"Matérialité de l'Invisible" au 104

« Matérialité de l’Invisible » présente des œuvres réalisées par Agapanthe (Konné & Mulliez), Hicham Berrada, Ali Cherri, Miranda Creswell, Johann Le Guillerm, Nathalie Joffre, Anish Kapoor, Julie Ramage, Ronny Trocker. Cette exposition parle d’origine, d’évolution, d’histoire et de mémoire.

A la sortie de l'exposition, c'est le film "Estate" de Ronny Trocker qui marque notre mémoire. Il s'inspire d'une photo de Juan Medina prise en Espagne en 2006.

Sur une plage de méditerranée, alors que les vacanciers sont sur le sable, un homme noir épuisé traverse péniblement la plage. Tout semble figé, le temps suspendu à ces mannequins de cire immobiles et voyeurs. Troublant.

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Asphalte de Samuel Benchetrit

Dans une banlieue HLM, trois êtres perdus rencontrent trois solitudes pour quelques jours ou pour la vie.

Asphalte parle de chutes, de solitudes, de solidarité et du vivre ensemble au-delà des à-priori Il nous conte les rencontres d'une actrice déchue et d'un ado abandonné, d'une infirmière de nuit et d'un égoïste soudainement paraplégique, d'une maman Kabyle et d'un astronaute Américain tombé par erreur du ciel. Samuel Benchetrit fait la part belle au silence et au plan séquence. Sa distribution est impeccable. Son film improbable est drôle, tendre et mélancolique.

Une jolie surprise.

Date de sortie en salle : 7 octobre 2015

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Mia Madre de Nanni Moretti

Margherita tourne, avec un célèbre acteur américain, un film mettant en scène des ouvriers luttant pour la survie de leur usine et de leurs emplois. Quand elle apprend, accompagnée de son frère, que sa mère, hospitalisée pour un cœur très fatigué, va bientôt mourir, elle refuse de comprendre.

A la sortie du film ce sont les visages des comédiens qui marquent nos esprits. Ils sont tous excellents, dans des partitions très différentes : Margherita Buy parfaite en réalisatrice et femme paumée, Giulia Lazzarini magnifque dans le rôle de Ada la madre qui se perd et part tout doucement, Nanni Moretti tout en sobriété en frère parfait en toutes occasions et John Turturro, drôle et presque inquiétant en acteur Américain borderline. Mia Madre questionne la création, sa force, son ridicule et l'égoïsme de l'artiste, le vivre ensemble et la perte d'un être cher. Margherita (l'alter ego de Nanni Moretti, autobiographe revendiqué) navigue comme une nauvragée entre son tournage au comédien ingérable, et l'hôpital où sa mère s'affaiblit de plus en plus, et ouvre peu à peu les yeux sur ses faiblesses. Le film se déroule avec une telle évidence, une telle fluidité qu'il donne l'impression que son sujet, multiple et complexe, est d'une grande simplicité. En des plans simples, Moretti crée l'émotion et dit beaucoup comme dans ce plan fixe sur Livia où, alors que le téléphone vient de sonner, elle entend les paroles de son père et comprend, comme le spectateur, que sa grand-mère vient de mourir.

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Ni le ciel ni la terre de Clément Cogitore

En Afghanistan, une section française en mission de surveillance voit deux de ses hommes disparaître mystérieusement.

Clément Cogitore nous propose un film de guerre original car navigant entre ésotérique et fantastique. On est happé par les scènes de nuit filmées en infrarouge et par l'interprétation intense de Jérémie Reignier. Le scénario intrigue mais peine à se développer réellement et finit par décevoir un peu. On garde quand même le souvenir d'un film qui nous sort des sentiers battus. Ce qui, pour une première oeuvre, est courageux.

Date de sortie en salle : 30 septembre 2015

Date de sortie en DVD : 3 février 2016

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Voyage au bout de la Nuit - Les Possédés

Seul sur la scène de la grande salle du théâtre de la Bastille, Rodolphe Dana se glisse dans la peau de Ferdinand Bardamu et nous emmène dans la campagne française pendant la guerre de 14, en Afrique Equatoriale, à New-York et Détroit, avant de terminer l'aventure par son retour à Paris.

Sur le plateau, entouré des hauts murs noirs du théâtre, six tables de métal, seules, qui, sur leurs pieds, couchées ou debout bien droites, accompagnées par la lumière diffuse ou clinquante des projecteurs, dessinent le décor de ces trois voyages. Le comédien joue pleinement les scènes, marchant au pas, rampant, se déshabillant sous la chaleur tropicale, découvrant tête levée la ville verticale, se démenant dans les ateliers de l'usine Ford, s'accoudant aux bars, louchant sur les filles. Adoptant la gouaille du héros de Céline, ses enthousiasmes de courte durée et sa misanthropie, Rodolphe Dana capte d'emblée notre attention et nous emporte dans ce voyage initiatique pendant 1h40 de théâtre de grande qualité.

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