archipel, "Les Bijoux de famille", son spectacle créé en 2015.

Le comédien raconte son enfance et ses débuts d'apprenti comédien à travers les personnages, inconnus ou célèbres, qui ont jalonné sa vie : ses parents bien sûr, sa grand-mère, un rabbin, un prof de théâtre, une femme de ménage, une concierge, un petit ami volage, un vieux homo réglo,...

Laurent Spielvogel n'est jamais aussi bon que lorsqu'il joue les autres. A commencer par Marlène Dietrich en entrée de spectacle ou Barbara troublant de ressemblance mais aussi les inconnus comme ce vieux dragueur au phrasé particulier ou une attachée de presse féroce.

Ce récit drôle et touchant est mis en scène de façon simpliste, sans invention. Laurent Spielvogel qui joue tous les personnages, jusqu'à trois simultanément, n'en a que plus de mérite.

A voir le 10 novembre, les 5, 6, 7 et 8 décembre.

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18 septembre 2018 2 18 /09 /septembre /2018 21:17
photo_misery_sancrierart

Paul, écrivain célèbre, se réveille dans un lit la jambe cassée et l'épaule démise. Anny lui apprend qu'il a eu un accident de voiture et qu'elle l'a recueillie en attendant que la tempête cesse.

Le roman de Stephen King, déjà adapté au cinéma par Rob Reiner, est ici proposé dans une version théâtrale traduite par Viktor Lazzlo.

Ce huis clos offre à Francis Lombrail et Myriam Boyer un bel affrontement. Ils sont tous deux parfaits même si c'est Myriam Boyer qui attire toute notre attention. Leur duo fonctionne parfaitement peut-être même un peu trop bien. Car l'angoisse ne s'installe jamais vraiment. Paul ne semble pas réellement terrifié par Anny qui dans la très belle interprétation de Myriam Boyer déploie trop d'humanité pour effrayer vraiment. Mais, cela semble être un parti pris, assumé par la traduction qui laisse place à l'humour et par  la mise en scène qui a choisi un décor ouvert, grande fenêtre, mur du fond en plexiglass, ne créant pas de sensation d'enfermement. 

A voir au théâtre Hébertot du mardi au samedi à 21h et en matinée le samedi à 16h30 et le dimanche à 15h.

 

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17 septembre 2018 1 17 /09 /septembre /2018 17:35

 

Berry_Darmon_Desagnat_sanscrierart

Les trois théâtres associés présentaient ce lundi les pièces programmées pour cette nouvelle saison. Un mélange de créations d'auteurs contemporains et de classiques donnant une légère impression d'éclectisme bien que la programmation, accès de façon évidente sur le grand public , mise beaucoup sur les têtes d'affiche.

 

Plusieurs comédiens, metteurs en scène et auteurs avaient fait le déplacement pour présenter leur pièce.

 

C'est Isabelle Le Nouvel et Jean-Louis Benoit qui ont ouvert cette soirée en présentant la pièce Skorpios qu'ils ont respectivement écrite et mise en scène. La rencontre de Churchill et de Garbo sur le yacht de Onassis y est contée à travers des échanges totalement inventés par l'auteur. La rencontre d'un vieil homme enfantin et d'une étoile inaccessible. Si on ne peut présager de la qualité du texte, on ne peut douter de celle de l'interprétation : Niels Arestrup et Ludmila Mikael sont sur la scène des Bouffes parisiens dès cette semaine.

 

Gérard Darmon, Pascale Louange, Vincent Desagnat ont fait part de leur enthousiasme de jouer L'ordre des choses, une création de Marc Fayet mise en scène par Richard Berry. Bernard 60 ans voit débarquer, entre lui et sa jeune épouse, Thomas qui assure preuve à l'appui, être le fils de Bernard qui se croyait pourtant stérile. Une comédie qu'on espère être aussi drôle que la prestation de Darmon ce soir. A la Michodière à partir du 25 septembre.

 

Patrick Chesnais était lui aussi en pleine forme. Venu avec ses camarades de jeu, Nathalie Roussel, Fanny Valette et Emilie Chesnais, il a présenté son nouveau personnage d'Edouard, un professeur d'histoire qui perd peu à peu la mémoire. Tu te souviendras de moi est une pièce de François Archambault, un auteur québécois dont les comédiens ont vanté l'humour et la qualité d'écriture (adaptée tout de même par Philippe Caroit). Au théâtre de Paris depuis le 5 septembre.

