"Nous déclarons les esclaves être meubles." Cette citation du Code Noir de Colbert sous Louis XIV ouvre le spectacle. Puis entre en scène le Monsieur Royal du spectacle dans le rôle du maître de cérémonie et exemplaire du blanc raciste, parfaitement détestable.
Sur scène 9 chanteurs, 6 musiciens, 7 danseurs qui peignent en 36 tableaux, du Cotton club à.Barack Obama, l'histoire de la musique afro-américaine et les dates clés de la lutte contre le racisme anti-noir.
A plusieurs dizaines d´années d´écart et après de nombreux périples, Ulysse se trouve confronté à trois femmes qui le mettent face aux conséquences de ses actes. Hecube, reine des Troyens dont il a fait son esclave et qui a perdu ses fils à la guerre, a le visage des victimes de son extrême violence. Calypso, qui l´a sauvé du naufrage et aimé, mais qu´il doit abandonner l´interroge sur les choix d´une vie, d´une humanité. Pénélope, l´épouse légitime qui a passé sa vie à l´attendre, l'accueille muette et bouscule la conscience du guerrier qui vient à elle comme dans un dernier soupir.
Le demi-Dieu, Ulysse, représentant de la masculinité dans sa soif de pouvoir, de domination, son besoin d´en découdre, ses suffisances et ses faiblesses, se trouve ainsi face à ses femmes, en simple et féroce mortel.
Écrite par Claudine Galea, inspirée de l'Illiade et de l'Odyssée d'Homère, cette création de la Comédie Française est mise en scène ingénieusement par Laetitia Guedon. Les comédiens du français Sephora Pondi, Clotilde de Bayser, Marie Oppert, Eric Genovese, Sefa Yeboah et Baptiste Chabauty sont accompagnés par le cœur Unikanti. Ces chanteurs magnifiques, intervenant pour souligner la tension, agissent également et paradoxalement comme une respiration aux côtés d´un texte qui joue sur les répétitions, nécessitant d´être scandé ou déclamé avec emphase par ses interprètes. Ce texte mêlant histoire antique et moderne offre de belles tirades percutantes, des propos obscures et quelques naïvetés. Sans convaincre totalement Trois fois Ulysse offre un moment de théâtre audacieux qui ne laisse pas indifférent.
A Paris, dans le quartier de la Goutte d'Or, Ramsès tient un cabinet de voyance. Il communique, non sans lyrisme et poésie, avec les morts de ses clients après avoir récupéré les informations nécessaires sur les portables de ceux-ci. Son succès lui met à dos les autres gourous du quartier. Jusqu'à ce que des adolescents de Tanger ultra violents viennent perturber sa tranquillité.
La première partie qui met en place le stratagème du cabinet de voyance fonctionne très bien. Puis, en se développant le récit devient complexe, décousu. La réalisation perd également en lisibilité. On s'accroche jusqu'au bout à Karim Leklou qui est parfait. M
Elle rentre du lycée. Dans son hall d'immeuble, sans les voir, elle sait qu'ils sont là. A l'étage, sur son palier, ils l'attendent. Parce que Daniella, elle, n'est plus.
Nicole Garcia impressionne, seule en scène, dans le rôle de cette professeur de français, plus toute jeune, mais apprêtée car il faut avoir de la tenue. A Royan, sans passé ni rien pour la juger, Gabrielle chavire doucement. Est-ce à cause de sa vie d'avant, est-ce à cause de ses élèves qui l'a chahutent, est-ce à cause de Daniella ? Ou est-ce que Daniella n'est plus à cause de Gabrielle, à cause des élèves qui l'ont chahutée, à cause de sa soif de liberté ? Marie Ndiaye présente ici un double portrait celui d'une femme meurtrie et enseignante fragilisée et celui d'une adolescente frondeuse et harcelée.
La voix grave de Nicole Garcia, son interprétation jouant des hésitations de son personnage et de sa folle intransigeance, associées à l'écriture fine et précise qui dessine telle une araignée tissant sa toile, des portraits complexes, nous happent instantanément.
La mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia simple mais signifiante, soignant particulièrement le son, permet à Nicole Garcia d'habiter avec naturel l'ensemble de la grande scène du Théâtre de Paris. La puissance animale de la comédienne emporte tout.
A Calais, Béatrice, aide soignante en gériatrie, vient d'enterrer son mari policier. Le hasard lui fait rencontrer des réfugiés migrants.
Dans un cinéma vérité et une réalisation caméra épaule proche du documentaire, Jérémy Elkaim suit au plus près Béatrice dans sa métamorphose ou plutôt dans sa rencontre avec elle-même.
On pourra trouver un peu caricatural le groupe d'amis policiers racistes aux épouses blondes Marine. Mais il permet de cerner la personnalité du mari défunt et par ricochet de comprendre l'engagement "contre-nature" de Béatrice.
La rudesse de Marina Fois, la solarité de Laëtitia Doesch, le calme d'Antoine Chappey, le charisme de Seear Kohi agissent avec force