theatre - danse

Tous les lundis et mercredis soirs, Édouard Baer investit la scène du théâtre de la Porte Saint-Martin dans les décors très 80's de la pièce qu'interprète Chantal Ladesou les autres soirs.

C'est donc dans un écrin très kitch, qui sied parfaitement à son grain de folie, que le comédien-auteur-metteur en scène convie une ribambelle d'artistes aux talents divers et majoritairement loufoques. Le casting changeant semble t-il tous les soirs, ce mercredi 9 février, ce sont plusieurs comédiens dans des rôles comiques dont Atmen Kelif en Fernandel, Alka Balbir en compagne jalouse, une Miss météo marine, l'unique acteur de la troupe Chienne de vie, un chanteur à textes déprimé, un rocker en peine avec la technique, l'incontournable Mister Pat... mais aussi une vraie chorale, de vrais danseurs dont Sofiane Chalal, le guitariste Tito el Fances, le pianiste (de Barbara) Gérard Daguerre, le costumier Michel Dussarat, le tampographe Vincent Sardon...

Édouard Baer est parfait en Monsieur Loyal servant parfaitement ces artistes qu'il présente et accompagne parfois. Il est en grande forme et donne de sa personne, parodiant de façon hilarante le jeux des comédiens de vaudeville, chantant avec sincérité, se lançant dans des digressions dont lui seul a le secret, interrogeant le public...

Édouard Baer équipé de son humour pince sans rire et de sa réelle curiosité pour les autres nous propose 1h45 d'un spectacle inclassable absolument réjouissant.

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Hamm, vieillard, aveugle coincé dans un fauteuil roulant et Clov, son serviteur et fils adoptif, semblent être les derniers hommes sur une planète où toute vie a disparu.  Hamm convoque ses parents pour les punir de l´avoir placé là, en appel à un Dieu qui n´existe pas, pleure les rêves qu´il ne fait plus, se conte l´histoire d´une rencontre avec un enfant qu´il a vu grandir, martyrise Clov le seul qui lui donne encore l´impression d´exister.

Beckett interroge le sens de la vie et plus largement l´utilité de l´Humanité toute entière. Une vie terrestre qui est sans recours où l´absurde domine où la seule beauté vient de la nature, du soleil et de la mer. Son pamphlet fait place à un humour féroce particulierement bien servi ici par le génialissime Denis Lavant. Il donne à Clov une démarche accidentée par des jambes raidies par la douleur et précipitée dans le soucis de répondre aux demandes de Hamm. Ses silences sont imposants. Face à lui, dans un fauteuil roulant au centre de la scène, Frédéric Leidgens est magistral. Son phrasé précis fait merveilleusement bien entendre le texte de Beckett. Peter Bonke et Claudine Delvaux incarnent les parents de Hamm.

La mise en scène de Jacques Osinski et le décor qui se révèle derrière l´impressionnant rideau de fer du théâtre affirment l´enfermement et l´isolement des deux personnages. Une étrange odeur de moisie, la couleur grise des murs, les fenêtres hautes quasi-inaccessibles, les containers rouillés et la lumière blafarde et aveuglante du plafonnier oppressent un peu plus.

A voir jusqu´au 5 mars 2023 du mardi au dimanche à 19h.

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En 2018, Frédéric Moulin découvre une boîte en carton ayant appartenu à Louis, son grand-père. Au milieu de papiers administratifs, il trouve un dossier sur lequel est indiqué "Documents de M.Morgenstern confiés à Lyon en 1941 ou 1942. A rendre à M.Morgenstern en cas de demande".

Frédéric Moulin se lance alors dans des recherches pour comprendre quels liens unissaient Louis Moulin et Léopold Morgenstern.

Frédéric Moulin, comédien et metteur en scène, a transposé cette enquête en pièce de théâtre attribuant son rôle à une héroïne (Sabine Moindrot, parfaite) et en s'octroyant l'interprétation des personnes qu'il a interrogées lors de ses recherches.

La mise en scène simple repose sur un voile blanc qui fait notamment office d'écran ; les photos des protagonistes et les papiers administratifs qui permettent de retracer leurs parcours y sont projetés ; et d'un bureau sur lequel s'étalent les dits documents que l'héroïne consulte.

L'exposition de cette enquête sous sa dimension énigmatique et émotionnelle et dans sa part historique et documentaire, lui confère une puissance romanesque remarquable. En parvenant à trouver les tons justes (du rire aux larmes en passant par la colère et beaucoup de doutes) pour conter les multiples dimensions de cette histoire, à la fois récit de la découverte d'un trésor, introspection familiale, avis de recherche, enquête historique, témoignage de l'antisémitisme et de la traque des juifs, Frédéric Moulin offre à voir une pièce inclassable.

Lors de la représentation du 11 janvier, était présent Robert Singer, petit-fils de Léopold Morgenstern que Frédéric Moulin a retrouvé en juin 2022 et auquel il a pu remettre les documents de son grand-père.