 

Michel Fau, l'amoureux des gueules, des personnages fantasques et de la Langue, met en scène et interprète Fric Frac la pièce d'Edouard Bourdet adaptée au cinéma avec Michel Simon, Arletty et Fernandel. L'histoire de Loulou qui cherche par tous les moyens de l'argent pour son homme. Coup de chance, Marcel employé dans une bijouterie est fou amoureux d'elle. Régis Laspalès et Emiline Bayart accompagnaient leur metteur en scène qui a voulu que sa scénographie soit aussi colorée et barrée que la gouaille de ses personnages et le cubisme de l'époque. Dans le rôle de Loulou, Julie Depardieu est sur la scène du théâtre de Paris depuis le 11 septembre.

 

Daniel Auteuil, excusé pour cause de tournage, n'a pas pu présenter Le Malade imaginaire qu'il va interpréter et mettre en scène en janvier au théâtre de Paris.

 

Nicolas Briançon, comédien et metteur en scène, reprend Le Canard à L'orange comédie de William Douglas Home, déjà adaptée par Jean Poiret. Pour jouer son épouse il a choisi Anne Charrier et François Vincentelli dans le rôle de l'amant piégé. La pièce ayant déjà fait ses preuves quant à son potentiel comique et Briançon n'étant pas le plus mauvais des metteurs en scène, il ne manque plus qu'une interprétation de qualité pour faire de cette proposition une réussite. Au théâtre de la Michodière à partir de janvier 2019.

 

Claudia Stavisky, directrice du théâtre des Célestins de Lyon, est venue seule présenter Rabbit Hole qui se joue actuellement dans son théâtre et qui sera reprise aux Bouffes Parisiens en janvier 2019. Interprétée par Julie Gayet, Patrick Catalifo et Lolita Chammah, entre autres, la pièce raconte la vie de Becky qui a perdu dans un accident de la circulation son fils huit mois plus tôt. Cette pièce de David Lindsay-Abaire a reçu le Prix Pulitzer en 2007 et a été adaptée au cinéma en 2010. 

 

A la surprise générale..., Fabrice Lucchini et Al Paccino n'avaient pas fait le déplacement. Sans regret car les deux spectacles sont déjà complets, l'un aux Bouffes Parisiens, l'autre au Théâtre de Paris.

Bon spectacle à tous !

La saison 2017/2018 aux théâtres de Paris, de la Michodière et des Bouffes Parisiens
La saison 2017/2018 aux théâtres de Paris, de la Michodière et des Bouffes Parisiens
La saison 2017/2018 aux théâtres de Paris, de la Michodière et des Bouffes Parisiens
La saison 2017/2018 aux théâtres de Paris, de la Michodière et des Bouffes Parisiens
La saison 2017/2018 aux théâtres de Paris, de la Michodière et des Bouffes Parisiens
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15 septembre 2018 6 15 /09 /septembre /2018 15:37
le_cv_de_dieu_sanscrierart

Dieu a achevé ses grands travaux : ciel, terre, animaux et hommes. Il s'ennuie depuis des lustres, déprime et décide de descendre sur terre pour postuler à un nouveau poste.

En 1995,  Jean-Paul Fournier, dans son roman éponyme, place Dieu dans la posture du candidat ayant à commenter son CV face à un directeur des ressources humaines. La situation est propice aux calembours, aux mises en abîmes et à l'absurde sans toutefois proposer un vrai lynchage de l'Etre suprême. C'est, malgré quelques facilités, souvent drôle.

Didier Bénureau, excellent, interprète le DRH, qui oscille entre admiration pour la beauté du travail effectué et hargne quant aux conséquences qui en découlent.

Jean-François Balmer campe Dieu. Etait-ce un mauvais soir ? Ce vendredi, il semblait bien hésitant dans son rôle et, de plus, peu caler avec son partenaire. 

Était-ce dû à la toute nouvelle reprise de la pièce (le 2e soir à la Pépinière mais déjà jouée à Avignon cet été) ? A une mise en scène peu inventive ? A un costume encombrant ?

Bref, comme le talent de comédien de Balmer ne peut raisonnablement pas être mis en doute, on jugera que ce soir n'était pas le meilleur. 

Et, donc, que lorsque les deux comédiens sont au diapason, ce CV de Dieu offre sans doute un très bon moment de pur divertissement.

