theatre - danse

Johanna Boyer adapte et met en scène le conte d'Andersen. Gerda et Kay sont liés par une amitié indéfectible jusqu'au jour où des trolls, pour se venger des hommes qui massacrent leur forêt, lancent un sort à Kay. Le jeune garçon devient froid, obsédé par les énigmes et les mathématiques et disparaît. Gerda part à sa recherche.

On est loin du dessin animé de Disney mais bien plus proche du conte d'origine même si Johanna Boyé et Elisabeth Ventura se sont aussi inspirées du Songe d'une nuit d'été de Shakespeare, de Sorcières de Mona Chollet ou Femmes qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola Estes. On s'étonne du titre donné au conte, car la vraie héroïne dans cette histoire parsemée de femmes fortes, est Gerda qui au nom de l'amitié prend tous les risques et ose.

La mise en scène de Johanna Boyé et la scénographie de Caroline Mexme offrent de superbes tableaux parfois fait de rien, d'autres fois visuellement impressionnant, où souvent les astuces de la magie font tout leur effet. La nature à travers la neige, la glace, la forêt, les aurores boréales  s'exprime en grand. Le son tient aussi un rôle important, crissement de la glace, bruit du vent, chants. Les costumes sont également très beaux, très bien vus notamment ceux des animaux qui apparaissent dans toute leur évidence avec peu d'éléments.

Les six comédiens - Danièle Lebrun, Suliane Brahim, Claina Clavaron, Léa Lopez, Sefa Yeboah, Dominique Parent - sont tous excellents, chacun interprétant avec facétie plusieurs rôles.

Les situations et les dialogues sont souvent très drôles et font rire les petits comme les grands.

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Créé à Broadway en 1957, sur un livret d'Arthur Laurents, des paroles de Stephen Sondheim, mis en musique par Léonard Bernstein et chorégraphié par Jérôme Robbins, West Side Story revient en France dans une nouvelle mise en scène de Lonnie Price.

Dès l'ouverture, la puissance de la chorégraphie originelle saisie. Sur la musique très expressive, la tension est plantée. Les danseurs en nombre impressionnent. Un décor central tournant, nous mène chez Maria, à la boutique d'Anita, chez Doc. Autour la rue, lieu des affrontements. 

Les danseurs, chanteurs et interprètes en imposent dans la maîtrise de ces trois disciplines simultanées. Jadon Webster séduit particulièrement dans le rôle de Tony. La maîtrise faite de puissance et de délicatesse de ses interprétations de Something's coming, Maria et dans ses duos, One hand, One Heart, Tonight, Somewhere, avec Mélanie Sierra, elle aussi impressionnante dans le rôle de Maria, marquent particulièrement.

La qualité de l'orchestre et la précision de métronome entre ce dernier et le jeu des comédiens-chanteurs en scène est remarquable.

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Vers 1900, à Soho, mendiants, truands, prostituées et policiers jouent au chat et à la souris, s'exploitent et se trahissent.

Thomas Ostermeier revient à la Comédie- Française avec cette mise en scène du célèbre  (que l'on pourra aussi juger surestimé) opéra-cabaret écrit et composé par Berthold Brecht, Emmanuelle Hauptmann et Kurt Weill. L'oeuvre bénéficie d'une nouvelle traduction d'Alexandre Plateau, que les connaisseurs saluent pour son efficacité et d'une orchestration revisitée par Maxime Pascal.

Sur scène, une partie du nec plus ultra de la troupe de la Comédie Française, Christian Hecq, Véronique Vella, Stéphane Varupenne, Elsa Lepoivre (dans un petit rôle), accompagnés par la relève Birane Ba, Marie Oppert et Claina Clavaron. Dans la fosse, Maxime Pascal et une dizaine de musiciens de l'orchestre Le Balcon.

La scène quasi nue, grande ouverte, accueille une passerelle-escaliers et 3 écrans, rectangle, carré et triangle, sur lesquels sont projetées des images anciennes où les gris, noirs et rouges dominent rappelant sans doute l'époque de création de la pièce (1928).

