Juin 1858, à Bologne, l'Eglise enlève Edgardo Mortara à sa famille. Né juif, Edgardo a été baptisé bébé par sa nourrice. Le Pape Pie IX considère qu'il doit recevoir une éducation chrétienne.

Cette histoire édifiante est vraie. L'enlèvement fut condamné par les grandes puissances de l'époque qui réclamèrent que l'enfant soit rendu à sa famille, sans que le Pape ne renonce à ce qui ressemble plus à un caprice, qu'à un devoir divin.  Edgardo ne sera rendu à sa famille qu'à condition que les Mortara se convertissent.

Metteur en images de l'Histoire de l'Italie et de ses figures les plus sombres, Marco Bellocchio tire ici à boulets rouges sur l'Eglise. Le poids des religions sur les hommes mais aussi la toute puissance des adultes sur les enfants, sont au coeur du film. Bellocchio partage ainsi son attention sur le petit garçon, les traumatismes successifs  et le lavage de cerveau religieux et affectif qu'on lui fait subir, et sur la mégalomanie de Pie IX et la chute du pouvoir ecclésiastique en Italie.

Formellement très beau, L'enlèvement déploie un scénario d'une grande maîtrise, enchaînant les évènements et distillant les informations nécessaires à la compréhension des enjeux religieux et  politiques de l'époque, sans créer le moindre ennuie.

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Indiana Jones fait son grand retour et sans doute ses adieux dans ce 5e opus réalisé et écrit sans ses créateurs Georges Lucas et Steven Spielberg. Mais James Mangold parvient à retrouver ce qui faisait le sel des trois premiers épisodes ( le 4e était totalement raté). 

Dans une scène d'introduction enlevée, à une époque où Indie est plus jeune que jamais, notre héros empêche les nazis, au bord de la défaite, de s'emparer de la machine d'Anticythere créée par Archimède et qui permet de remonter le temps. 25 ans plus tard, on retrouve Indiana Jones dans une salle de cours face à des élèves plus intéressés par le retour de ceux qui ont marché sur la lune que par l'antiquité. Mais Archimède et les nazis ne tarderont pas à remettre Indie en selle avec chapeau et lasso, qui repartira parcourir le monde pour le sauver et atteindre une forme d'éternité.

Courses poursuites, multitudes de pays traversés, nazis, grottes et cryptes à énigmes, insectes répugnants, acolyte encombrant, engueulades et humour.... tous les ingrédients d'un bon Indiana Jones sont réunis Même si on pourra voir ici et là quelques longueurs (2h30 c'est un peu long), l'idée enthousiasmante de la scène quasi-finale justifie qu'on tienne jusqu'au bout. 

Harrison Ford est une fois de plus irrésistible, Phoebe Waller-Bridge parfaite en emmerdeuse futée et Mads Mikkelsen glaçant en méchant aux pieds d'argile

 

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Dans le cadre de l'exposition Mythologies Américaines, la Bourse du Commerce présente une rétrospective dédiée  à Mike Kelley. Artiste américain du XXe et XXIe siècle, il est l'un des premiers à s'être ouvert à toutes les formes d'art (musicien, performeur, peintre, dessinateur, sculpteur, vidéaste). Ses œuvres, bien barrées, drôles ou effrayantes, occupent la plus grande partie des espaces dont la rotonde où est installée l'œuvre la plus plaisante.

Créée entre 2005 et 2009, Mike Kelley y présente un ensemble de villes en résine translucide  colorée, inspirées de Kandor, la ville de Superman sur la planète Krypton. On y retrouve aussi des cloches en verre rappelant celle sous laquelle se trouve Kandor sauvée par Superman. L'installation, dans laquelle sont également projetées des vidéos et du son, est plongée dans le noir et placée dans un cylindre rappelant celui créé pour le bâtiment par Tadao Ando. Nostalgie de ses racines inaccessibles, déformation d'un souvenir qui efface ou transforme (la ville n'est jamais la même) les interprétations sont nombreuses.