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8 juin 2018 5 08 /06 /juin /2018 22:57
affiche adieu monsieur haffmann sanscrierart

En 1942, alors que le port de l'étoile vient d'être décrété, Joseph Haffmann propose à Pierre Vigneau, son employé, de lui confier sa bijouterie tandis que lui restera caché dans la cave. Pierre pose une condition.

 

La condition en question, bien que saugrenue, n'est pas nouvelle. Ce genre d'arrangement a déjà été posé dans d'autres fictions.

 

On peut même penser que la pièce aurait gagné en profondeur si l'auteur n'avait pas choisi ce stratagème pour déstabiliser son personnage de Pierre. Le dilemme eut été plus intéressant et universel s'il avait été posé sans cette contrainte.

 

La pièce n'en est pour autant pas désagréable. Elle est servie par une écriture précise des dialogues, de très bons comédiens et une mise en scène remarquable de sobriété.

 

C'est en découvrant la dernière partie, très réussie, de la pièce qu'on comprend que la première partie n'est là que pour la servir. Cette scène finale de dîner est particulièrement glaçante, entre rire et effroi. Charlotte Matzneff y est, à la fois, irrésistible de drôlerie et terrifiante.

 

La pièce a été récompensée par quatre Molières : pièce du théâtre public, révélation féminine, comédien dans un second rôle et auteur francophone vivant.

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4 mai 2018 5 04 /05 /mai /2018 21:09

Aux Etats-Unis, Mark, Chéryl, sa femme et Nadine, sa maîtresse, racontent l'impact que la guerre en Afghanistan a eu sur leur vie.

Les personnages s'expriment en trois monologues simultanés, s'interpellant rarement, chacun racontant sa version de l'histoire.

Mark pleure son dégoût d'avoir tué et plus encore d'avoir aimé ça, sa honte d'être devenu un alcoolique violent et l’ambiguïté d'être considéré comme un héros parce qu'il s'est comporté comme un salaud.

Chéryl, enceinte, mère d'un petit garçon, issue d'une certaine bourgeoisie coincée, battue par son mari, crie son désespoir et son dégoût d'avoir gâché sa vie en épousant cet homme violent, machiste et fier de sa guerre.

Nadine, femme affranchie, mal mariée, qui a un certain goût pour la violence clame son amour pour cet homme, sa compréhension pour ce qu'il a vécu et l'engagement qu'il y a mis et sa propre détresse face à la brutalité du monde.

Emily Mann, auteur de la pièce, dresse à travers ces trois personnages, un portrait désenchanté d'une génération américaine. Ecrite en 1981, la pièce parlait du Vietnam. En l'adaptant de nos jours, elle souligne qu'avec l'Afghanistan l'Histoire ne fait que se répéter. Les trois interprètes, Antoine Courtray, Manon Clavel et Ambre Piétri sont excellents avec une mention spéciale pour les filles, 

 

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2 mai 2018 3 02 /05 /mai /2018 22:30

Alors que les Twin Towers viennent de tomber, un jeune homme marié a échappé à la mort car il a préféré retrouver sa maîtresse plutôt que d'aller travailler. Ce coup du destin, entrouvre pour le couple la possibilité de jouer les disparus et de fuir vivre une nouvelle vie.

La pièce installe dès le départ des rapports conflictuels et violents entre le couple. Elle, plus âgée, instaure une domination professionnelle, morale et intellectuelle et lui une domination physique. A aucun moment, on imagine que ce couple pourrait tout plaquer pour vivre ensemble. Le niveau de tension reste peu ou prou toujours le même niveau ne créant aucune surprise. Et il n'est jamais vraiment question du contexte politique et apocalyptique. L'intérêt pour le propos s'étiole rapidement.

Reste la performance des deux comédiens Marie-Christine Letort et Xavier Galais particulièrement impressionnant.

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22 avril 2018 7 22 /04 /avril /2018 02:38

Henri et Tobias se retrouvent dans l'appartement familial pour s'accorder sur une affaire de succession. Ils attendent Carl leur frère en retard une fois de plus. Très vite, le ton entre les deux hommes s'envenime entre provocations et non dits.