A voir au Studio Hebertot les lundis et mardis à 19h et les mercredis à 21h jusqu'au 31 janvier 2023.

 

PS : Déjà jouée en 2021 et 2022, nous avions déjà pu dire tout le bien que nous pensons de cette oeuvre Lire le post sur la pièce ICI 

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De l´opéra rock composé par Michel Berger et écrit par Luc Plamondon, sont nés une dizaine de tubes ou standards de la variété française. Depuis leur création en 1979 par France Gall, Daniel Balavoine, Fabienne Thibeault, Diane Dufresne, ces chansons ont été reprises par tous, artistes professionnels et chanteurs de karaoke. Du livret, il ne restait pas grand chose dans la culture populaire. On en avait oublié que le blues du businessman était celui de Zéro Janvier, politicien aux relents fascistes, que le SOS d´un terrien en détresse était lancé par un révolutionnaire violent, que le Underground café de la serveuse automate n´avait pas de l´Underground que le nom. 

Thomas Jolly redonne à Starmania sa vision apocalyptique du monde, celle de l´an 2000 à l´aube des années 80. Et révèle à quel point cette dystopie sous forme d´opéra rock était, sur de nombreux points, visionnaire.

Dans une scénographie grandiose, basée sur des jeux de lumières époustouflants qui transportent les chanteurs et glissent jusque sur le public, dans une mise en scène qui utilise de façon artistique et signifiante la vidéo, qui déploie des voiles et une astucieuse et immense double tour-escaliers, Jolly plante le décor de Monopolis où le chao règne.

Sa mise en scène ne ménage pas les chanteurs qui escaladent et descendent ces escaliers tout en tenant leur répertoire. De jeunes chanteurs, inconnus pour la plupart et assez bluffant également. Côme est époustouflant dans le rôle de Johnny Rockfort et particulièrement dans son interprétation du SOS qui n´a rien a envier à celles mémorables de Daniel Balavoine et Grégory Lemarchal. Gabrielle Lapointe relève la difficile tâche de reprendre le rôle de France Gall à laquelle un délicat et émouvant hommage est rendu. David Latulipe nous scotche littéralement avec son Blues du businessman. Alex Montembault tout en délicatesse est une parfaite Marie-Jeanne. Magali Goblet est une puissante Stella Spotlight. Adrien Fruit est parfait d´ambiguïté dans le rôle de Ziggy. Ils sont accompagnés par 6 musiciens Live.

Sidi Larbi Cherkaoui assure les (discrètes) chorégraphies tandis que les costumes (sans grand intérêt) sont signés du couturier Nicolas Ghesquieres.

Certes les textes du livret ne sont pas d´une grande écriture et le traitement du récit est un peu adolescent. Certes le personnage du gourou offre peu, voir, aucun intérêt. Et certes, et c´est moins acceptable, la qualité du son est déplorable. Mais ce spectacle de près de 3 heures est d´une beauté à couper le souffle. Visuellement éblouissant, bourré de poétiques et vénéneuses idées de mise en scène et musicalement réjouissant. Il nous  laisse à la fois émus et troublés par la violence et la proximité de son récit et pleins de ces mélodies inoubliables.

A ne pas rater à la Seine Musicale jusqu´au 29 janvier puis en tournée dans les Zénith, et de retour à la Seine Musicale à partir du 14 novembre 2023.

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Les chanteuses Clarika et Maissiat et le comédien-metteur en scène Emmanuel Noblet ont créé ce spectacle hommage à l'académicien, auteur, dialoguiste, scénariste Jean-Loup Dabadie.

Tous trois sur scène, accompagnés par Mathieu Geghre, jouent et chantent les mots de Dabadie. Ils recomposent une histoire d'amours et de rencontres avec les extraits des dialogues des films de Sautet (César et Rosalie, Max et les Ferrailleurs, Vincent, François, Paul et les autres, Une histoire simple, Garçon!), d'Yves Robert (Un éléphant ça trompe énormément, Nous irons tous au Paradis, Courage Fuyons, Salut l'artiste, Clérambard), mais aussi Violette et François de Jacques Rouffio, Clara et les chics types de Jacques Monnet, Le Sauvage de Rappeneau, Attention une femme peut en cacher une autre de Georges Lautner ainsi que des chansons de Michel Polnareff, Julien Clerc, Serge Reggiani, Jacques Dutronc, Régine... tous écrits par Dabadie.Astucieusement associés, ces extraits se mélangent avec fluidité, créant émotion et rire.

La mise en scène tout en fausse simplicité autour d'une structure mouvante faite de trois voiles blancs, entre écran de cinéma, mur et voiles de bateau, sépare ou rassemble, cache ou laisse voir les comédiens en ombres chinoises.

Si aux premiers instants, on se prend au jeu des comparaisons - Clarika n'est pas Romy Schneider et Emmanuel Noblet ne joue pas comme Yves Montant - très vite on s'abandonne à la proposition des quatre artistes en scène. La magie opère et l'émotion envahie tout.

A voir jusqu'au 31 décembre.

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