"Kandor est une image d'un temps qui n'a jamais été. Une ville utopique d'un futur qui n'est jamais arrivé." Mike Kelley

Mike Kelley à la Bourse du Commerce - Pinault Collection
Mike Kelley à la Bourse du Commerce - Pinault Collection
Mike Kelley à la Bourse du Commerce - Pinault Collection
Mike Kelley à la Bourse du Commerce - Pinault Collection
Mike Kelley à la Bourse du Commerce - Pinault Collection
Mike Kelley à la Bourse du Commerce - Pinault Collection
Mike Kelley à la Bourse du Commerce - Pinault Collection
Mike Kelley à la Bourse du Commerce - Pinault Collection
Mike Kelley à la Bourse du Commerce - Pinault Collection
Mike Kelley à la Bourse du Commerce - Pinault Collection

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De 1988 à 2018, un violeur en série agresse des femmes dans le Nord de la France et en Belgique.

Jean-Xavier de Lestrade, qui a déjà réalisé de remarquables documentaires ou séries sur des affaires criminelles, développe celle-ci en 6 épisodes.

Pas de suspens, le coupable, "le violeur de la Sambre", est désigné dès le départ et fait partie des personnages que l'ont suit dans leur évolution au fil des années. Ici, ce qui importe c'est l'impact de ces viols sur les victimes, leur vie, leur famille, sur la ville et les personnes qui travaillent sur l'affaire. Le réalisateur assure être resté au plus près de la réalité, les faits les plus effarants dont une certaine désinvolture de la police sont bien réels.

Chaque épisode se concentre sur un personnage clé de l'affaire, première victime présumée, juge, maire, chercheuse, policier, criminel offrant un angle de vue différent, déplaçant l'effroi. Tous les personnages principaux et secondaires sont incarnés par d'excellents comédiens dont Alix Poisson, Julien Frisson, Noémie Lvovsky, Clémence Poesy, Olivier Gourmet... pour les plus connus.

A voir sur France.tv

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Le 1er mars 2016, Carole Achach, photographe de plateau et romancière, se suicide à l'âge de 63 ans, laissant à sa fille, Mona, des caisses de photos, de carnets intimes et d'enregistrements.

Mona Achach nous plonge dans la vie de sa mère Carole, de sa grand-mère Monique Lange et des hommes qu'elles ont côtoyés, amis, amants, maris, se nommant, curieusement tous (ou presque) Jean comme Jean Genêt, protagoniste clé. Des hommes, tous au mieux lâches, au pires pervers, dont Monique, Carole et Mona ont subi les violences, comme une malédiction familiale inévitable.

Pour dessiner le portrait de sa mère, expliquer son suicide et mettre fin à cette malédiction, Mona Achach met en place un processus de création complexe sur le papier mais d'une grande maîtrise formelle, mêlant archives photographiques et sonores. et reproductions vidéos.

Dans un vaste espace servant de studio sont affichées une multitudes de photos, sont reproduit le bureau de Carole et une brasserie où elle interview les connaissances de Monique et est placé à vue un écran de projection pour le tournage des scènes extérieures.

Au coeur de ce dispositif, Marion Cotillard, filmée à la fois en Marion jouant Carole et disparaissant totalement pour n'être que Carole. Mona Achach mixe ainsi processus de travail et fiction, passant subtilement de l'un à l'autre sans jamais perdre le spectateur. Jouant en playback sur les enregistrements vocaux de Carole ou s'appropriant ses écrits en transformant sa voix, Marion Cotillard semble habitée par cette femme complexe entre dureté et souffrance. Les superlatifs semblent vains pour décrire la puissance de cette incarnation. Face à Mona, Carole réapparaît comme pour un réconciliation post-mortem.

Little girl blue est ainsi un film remarquable, par l'intelligence de sa conception, par l'intensité de son récit et par la puissance de son incarnation.

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