La pièce écrite par Charif Ghattas offre de belles réparties à ses comédiens sur laquelle elle repose beaucoup. Si elle intrigue dès le départ, elle déçoit un peu dans son switch final. Mais la qualité de jeu de ses interprètes, Thibault de Montalembert et Francis Lombrail, séduit totalement. Ils sont tous les deux parfaits d'intensité.

À voir du 19 au 29 avril.

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21 avril 2018 6 21 /04 /avril /2018 01:58

À la fin du 19e siècle, en Russie, Natalia Petrovna trompe l'ennui avec Rakitine son ami, confident et amoureux platonique, tandis que son mari gère le domaine. L'arrivée récente du jeune précepteur de son fils vient troubler Natalia qui voit en sa jeune pupille, Vera, une rivale. Entre euphorie amoureuse, dépression, raison et déraison, Natalia va voir vaciller son petit monde.

Cette pièce, écrite par Tourgueniev en 1869, mélange l'esprit mélancolique et désabusé slave et une ambiance proche du vaudeville, à la fois drôle et désespérée. 

La mise en scène sobre d'Alain Françon présente un décor épuré et une très belle lumière qui fait de chaque scène un tableau. Sa direction d'acteurs surprend. Le docteur semble sorti  d'un Pagnol, Natalia à  des vapeurs à la Sara Bernhard, le prétendant de Véra semble un personnage de Molière. Le génie de Micha Lescot et la grâce d'Anouk Grinberg fonctionnent merveilleusement. India Hair, que l'on découvre ici pour la première fois au théâtre après nous avoir bluffé au cinema, est parfaite en jeune fille qui perd cruellement sa candeur. Dans un rôle malheureusement très secondaire, le plaisir de retrouver Laurence Côte agit aussi. Un très beau moment.

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17 avril 2018 2 17 /04 /avril /2018 15:15

Raphael Personnaz dit les mots écrits par Antoine Leiris à la mort de son épouse le 13 novembre 2015 dans l'attentat du Bataclan.

Dans une mise en scène, sobre et délicate, composée de chaises éparpillées, de quelques phrases projetées, d'interludes offerts en respiration par une pianiste discrète, Raphaël Personnaz impressionne par sa capacité à restituer le livre d'Antoine Leiris, son désespoir, sa colère et sa force, sans jamais sembler jouer. La sobriété de son interprétation et la beauté du texte d'Antoine Leiris saisissent puissamment.

Benjamin Guillard signe l'adaptation et la mise en scène, Antoine Salher la musique.

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2 avril 2018 1 02 /04 /avril /2018 19:57

En Tchécoslovaquie, après la chute du mur, Véra dirige avec succès, d'une main de fer et sans état d'âme, une agence d'acteurs. Quand des anglais achètent son entreprise,  elle garde son poste de directrice jusqu'au jour où le nouveau propriétaire la licencie.

Petr Zelenka dessine, à travers le portrait de Vera, une critique du capitalisme et de son inhumanité qui semble bien naïve. Mais, il est difficile d'apprécier réellement le niveau de qualité du texte et du récit tant la mise en scène étouffe tout.

Élise Vigier et Martial di Fonzo Bo  semblent avoir voulu présenter un catalogue de tous les procédés de mise en scène à la mode : vidéo enregistrée ou live, cameramen sur scène, voile en 4e mur, vues sur les machines et les coulisses... On ne sait trop où poser le regard ou fixer son attention, tout se brouille. Ce trop- plein, qui tourne sur le cœur, ne dit rien. A cela s'ajoute un mélange de tonalités dont on ne perçoit pas la maîtrise et qui n'installe pas de vrai parti-pris. On oscille entre la satire, le burlesque, le boulevard, le drame, le pamphlet.

Sans la présence de Karine Viard qui joue sur tous les registres avec une vérité touchante, cette version de Véra nous aurait définitivement achevés.

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2 mars 2018 5 02 /03 /mars /2018 22:57

Patrick Timsit adapte au théâtre le livre d'Albert Cohen. Seul en scène, il dit les mots de l'auteur et incarne son deuil.

Timsit est un grand acteur, tellement grand qu'on peut le regarder incarner un auteur et un texte que l'on trouve tous les deux déplaisants et le trouver toujours grand comédien. Car dans ce texte, Albert Cohen est de ces hommes, imbus d'eux mêmes, qui lorsqu'ils rendent hommage à leur mère, ne parlent que d'eux, rapportent tout à eux. Il décrit son chagrin, son sentiment d'abandon, la perte non pas d'un être cher mais de l'amour inconditionnel qu'on lui portait. Les mots qu'utilisent Cohen pour nommer sa mère semblent bien petits, étriqués et écrasés par le "je" de l'auteur. Et ce "moi, moi, moi" qui nie la personnalité même de cette femme réduite à la fonction exclusive de mère devient vite insupportable.

