Old Times au théâtre de l'Atelier

Dans leur maison de la campagne anglaise, Deeley et Kate s'apprêtent à recevoir Anna, une amie d'enfance que Kate n'a pas revue depuis 20 ans.

La pièce d'Harold Pinter n'est pas simple à comprendre. Les situations et dialogues à double sens se succèdent donnant place à toutes les interprétations possibles. On peut aimer ou totalement détester se laisser conter une histoire à laquelle on ne comprend rien, mais, si en plus, le récitant n'y met pas le bon ton, on tombe vite dans le néant absolu. Benoit Girod, metteur en scène, est le conteur qui à l'Atelier n'a pas su laissé s'installer de climat dans cette curieuse histoire. Aucune montée en puissance, peu d'étrangeté, aucune angoisse. A force de trop vouloir en faire, il a totalement supprimé tout intérêt à l'intrigue. Les vidéos projetées sur le rideau, les personnages qui entonnent la chansonnette, le paysage de mer en fond de plateau... le kitsch est partout jusque dans les déplacements des comédiens sur scène. Ils semblent empruntés dans leurs mouvements, surjouant. On est désolés pour ces trois grands interprètes qui méritaient mieux.

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Un + Une de Claude Lelouch

Antoine, célèbre compositeur, se rend en Inde pour enregistrer la musique du film "Juliette et Roméo".

Les films de Claude Lelouch ressemblent trop souvent à une vaste blague. Une sorte de grand n'importe quoi, qui n'a pas peur du ridicule, qui aligne les clichés et mise tout sur le charme de ses comédiens. Souvent laissés en roue libre, ils sont les acteurs de numéros mal dialogués et mal dirigés. Un + Une en est un très bel exemple. Ici aussi, les échanges semblent interminables faits de dialogues sans intérêt tant dans le fond que dans la forme. Le montage intègre des images de la population indienne au milieu de ces scènes de dialogues insignifiants. Sans doute pour donner un semblant de sens et de spiritualité à tout ce rien. Mais c'est une Inde de guides touristiques, d'occidentaux en mal d'exotisme. On écoute les diplomates et touristes commenter la culture et les coutumes locales mais à aucun moment on entend la voix des indiens. Au point que cela en devient dérangeant. Une histoire niaise, mal dialoguée, pas très bien filmée d'occidentaux ayant des problèmes de riches dans un des pays les plus pauvres mais culturellement les plus riches de la planète. Affligeant.

Alors, pourquoi continuer à regarder les films de Lelouch ? Peut-être dans l'espoir d'y retrouver la grâce qui règne dans " La Bonne Année ".

Date de sortie en salle : 9 décembre 2015

Date de sortie en DVD : 9 avril 2016

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A Perfect Day de Fernando León de Aranoa

Dans les années 90, en Yougoslavie, pendant la guerre, un groupe d'humanitaires tente d'évacuer d'un puit le corps d'un homme mort. Si le corps n'est pas retiré rapidement, il contaminera définitivement le seul point d'eau encore accessible aux populations de la région.

Cette mission est le prétexte pour témoigner des difficultés que rencontrent les humanitaires pour travailler en temps de guerre. Face aux menaces des acteurs du conflit, à l'inertie des casques bleus ou à l'absurdité des règles militaires qu'impose l'ONU, ils se retrouvent souvent seuls pour aider les populations civiles. Ce qui fait toute la qualité du film c'est le traitement choisi par Fernando Leon Aranoa : entre témoignage réaliste et comédie. Il plonge ses héros dans les situations les plus dramatiques mais aussi les plus incongrues, ce qui donne des dialogues et des scènes assez cocasses. Tourner ainsi en dérision des situations d'une aberration à pleurer donne encore plus de force au film. Tim Robbins est particulièrement drôle dans le rôle de l'humanitaire déjanté. Beniccio del Toro en baroudeur qui en a vu d'autres, et Mélanie Thierry, en jeune oie blanche, sont parfaits. A voir.

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Alex Vizorek est une oeuvre d'art à La Pépinière théâtre

Joseph Beuys et son lièvre mort, le cymbaliste de l'orchestre symphonique, "Mort à Venise" de Visconti et Thomas Mann, les tableaux au cuter de Lucio Fontana, les achromes de Piero Manzoni... Alex Vizorek fait mine de s'interroger : doit-on mourir d'ennui, de rire, ou d'admiration devant ces artistes et ces œuvres d'art ?

L'humoriste belge a bien entendu choisi d'en rire. Excellent comédien, il tient son potentiel comique dans son sens de la formule et de la petite phrase de commentaire qui rend tout et n'importe quoi irrésistiblement drôle. Son spectacle plaît d'emblée car il sort des sentiers battus des stands-up nombrilistes. Evidemment, il nous sert, les bons mots sur les belges versus les français et chambre son public bobo-gaucho-culturo tendance Télérama, mais sans s'y appesantir. Sur la partie "art moderne", les fidèles de sa rubrique hebdomadaire de "Ca balance à Paris" resteront un peu sur leur faim, les autres auront envie d'en voir plus en visionnant ses prestations télévisées. En fin de spectacle, il présente une revue de presse issue des rubriques "chiens écrasés" de journaux français et belges. C'est un peu facile, totalement hors sujet, mais on lui pardonne car c'est particulièrement drôle. Le spectacle qui se place largement au-dessus de la moyenne de ce qui tourne à Paris est quand même un peu court (1h10 environ) et mériterait d'être peaufiné.

Alors Alex, si tu écoutes :

- raccourcis le sketch sur le cymbaliste,

- remplace Lara Fabian par une artiste en activité,

- améliore la qualité des photos projetées,

- complète le sketch sur l'art contemporain avec des séquences créer pour "ça balance"

- écris deux sketchs supplémentaires sur le thème de l'art pour que la partie "revue de presse" soit vraiment un rappel et non pas une astuce pour rallonger la durée du spectacle

et j'annule toutes mes réserves.

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Remember d'Atom Egoyan

Max Zucker, ne se déplaçant qu'en fauteuil roulant, et Zev Guttman, souffrant de démence sénile, sont pensionnaires dans une maison de retraite. Un jour Max confie à Zev une lettre qui contient les instructions à suivre pour retrouver l'homme qui a exterminé leurs familles à Auschwitz. Zev prend la route pour retrouver cet assassin.

Remember est un thriller en déambulateurs. Cette originalité aux premiers instants surprend et séduit. Malheureusement, et malgré le talent des comédiens, le film est formellement sans réel intérêt. La réalisation à l'image du héros est un peu trop pépère, sans créativité ou beauté. De plus, les sujets abordés, l'holocauste et le travail de mémoire, qui nécessitent un minimum de finesse dans leur traitement, ne sont au final que des prétextes au déroulé d'un thriller plus ou moins astucieux. Le tout en devient un peu déplacé.

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