Les films de Nolan sont généralement enthousiasmant, proposant des récits originaux et astucieux (exception faite de Dunkerque). La réalisation est toujours particulièrement léchée et les images impressionnantes.
Pour Tenet, le réalisateur a poussé ses savoir-faire à l'extrême tombant dans un excès assez déplaisant. La complexité de son scénario finit par éliminer tout plaisir. Les 2h30 de film se transforme en pensum. Et l'esthétique visuel n'y change rien.
Eric Ruff a invité dans la grande maison Camille Bernon et Simon Bourgade qui adaptent le livre de John Maxwell Coetzee "Waiting for the barbarians".
Dans une petite ville à la frontière du territoire désertique des "Barbares", arrive un colonel de la police politique pour tuer dans l'œuf une supposée invasion prochaine. Le magistrat en charge de la ville, humaniste mou, compose entre son devoir envers l'Empire et son inclination pour une Barbare.
Ce texte dénonce les colonisations, les pouvoirs totalitaires, la torture, la peur et la haine de l'autre, la bienveillance paternaliste... Sujets multiples et récit trouble que Camille Bernon et Simon Bourgade embrouillent avec une mise en scène superfétatoire.
A l'entrée en scène de Didier Sandre et Stéphane Varupenne, première déconvenue : les comédiens sont équipés d'un micro casque qui immédiatement les propulsent hors du théâtre vivant. Sensation accentuée par les dimensions à taille humaine de la salle du Vieux Colombier ; les acteurs si près et leur voix amplifiées désincarnées.
Très vite l'apparition d'une illustration sonore qui s'avèrera quasi constante, justifiera le besoin de sonoriser les voix. Des effets visuels de mise en scène, au premier abord étonnants, s'avéreront plus envahissants qu'efficaces, intervenant comme des attractions qui affadissent le propos, frôlant l'incongruité quand ils transforment une expédition vers le peuple Barbare en une page de Tintin au Tibet ou en Rencontre du 3e type.
Les rares scènes où la scénographie s'efface pour repositionner les comédiens au cœur du dispositif sont comme des moments de grâce où l'on entend l´excellence de l´interpretation. Car les comédiens du Français, sont, malgré tout, tous excellents avec en tête Didier Sandre qui impressionne dans son engagement, Stéphane Varupenne, Suliane Brahim, Christophe Montenez, Elissa Alloula, Clément Bresson et Etienne Galharague. Ces scènes de calme confirment l'inefficacité de la surenchère scénographique.
Alors qu'elle poursuit Julie, sa compagne, Raf tombe et se retrouve aux urgences où Yann, blessé lors d'une manifestation de gilets jaunes,. vient aussi d'être admis
Catherine Corsini, en nous plongeant au cœur des Urgences, fait le double portrait d'un hôpital public à l'agonie et d'une société aux abois et mise sur la victoire de la solidarité.
Pour qui a déjà fréquenté ne serait ce qu'un peu les urgences ou l'hôpital, le réalisme des situations saisie. Sans tomber dans l'effet catalogue, la réalisatrice met en scène plusieurs typologies de patients et d'intervention du personnel soignant.
Marina Fois, Valeria Bruni-Tedeschi et Pio Marmai, alternant comédie et drame, sont excellents. Mais c'est Aissatou Diallo Sagna, aide-soignante de profession, qui incarne à la fois la détresse de l'hôpital public et du travailleur pauvre, qui nous captive et crée l'émotion jusqu'à la dernière image.
L'expression film coup de poing prend ici toute sa dimension.
A Oslo, Julie hésite entre études de médecine, de psychologie, de photographie et multiplie les aventures. Un jour, elle rencontre Aksel et une certaine stabilité.
En 12 chapitres, un prologue et un épilogue, le film dessine le portrait de Julie et de ce et ceux qui font ce qu'elle est et devient. Joachim Trier nous invite durant 2h08 au plus près de son héroïne, une jeune femme, à la fois, pleine de vie et encombrée dans son existence.
Le personnage est porté par Renate Reinsve de tous les plans, qui déploie une vaste et précise palette de jeu pour figurer les multiples états de son personnage. Drôle, heureuse, sombre et désenchantée, raisonnable et déraisonnable, extrêmement changeante, Julie offre à Renate de jouer toutes les émotions et de relever le défi de garder son personnage irrésistible. Sa prestation lui a valu le prix d'interprétation à Cannes.
A ses côté, le très grand Anders Danielsen Lie, déjà remarquable, notamment, dans Oslo 31 août du même Joachim Trier et Ce sentiment de l'été de Mikhael Hers.
Tous les deux rendent leurs personnages terriblement attachants.
Jonathan Trier leur offre un bel écrin avec des dialogues ciselés, un découpage rythmé, avec ce qu'il faut de musique et une réalisation mêlant naturalisme et onirisme.
En France, à Ennui-sur-blasé, le fondateur et rédacteur en chef du magazine The French Dispatch vient de mourir. Toute la rédaction se réunie pour lui rendre hommage.
Wes Anderson fait une ode au journalisme, façon The New Yorker, et à l'art de raconter des histoires. Et relève le défi de présenter un film tout à la fois époustouflant et décevant.
Le réalisateur choisit le film à sketchs qui endossent tous les styles de cinéma dont celui de l'animation et plusieurs références au cinéma français, Jacques Tati et la nouvelle vague notamment.
Le film est esthétiquement exaltant d'inventivité, de beauté formelle, d'une richesse étourdissante jusque dans les détails. Les dialogues sont à l'avenant, mélangeant langue anglaise et française, humour, astuces et références multiples. Cette profusion réjouissante est aussi frustrante car elle donne le sentiment aux spectateurs de ne pouvoir tout percevoir.
Le casting quatre étoiles (Bill Murray, Owen Wilson, Tilda Swinton, Benicio del Toro, Adrian Brody, Lea Seydoux, Timothee Chalamet, Frances Mc Dorman, Mathieu Amalric,...) dont certains acteurs dans des rôles très secondaires (Christopher Waltz, William Dafoe, Edouard Norton, Denis Menochet, Hyppolite Girardot, Félix Moati, Guillaume Galienne, Elisaberh Moss,...) ajoute à cette sensation de profusion.
Quant au scénario, il se cogne aux limites du film à sketchs : un film composé de plusieurs histoires successives d'un intérêt inégal et souvent inabouties.
L'ensemble laisse des sentiments contradictoires mêlant un enthousiasme réel pour la dextérité du réalisateur-créateur et la déception face aux faiblesses du scénario quelque peu étouffé par la richesse formelle.