Pour la mise en scène, l'usage de la vidéo tellement présente au théâtre désormais qu'on en finit presque par s'étonner quand elle nous fait grâce de son absence, est ici inutile et hors propos. Les interludes musicaux sont aussi incongrus. Si les chansons sont belles et ont un propos plus ou moins proches avec le sujet elles n'apportent rien. On pourra même trouver d'assez mauvais goût l'utilisation du "petit train" des Rita Mitsouko en illustration du chagrin que Cohen, alors adulte et résident Suisse, avait à voir sa mère repartir pour Marseille.

Demeure le talent de Patrick Timsit que l'égocentrisme de l'auteur et le mauvais goût du metteur en scène ne peuvent atteindre.

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22 février 2018 4 22 /02 /février /2018 22:23

De nos jours, Gabriel Orsini est un peintre reconnu en manque d'inspiration. A l'occasion de ses 60 ans, il reçoit son agent et son  fils dans le loft atelier dont il vient d'hériter.

Les déplacements nombreux et chorégraphiés des acteurs, l'imposant et assez beau décor sur deux étages, en mouvement permanent, semblent tendre vers un seul et même objectif : combler le vide laissé par la pièce, au texte faiblard et à l'intrigue digne d'une piètre série télé.

Didier Bourdon offre quelques bons moments mais il ne peut pas faire grand chose avec ce qu'on lui donne à jouer.

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17 février 2018 6 17 /02 /février /2018 17:42

Dans les spectacles de James Thierrée (la veillée des abysses, au revoir parapluie, la grenouille avait raison...), les personnages se débattent contre les éléments déchaînés, des animaux étranges, les objets du quotidien facétieux. Thierree nous emporte dans des univers oniriques, mêlant rêve et cauchemar, drame et comédie, habillés de décors grandioses où cohabitent les étoffes les plus souples et le métal le plus rigide. Le tout dans une richesse créative rare.

Raoul n'échappe pas à la règle avec pour particularité de ne mettre en scène qu'un seul personnage interprété par James Thierrée. Dans ce spectacle, créé en 2009, Raoul vit seul dans une cabane perdue sur une sorte de banquise, ou tout au moins un monde hostile. Dans sa solitude, il se bat contre un dédoublement de personnalité, un étrange bestiaire, sa maison et les objets qui s'y trouvent. Seule la musique lui apporte le repos jusqu'à ce qu'à son tour elle n'en fasse plus qu'à sa tête. Tout s'écroule autour de lui, le laissant prisonnier et totalement dépourvu sur cette terre hostile jusqu'à ce qu'il décide de quitter enfin l'apesanteur de ce monde.

James Thierrée fait ici la part belle à la danse. La beauté de ses chorégraphies se marient parfaitement avec son univers où cohabitent prestigiditation, acrobatie et mime Jamais, son travail  ne nous aura autant renvoyé à celui de son grand-père, Charlie Chaplin. L'immense richesse créative du spectacle impressionne également particulièrement. Combien d'idées géniales, drôles, émouvantes, surprenantes habitent ce spectacle ? Elles se succèdent  à un rythme soutenu. Et quand Raoul prend enfin son envol, le public se lève comme un seul homme pour célébrer le génie qui s'est déployé sous ses yeux pendant plus d'une heure trente.

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5 février 2018 1 05 /02 /février /2018 22:40

À l’occasion du 10e anniversaire de la disparition de Maurice Béjart, le Béjart Ballet Lausanne (qui fête également son 30e anniversaire) présente la chorégraphie du maître sur La Flûte Enchantée de Mozart.

La compagnie s'installe au Palais des Congrès pour cinq représentations du 7 au 11 février.

 

Ce ballet, créé en mars 1981, met en scène 44 danseurs qui évoluent sur la version musicale du Philarmonie de Berlin, dirigé par Karl Bohm en 1964.

 

Maurice Béjart disait "La Flûte enchantée est une féerie qui nous emporte dans la poésie pure de l’enfance ou du génie, ensuite, et surtout, un rituel précis, rigoureux, inspiré".