Si l'histoire dont aucun des personnages n'est sauvable, demeure peu passionnante, les dialogues souvent piquants et drôles sont particulièrement bien servis par la qualité des interprétes qui s'en donnent à coeur joie, avec en tête le trio Christian Hecq, Véronique Vella et Stéphane Varupenne survoltés. A cela s'ajoute les qualités vocales de Claina Caron et Marie Oppert. Et si on note quelques longueurs, dont une scène de mariage avec entartrages interminable, l'ennui ne se fait pas sentir pendant les 2h30 de représentation. L'imparable charme de la troupe de la Comédie Française opère cette fois encore.

A voir sur Arte.tv la captation d'une des premières représentations au Festival d'Aix en Provence avec Benjamin Lavernhe dans le rôle du chef de la police.

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Fabrice Luchini consacre ce nouveau spectacle à Victor Hugo, grand homme s'il en est, immense écrivain, poète, homme politique et militant du XIXe siècle. 

Le spectacle se concentre sur ses 20 années d'exil à Bruxelles, Jersey et Guernesey et sur le drame de sa vie qu'est la mort de sa fille Léopoldine.

L'acteur lit des textes et poèmes de ces deux périodes, racontant précisément grâce aux écrits de Juliette Drouet la découverte par Hugo de la mort de Léopoldine, apportant un peu de légèreté par la lecture d'un extrait du livre des tables qui  décrit une des séances de spiritisme réalisée par Hugo, appuyant son admiration pour l'écrivain par l'éloge écrit par Charles Baudelaire et clôturant son spectacle par le texte qui semble à lui seul avoir justifié cette création, Booz endormi, considéré comme écrit par un Hugo touché par la grâce par Charles Péguy, l'auteur fétiche de Fabrice Luchini.

Tout cela en 1h20 pendant laquelle le comédien n'a de cesse de se réfréner tant les tentations d'ouvrir d'autres chapitres ou d'apporter plus de précisions sont nombreuses. Fabrice Luchini promet à plusieurs reprises d'en parler dans un autre spectacle. Rendez-vous est pris.

 

PS : ce soir du 1er novembre, le public (200 personnes) accueillit le comédien entrant en scène par un "Joyeux anniversaire" repris en choeur. L'acteur, pourtant facétieux, se trouva bien embarrassé car devant enchaîner par le récit de la mort de Léopoldine. Légèrement déconcentré, il refit son entrée, constata, sans doute soulagé, la grande qualité d'écoute du public et lui promit de conserver cet événement incongru comme anecdote pour un prochain spectacle.

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Sophia Aram revient avec un spectacle qui reprend une partie des indignations qu'ont portées ses chroniques hebdomadaires sur France Inter ses 4 dernières années. Depuis son dernier spectacle en 2019, les Gilets jaunes, Hanouna, les antivax, le complotisme, LFI, Zemmour, le wokisme... se sont surdéployés et ont fait naître des revendications que l'ont pourra juger au mieux ridicules au pire effrayantes. L'artiste analyse aussi ce qui l'éloigne désormais d'une partie des politiques qui se revendiquent de gauche, lançant entre autres "Le moment de mon basculement a peut être été lorsque j'ai entendu qu'on pouvait être de gauche et s'abstenir de voter au second tour contre Le Pen"

Sophia Aram et son co-auteur Benoit Cambillard ont composé leur spectacle en une succession de trois types de séquence. Le premier prend la forme d'un billet d'humeur sur un des travers de notre époque, s'en suit l'incarnation de ce travers par un personnage fantasque dont Lauren wokiste à la voix stridente qui envoie au public  des "coeurs sur vous et vagin avec les mains". Dans un troisième format, "à la Bedos", smartphone dans les mains, l'artiste lit un fil actu édifiant qu'elle ponctue de punchline. Elle évoque également les menaces et réactions violentes qu'elle subit suite à ses chroniques. Et sa fidèle tante Fatiha rappelle le temps où, dans les quartiers, la mixité se vivait en harmonie, dans l'acceptation des différences.

Bien que dans la veine de Le fond de l'air effraie, son spectacle de 2015, Le Monde d'après. donne plus de place à l'humour. Ainsi tout en affirmant son style très politique, au premier degré assumé, le spectacle trouve un équilibre plus harmonieux avec le rire. 

Lire les posts sur les autres spectacles de Sophia Aram :

2008 -  Du plomb dans la tête

2012 - Crise de Foi

2015 - Le fond de l'air effraie

2019 - A nos amours

 

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