Deux heures du matin, un couple de quinquagénaires, George, professeur d'histoire et Martha, fille du président de l'université, rentre d'une réception bien arrosée. Martha apprend à George qu'elle a invité un jeune professeur de biologie et sa femme à venir poursuivre la soirée chez eux. Quand le jeune couple arrive l'ambiance est déjà électrique.
Le texte méchant et cruel est férocement drôle. Dominique Valladié et Wladimir Yordanoff composent ce couple pervers et autodestructeur avec une truculence jubilatoire. Leurs joutes oratoires sont tout à la fois glaçantes et irrésistibles. Face à ces deux monstres, les jeunes comédiens Pierre-François Garel et Julia Faure, particulièrement drôle, sont parfaits. Alain Françon à la mise en scène présente un décor des plus épurés où la lumière crépusculaire plante d'emblée l'ambiance glauquissime qui habille la pièce d'un bout à l'autre. Une très bonne surprise.
Ossama Mohammed, cinéaste syrien, est invité à Cannes en mai 2011 où il commente une vidéo montrant un adolescent torturé par l'armée syrienne pour avoir taggué sur un mur un message anti-régime. Après le festival Ossama ne retourne pas en Syrie et trouve refuge à Paris. Chaque jour, il collecte sur internet les vidéos postées de son pays par le peuple opprimé et par les militaires oppresseurs. Manifestations pacifistes anti-régime, syriens torturés, tanks et soldats tirant sur des foules sans arme, corps ensanglantés, morts, parents qui pleurent leurs disparus, peuple qui chante la liberté et qui implore Allah, le film montre tout dans des images saccadées, volées aux smartphones. En décembre 2011, Simav, jeune femme kurde de Homs, contacte Ossama et lui demande "Si tu avais ta camera à Homs, que filmerais-tu ?". A son tour avec sa caméra, elle montre le siège de Holms, les bombes qui tombent sur la ville, les blessés, les morts, la peur tout le temps, les femmes et les hommes qu'on bat, les corps de ses morts que l'on tente de récupérer sans se faire à son tour canarder, les animaux eux aussi affamés et estropiés, les maisons détruites, l'exode sur les routes, les enfants qui veulent continuer à aller à l'école et à cueillir des fleurs.
Eau argentée n'est pas une fiction. Il s'agit d'un documentaire fait des vidéos qu'Ossama a trouvé sur Internet et des films réalisés par Simav à Homs jusqu'en 2014. En voix off, leurs échanges sur internet où ils tentent de comprendre, de se rassurer, d'expliquer et les mots du peuple syrien. Aux premières semaines du soulèvement, sur une vidéo au smartphone, un manifestant dit "N'aie pas peur. Dieu voit tout.". Aux dernières minutes du film, dans les rues de Homs dévastée et abandonnée, alors que la camera de Simav le suit, Omar, 5 ans à peine, dit "C'est comme si c'était la nuit mais il y a de la lumière".
En 5 ans, de répression par Bachar el Assad, 400 000 syriens, hommes, femmes, enfants, ont été tués et des millions se sont exilés. La guerre continue.
Le 8 septembre 2004, à quelques mois des élections présidentielles, l'émission de CBS "60 minutes" déclare que George W. Bush s'est fait engagé, pour son service militaire, dans la garde nationale afin d'échapper à la guerre du Vietnam. Très vite, les témoignages et documents officiels mis en avant par les journalistes sont controversés.
Truth raconte comment l'enquête a été menée, comment elle a été démontée et la bataille livrée par la productrice et journaliste d'investigation Mary Mapes pour prouver sa bonne foi et sauver son honneur. Le cinéma américain est plus habitué à glorifier le travail d'investigation des journalistes qu'à en montrer les échecs. En ça le film interpelle mais frustre un peu en ne disant pas clairement les choses sur le rôle des politiques pro-Bush dans ce lynchage des journalistes. Aussi, il vaut sans doute mieux être Américain et attaché à la mythique "60 minutes" et à la personnalité de Dan Rather pour apprécier ce film à sa juste valeur. Reste Cate Blanchett parfaite interpréte comme toujours.
Dans une grande maison au pied de la forêt, un repas de famille se prépare. Les enfants et leurs conjoints sont attendus. Seul, Cédric, la trentaine, vit encore chez ses parents.
Dans cette réunion de famille où le plus fou semble très vite ne pas être celui qu'on nous désigne, chaque personnage est susceptible d'être la victime comme le bourreau. La réalisation soignée d'Antoine Cuypers instille d'une façon imparable le malaise et le mystère. L'interprétation des comédiens dont Nathalie Baye particulièrement effrayante et Thomas Blanchard parfait d'ambiguïté, achève de nous plonger dans cette intrigante histoire.
A Luchon, Thomas exprime une animosité violente envers Damien, un camarade de classe. Lorsque des circonstances familiales amènent la mère de Damien à accueillir Thomas sous leur toit les relations entre les deux garçons évoluent.
Céline Sciamma est une réalisatrice de talent, parfaite conteuse des tourments de l'adolescence. C'est donc en toute logique qu'André Téchiné a fait appel à elle pour l'assister dans l'écriture de son nouveau film. Au casting, deux jeunes comédiens au jeu efficace, Corentin Fila et Kacey Mottet Klein (déjà remarqué dans "Une mère"), accompagnés de la brillante Sandrine Kiberlain. Pour décors, la beauté des paysages de montagne sous la neige et le soleil d'été. Tout participait donc à la création d'un bon film. Aussi, on est bien en peine devant cet ouvrage en roue libre. Que s'est-il donc passé à l'écriture du scénario et au montage du film pour que le récit semble ainsi sans tenu ? Comme s'il avait été écrit à tour de rôle par moult personnalités ayant chacune envie de raconter son histoire et le monteur en racontant une autre. Certaines scènes et certains dialogues simplistes, pour ne pas dire simplets, interpellent. La multitude des sujets abordés sans être réellement traités nous égarent. Et au final, l'histoire de ces deux jeunes hommes nous laisse seul sur le bord du chemin.