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31 janvier 2018 3 31 /01 /janvier /2018 20:18

Dans un immeuble en cours de démolition, une jeune femme est vivement priée de quitter son appartement. Quand elle tente de faire ses cartons, les choses lui résistent.

 

Tout au long du spectacle, on suit l'héroïne (Aurélie Thierrée) en prise, de façon plus ou moins consentante, avec l'esprit et l'histoire des lieux, l'âme des objets et la puissance de  son imagination. Ici, tout est fantasmagorie. Acrobatie, jeux de marionnette, magie, danse... les disciplines se mélangent dans un ensemble qui sert parfaitement la poésie de Victoria Thierrée-Chaplin. Aurélie Thierrée et ses deux acolytes impressionnent par leur virtuosité.

 

Du duo que forment Jean-Baptiste et Victoria (le Cirque invisible), à Aurélie, en passant par James (peut-être le plus impressionnant des quatre), la famille Thierrée est définitivement Reine de l'enchantement.

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19 janvier 2018 5 19 /01 /janvier /2018 22:16
Famille Flöz sanscrierart.com

Un hôtel 4 étoiles dirigé par une vieille dame et ses enfants voient défiler les clients et les turpitudes.

La pièce que nous propose cette famille Flöz, venue de Berlin, s'avère étonnante. L'histoire se joue sans la moindre parole, les acteurs portent des masques aux visages semblant issus d'une bande dessinée, les gags ne sont pas particulièrement originaux. Mais le plus surprenant est sans doute le plaisir que l'on prend à voir se jouer cette histoire à la fois burlesque et poétique. 

Car c'est un travail d'orfèvre qui se présente sur scène. La forte personnalité du décor - la porte tambour en parait même vivante - marque d'emblée, avant même l'entrée des comédiens, le ton du spectacle. La précision des déplacements et la gestuelle des comédiens s'avèrent plus éloquents que n'importe quel dialogue, dont d'ailleurs on oublie très vite l'absence. Même les visages figés des masques changent d'expression quand il le faut grâce au jeu de lumière. Le récit est parfaitement mené, avec fluidité, sans temps mort ni longueur, adoptant un rythme soutenu, sans précipitation. 

Cette audacieuse proposition artistique nous kidnappe pendant près d'1h15.

famille flöz2 sans crierart.com

A voir à Bobino jusqu'au 14 février

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17 décembre 2017 7 17 /12 /décembre /2017 15:58
Emmanuelle Devos dans Bella Figura de Yasmina Reza

Boris et sa maîtresse Andréa se disputent sur le parking d'un restaurant. Boris a eu la mauvaise idée de dire à Andréa que le restaurant lui a été conseillé par sa femme.

Yasmina Reza confronte ses personnages à des situations dans lesquelles s'expriment leur mesquinerie, prétention, lâcheté, petites et grandes faiblesses. Emmanuelle Devos est parfaite dans son rôle de fille fragile, maladroitement sexy, Micha Lescot est comme toujours impressionnant et Josiane Stoleru, dans le rôle le plus fort, touche juste. Quelques bonnes répliques et situations marquent mais le propos semble moins percutant que dans d'autres œuvres de l'auteur. Il faut dire que la mise en scène trop démonstrative prend toute la place laissant peu d'espace à la délicatesse d'un théâtre de suggestion. Si la distribution (dont Camille Japy et Louis-Do de Lencquesaing) n'était pas de cette qualité, la lourdeur de la mise en scène dévasterait tout.

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10 décembre 2017 7 10 /12 /décembre /2017 22:35

Maternité, religion, boboïtude, attentats, féminisme... les sujets abordés par Camille Chamoux ne sont pas d'une grande originalité. Cette comédienne parisienne qui a successivement vécu deux traumatismes : avoir un enfant et habiter dans le 11e arrondissement lors des attentats, commente sa vie.

Et c'est là que le talent et l'intelligence, qui vont souvent de pairs, font mouche. Qualité de l'écriture, originalité de l'angle, finesse de l'interprétation... on rit beaucoup et de bon cœur sur des sujets vus et revus et dont l’intemporalité nous condamne à recroiser pendant encore très longtemps.

On l'avait remarquer dans son deuxième spectacle,Née sous Giscard. Avec son Esprit de contradiction Camille Chamoux confirme et affine encore son écriture et son jeu.

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